Nucléaire. Chronique d’un fiasco technologique

Campus, magazine scientifique de l’Université de Genève

 

Telle est la manchette qui orne la couverture du numéro 125 de Campus, le magazine scientifique de l’Université de Genève, publié en juin 2016.

Annonçant un dossier comportant une série d’articles consacrés à ce sujet, Campus annonce, toujours sur sa couverture que “l’abandon programmé de l’énergie nucléaire sanctionne ce qui apparaît avec le recul comme une erreur technologique”. (1)

 

 

“Le nucléaire est un choix technologique erroné qui a coûté (et qui coûtera encore) des sommes pharaoniques pour un résultat très médiocre.”

Cette déclaration du professeur Walter Wildi, professeur honoraire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève et ancien membre de la Commission fédérale pour la sécurité des installations nucléaires de 1997 à 2007, tient lieu de titre au premier de ces articles qui est constitué d’une interview de cette personnalité. Toutefois, l’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Le professeur Wildi y relate, à grands traits, l’histoire du nucléaire en Suisse. Celle-ci débute en 1946 avec la décision du Conseil fédéral de mettre sur pied une commission chargée d’étudier les possibilités d’équiper la Confédération de l’arme nucléaire, option qui ne sera abandonnée officiellement qu’en 1988 !

Entretemps, la priorité fut donnée de développer “l’atome pour la paix”, selon la formule lancée par le Président Eisenhower devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 décembre 1953. Et, dans les années 1960, la Suisse décida de construire un réacteur expérimental, non sans arrière-pensée militaire. Ce réacteur divergea à l’automne 1968 et connut un accident grave, à savoir la fusion partielle de son cœur, en janvier 1969. Heureusement qu’il s’agissait d’un tout petit réacteur et qu’il avait été installé dans une caverne sur la commune de Lucens, dans le canton de Vaud. La contamination radioactive qui en résulta fut pratiquement confinée à la caverne…

En 1969 également, fut inauguré le premier réacteur commercial suisse, sous licence Westinghouse, dit Beznau I, dans le canton d’Argovie, qui est actuellement le plus ancien réacteur nucléaire au monde encore en activité.

Le professeur Wildi explique que, dans leur grande majorité, les physiciens n’ont jamais considéré les réacteurs nucléaires comme étant un sujet d’intérêt scientifique particulier, ce qui explique que cette technologie datant des années 1950 n’ait pas connu de percée scientifique majeure. Le projet de réacteur européen EPR en est, d’après lui, l’illustration. Quant au projet international de fusion thermonucléaire contrôlée appelé ITER, “il se fait toujours attendre” dit le professeur Wildi, mais en aucun cas il ne produira de l’électricité.(2)

Pour lui, si le basculement de l’énergie nucléaire vers les énergies renouvelables se heurte à des retards, c’est parce que les géologues se sont “royalement trompés” dans leurs évaluations des réserves disponibles d’hydrocarbure, comme l’atteste le développement des forages à fracturation hydraulique.

L’interview du professeur Wildi se déplace ensuite sur les problèmes consécutifs à l’arrêt des réacteurs, à savoir leur démantèlement et surtout le stockage des déchets radioactifs. Le stockage à l’écart de la biosphère pour de nombreux millénaires se justifie surtout par le fait que ces déchets sont susceptibles d’être utilisés pour la fabrication de bombes dites sales. “C’est pourquoi la Confédération planche depuis des années sur un projet de stockage en site géologique profond qui devrait aboutir à l’ouverture d’un site pour les déchets faiblement radioactifs vers 2050 et à celle d’un autre pour les déchets hautement radioactifs vers 2060. C’est un programme qui remonte à 1978 mais, depuis, on va d’échec en échec faute de vision globale.” Le coût actuel de ces opérations n’a cessé d’exploser, il est actuellement estimé à 21 milliards de francs.

Malgré sa brièveté, cette interview d’un expert ayant fait montre d’intégrité scientifique et de responsabilité éthique en démissionnant en 2012 du Comité consultatif « Gestion des déchets », explicite à lui seul déjà, les annonces de la page de couverture du numéro de juin 2016 de Campus.

 

Désastres chroniques. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima. Tu me fonds le cœur !

Tel est le titre du deuxième article constitué par une interview du professeur Martin Pohl, du Département de physique nucléaire et corpusculaire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Chacune de ces catastrophes a eu, selon le professeur Pohl, des conséquences environnementales et sanitaires très diverses.

En 1978, la première, qui se trouve être la moins grave des trois, a tout de même causé l’évacuation de 140’000 personnes habitant à moins de vingt miles – soit quelque 32 kilomètres – de la centrale, en Pennsylvanie.

En 1986, la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine, a entraîné l’évacuation de la ville de Pripiat et la constitution d’une zone d’exclusion de 10 kilomètres autour de la centrale, zone ensuite portée à 30 kilomètres. Quant au nombre de victimes, le professeur Martin Pohl ne mentionne malheureusement pas les contestations tenaces qui opposent aujourd’hui encore les responsables de l’AIEA, l’agence internationale de promotion de l’industrie nucléaire, et les nombreuses instances critiques qui parlent de plusieurs dizaines de milliers de morts, voire davantage, parmi les innombrables “liquidateurs” de l’accident, sans compter les autres victimes.

En 2011, la catastrophe de Fukushima due à la conjonction de deux catastrophes naturelles – un tremblement de terre et un tsunami – provoque la fusion des cœurs de trois des six réacteurs de cette centrale. Les autorités parviennent à évacuer quelque 200’000 personnes. Et le professeur Pohl d’affirmer : “Aucune mort n’est imputable à une irradiation excessive.” C’est sans doute exact pour mars 2011. Mais en 2016, une source non partisane, Le Point, rapporte : “Les statistiques du ministère de la Santé japonais évoquent, pour l’heure, le chiffre de 1’700 cancers mortels directement liés à la catastrophe nucléaire. Un chiffre « sous-estimé », à en croire plusieurs ONG, car cette province est peuplée de 9 millions d’habitants.” (3)

Quant aux conséquences de la pollution radioactive de l’Océan Pacifique, toujours en cours, le professeur Pohl n’en parle pas, probablement parce qu’elles sont encore largement inconnues.

 

Lucens sonne le glas des ambitions nucléaires suisses

Tel est le titre du troisième article, titre que corrige aussitôt le sous-titre : cet accident mit fin à l’ambition de fabriquer une centrale nucléaire 100% helvétique.

La professeur Wildi en a déjà parlé dans le premier des articles du dossier dont nous rendons compte.

Mais ce troisième article, qui ne procède pas d’une interview et qui n’est d’ailleurs pas signé, révèle que l’origine du projet réside dans la proposition d’un professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), formulée en 1956, à l’effet de remplacer le système de chauffage obsolète de son institut par un réacteur nucléaire qui fournirait non seulement la chaleur, mais en outre l’électricité nécessaire à l’EPFZ. Ledit réacteur devait être installé dans une caverne à une profondeur de 42 mètres, directement sous l’EPFZ. Heureusement pour cette vénérable Ecole, les suites qui furent données dans les années 1960 à ce projet aboutirent à la caverne de Lucens et à l’accident nucléaire de janvier 1969.

Il fallut cinq ans pour décontaminer l’intérieur de la caverne et démanteler le réacteur.

Il n’en reste pas moins que l’accident de Lucens figure parmi les dix avaries nucléaires les plus graves enregistrées dans le monde.

 

La petite histoire du mini-réacteur genevois

Le quatrième article, également non signé, de ce dossier est consacré au petit réacteur de recherche acquis par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et mis à la disposition de l’Université de Genève qui fonctionna de 1958 à 1989.

Ce réacteur fonctionna pendant tout ce laps de temps sans problème, mais à l’insu des habitants du quartier de la Jonction, à Genève. L’article ne signale pas les problèmes de tous ordres que pose la présence de pareille installation dans une ville à l’insu de la population.

 

Le sol garde le souvenir de la folie atomique

Cet article est issu d’une interview de M. Jean-Luc Loizeau, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas révélée.

Le souvenir en question est celui des “isotopes exotiques” de plutonium, d’américium, de cobalt et de quantité de produits de fission issus des explosions d’armes atomiques, mais aussi du fonctionnement normal et surtout accidentel de l’industrie nucléaire. Certains d’entre eux ont une demi-vie de quelques jours ou de quelques mois après quoi ils disparaissent ; d’autres ont une demi-vie de plusieurs siècles, millénaires ou millions d’années et laissent des traces durables dans le sol. Elles intéressent les géologues.

“Une partie de notre travail consiste à analyser des carottes de sédiments afin de reconstituer les conditions environnementales du passé récent. Et, dans les lacs suisses par exemple, nous retrouvons toujours des dépôts laissés par les essais nucléaires atmosphériques des années 1960, l’accident de Tchernobyl de 1986 et, plus localement, des rejets effectués par les centrales situées sur des affluents. Ces signaux, qui ne présentent plus aucun danger, ont un côté pratique : ils nous aident à dater les couches que nous étudions.”

Le plus dangereux des isotopes issus des explosions voulues ou accidentelles est le plutonium 239 dont la demi-vie est de 24’000 ans. “Issu essentiellement des essais nucléaires atmosphériques, sa présence dans les sédiments un peu partout dans le monde, même à des concentrations très faibles, pourrait bien survivre à l’humanité.”

 

Les atouts du modèle énergétique genevois

Cet article s’articule sur des déclarations du professeur Bernard Lachal, physicien de formation, professeur à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. Comme il ne porte qu’accessoirement sur le nucléaire, nous n’en retiendrons ici que la déclaration suivante du professeur Lachal.

“Il ne faut pas se précipiter. Les centrales sont là et elles vont continuer à fournir de l’énergie pendant dix ou vingt ans. Tout comme le fossile, nous en aurons besoin pour fournir l’électricité nécessaire à la transition. Il ne s’agit pas de basculer d’un système à l’autre du jour au lendemain, mais de monter progressivement en puissance en jouant sur différents tableaux et en progressant au cas par cas, jusqu’à parvenir à un approvisionnement énergétique 100% renouvelable.”

Selon ce professeur en tout cas, la Suisse ne doit pas se presser car les risques d’accident ou de sabotage ne la menaceraient pas !

 

Conclusion

Ce dossier est bienvenu. Il s’accompagne de photos, de notes marginales et d’une carte du nucléaire en Suisse pleins d’enseignements. Mais seul le premier article, dû au professeur Wildi, justifie pleinement le titre et le sous-titre accrocheurs de la version papier du numéro 125 de Campus.

 

Ivo Rens

Juillet 2016

 

 

(1) Le contenu de ces articles est accessible en ligne sur le site de Campus, sous un titre sobrement intitulé “Dossier” qui ne signale nullement ce qu’annonce la couverture de l’édition sur papier ! Trois autres titres d’articles tiennent la vedette dans la présentation numérique de ce numéro, à savoir “L’abolition vue de l’intérieur”, sur l’esclavage, “Le logiciel qui élague l’arbre de vie” et “En Suisse, on ne retient plus son dernier souffle”.

 

(2) On regrette que l’interviewer n’ait pas interrogé plus avant le professeur Wildi sur les aléas de la construction à Cadarache, dans le Midi de la France, du projet pharaonique ITER de fusion thermonucléaire contrôlée. Selon d’autres physiciens que nous connaissons, ce projet est en difficulté, ce tokamak géant risque de ne jamais pouvoir fonctionner et les chances qu’il débouche, comme prévu, sur la mise au point d’une nouvelle filière de production de courant électrique sont proches de zéro.

On regrette surtout que l’interviewer n’ait pas consulté le professeur Wildi sur la filière des surgénérateurs, qui date aussi des années 1950, et que la Suisse n’a pas adoptée mais que d’autres pays continuent à explorer, dont la France avec son projet Astrid en voie de réalisation à Marcoule.

 

(3) http://www.lepoint.fr/monde/fukushima-5-ans-apres-l-effarant-bilan-11-03-2016-2024557_24.php

 

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Démantèlement reporté « de plusieurs décennies » : les dirigeants d’EDF veulent renvoyer les problèmes à… après leur mort !

 

Source :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article314

2juin 2016

 

En annonçant ce jour que EDF entend « décaler de plusieurs décennies » le démantèlement de ses réacteurs nucléaires, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) se fait la porte-parole des dirigeants d’EDF qui, de toute évidence, n’ont pas le courage d’annoncer eux-mêmes la lâcheté de leurs décisions.

En effet, décaler de plusieurs décennies le démantèlement des réacteurs de première génération, ce qui implique d’ailleurs que ce sera aussi le cas pour les réacteurs actuels, revient à laisser ce terrible fardeau aux générations suivantes.

Depuis le début de l’ère nucléaire, les citoyens opposés à l’atome ont dénoncé cette industrie qui ne cesse de reporter dans le temps les problèmes insolubles qu’elle génère, comme ceux des déchets radioactifs et des réacteurs à démanteler.

Les quelques bénéficiaires de cette industrie malfaisante – alors que la quasi totalité de la population en est victime – veulent désormais aller jusqu’au bout de leur stratégie de défilement : reporter les problèmes… au delà de leur propre mort, afin de ne pas avoir à assumer la lâcheté de leurs actes.

Il est encore temps pour la population française de reprendre sa destinée en main et, sur le modèle des tribunaux de « justice et vérité », de faire comparaître les dirigeants successifs de cette industrie malfaisante et les politiciens qui les ont mis en place (à moins que ce ne soit l’inverse).

Enfin, si cela était encore nécessaire, cet aveu de lâcheté démontre qu’il est impensable de construire de nouveaux réacteurs nucléaires et que, en particulier, l’EPR de Flamanville ne doit jamais être mis en service.

En effet, le démantèlement d’un réacteur qui n’a jamais fonctionné, et qui n’est donc pas radioactif, est immensément moins problématique. Il peut même être conservé par exemple pour en faire un mémorial des ravages du nucléaire comme il en existe pour divers crimes et guerres.

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En Europe occidentale, l’accident nucléaire approche

La sécurité des centrales nucléaires ne peut plus être garantie.

Beaucoup de centrales sont vieillissantes et comportent des défauts.

En graves difficultés financières, AREVA et EDF sont contraintes de faire des économies.

On vient de découvrir des malfaçons sur de nombreuses composantes essentielles des centrales en activité en France et à l’étranger.

 

Un prochain accident est probable. On s’y prépare.

 

Faute de moyens pour entreprendre les travaux nécessaires, on s’est résigné à tolérer les risques.

 

Faute de moyens pour faire face au risque majeur, les évacuations sont considérées comme impossibles.

 

On compte désormais sur l’auto-évacuation : ainsi chacun prendra en charge sa sécurité.

 

L’Etat qui a imposé le nucléaire, rejettera sa responsabilité sur le peuple.

 

            Bureau de l’APAG2

2 juin 2016

 

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Communiqué de l’Association pour l’Appel de Genève II (APAG2)

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Falsifications : l’Observatoire du nucléaire attaque Areva en justice (*)

Communiqué de l’Observatoire du nucléaire du 4 mai 2016

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

 

– Une plainte va être déposée au TGI (**) de Chalon-sur-Saône pour faux, usage de faux et mise en danger de la vie d’autrui

 

– L’enquête devra aussi rechercher les possibles complicités chez les clients d’Areva, en particulier chez EDF, ainsi qu’à l’Autorité de sûreté nucléaire

 

– Les installations nucléaires concernées doivent être immédiatement stoppées

 

A la suite des lourdes erreurs industrielles qui ont amené Areva à fournir à EDF et CGNPC (Chine), pour leurs réacteurs EPR respectifs, des cuves comportant d’importantes zones de faiblesse, un audit des activités de l’usine Creusot Forge d’Areva a révélé « des irrégularités dans le contrôle de fabrication d’environ 400 pièces produites depuis 1965, dont une cinquantaine seraient en service sur le parc électronucléaire français ».

 

Il s’agit là d’une affaire d’une gravité extrême qui a amené l’Observatoire du nucléaire à demander à son avocat, Me Emmanuel Riglaire, de déposer immédiatement au Tribunal de Grande Instance de Chalon-sur-Saône une plainte pour faux, usage de faux et mise en danger de la vie d’autrui.

 

Ce dernier délit est très probablement constitué puisque l’on retrouve aisément les quatre conditions requises :

 

– existence d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement ;

– violation manifestement délibérée de cette obligation ;

– exposition directe d’autrui ;

– existence pour autrui d’un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente.

 

En effet, contrairement aux cuves des réacteurs EPR qui ne sont pas en service, il apparaît que des dizaines de pièces comportant des malfaçons sont actuellement en service dans le parc nucléaire français mais aussi à l’étranger, faisant très probablement courir un « risque immédiat ». Il apparaît d’ailleurs indispensable de stopper immédiatement les installations nucléaires concernées.

 

Outre la gravité des fautes ainsi mises au jour, cette affaire achève de démontrer que la supposée « expertise française » dans le domaine nucléaire n’est qu’un mythe entretenu par les dirigeants industriels et politiques ainsi que par certains médias.

 

En réalité, de Superphénix à l’EPR, d’ITER (échec avéré dans la fusion nucléaire) à Cigéo (projet insensé d’enfouissement des déchets radioactifs), de la faillite avérée d’Areva à celle imminente d’EDF, l’industrie nucléaire française n’a perduré depuis 40 ans que par un soutien aveugle des gouvernements successifs.

 

De même, cette affaire confirme que la prétendue « exemplaire » Autorité de sûreté nucléaire est au mieux menée en bateau par les industriels, au pire complice : l’enquête, que la justice française doit immédiatement organiser, devra déterminer si des complicités, par exemple chez EDF et l’ASN, ont aidé Areva à écouler ses pièces défaillantes pendant des décennies jusqu’à l’affaire des cuves des EPR.

 

 

 

(*) Pour mémoire, en 2015, l’Observatoire du nucléaire a déjà remporté une bataille judiciaire contre Areva :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/IMG/jpg/so-sl-bat-areva-appel-2.jpg

(**) Tribunal de grande instance. (Note d’APAG2)

 

 

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Retour sur Tchernobyl

Pour nos lecteurs désireux d’approfondir cet accident, survenu voici déjà trente ans, et ses conséquences durables, signalons l’excellent livre de Marc Molitor, Tchernobyl, Déni passé, Menace future ?, Editions Racine, Bruxelles, 2011, 275 pages.

 

Ce livre est téléchargeable gratuitement sur le site de l’association Accueil – Santé – Enfants de Tchernobyl (ASET)

www.aset.be/tchernobyl-deni-passe-menace-future

 

IR

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Des leçons ont été tirées de la catastrophe de Tchernobyl, mais ce n’est pas au bénéfice des populations

 
Source :

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD)

21 avril 2016

 

Les autorités internationales, européennes et nationales ont mis en place

un cadre juridique destiné à gérer à moindre coût les catastrophes nucléaires.

Après un accident nucléaire, la protection des populations devrait être au cœur des décisions mais les coûts d’une catastrophe sont tels qu’ils ont conduit les États mettre en place une gestion « optimisée » qui fait supporter aux victimes de la pollution la plus grande part des dommages économiques et sanitaires.

 

Les concepts que le lobby nucléaire français[1] a testé et mis au point au Bélarus ont été intégrés aux recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR). Ils  sont désormais mis en œuvre dans les territoires contaminés par les rejets de la centrale de Fukushima-Daiichi. Le « développement durable en zone contaminée » se substitue à l’obligation de relogement dans des zones exemptes de risque radiologique : il faut apprendre aux habitants des zones affectées à vivre avec la radioactivité, les équiper de radiamètres et de dosimètres afin qu’ils limitent au mieux leur niveau d’exposition, qu’ils contrôlent le niveau de contamination de leur alimentation. Les victimes doivent être résilientes et autonomes. Elles deviennent responsables de leur protection contre les risques d’irradiation et de contamination (et potentiellement coupables si au final elles tombent malades). Les photographies d’écolières, avec leur dosimètre en guise de pendentif, illustrent parfaitement combien est devenu banal, normal, une réalité qui devrait susciter l’horreur et la révolte.

 

 

Les politiques de relogement à grande échelle sont trop onéreuses, d’autant plus onéreuses que le principe pollueur-payeur ne s’applique pas à l’industrie nucléaire. Les catastrophes n’ont pas provoqué de remise en question du régime dérogatoire de la responsabilité civile du nucléaire. Si le protocole d’amendement de la convention de Paris voté en 2004 aboutit, le montant disponible pour l’indemnisation des dommages corporels et matériels atteindra 1,5 milliard d’euros, une somme totalement dérisoire en regard du coût réel d’un accident majeur que les services officiels eux-mêmes chiffrent désormais à des centaines de milliards d’euros, voire à plusieurs milliers de milliards d’€.

Dès l’origine, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a pris le contrôle des recherches sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et sa stratégie du doute a réussi à neutraliser les résultats les plus dérangeants. Malgré cela, l’évolution des connaissances scientifiques aurait dû conduire à tenir compte des effets spécifiques des faibles doses de rayonnements et à renforcer les normes de radioprotection. Au lieu de quoi :

1/ les effets génétiques ont été arbitrairement limités à leur impact sur les 2 premières générations, une décision scandaleuse et incompréhensible à la lumière des travaux sur l’instabilité génomique ;

2/ le coefficient qui divise artificiellement par 2 les effets cancérigènes n’a pas été supprimé en dépit des résultats de plusieurs études épidémiologiques de référence, en particulier sur les travailleurs ;

3/ les pathologies non cancéreuses n’ont toujours pas été pris en compte, pas même les effets cardiaques, alors que tous les systèmes physiologiques sont impactés et notamment le système immunitaire ;

4/ le principe de précaution n’est pas appliqué alors que de nombreux travaux questionnent les fondements mêmesdu système de radioprotection (effet de proximité par exemple) ;

5/ l’accident de Fukushima a relancé les discours les plus mensongers sur l’existence d’un seuil (autour de 100 mSv) en dessous duquel les doses seraient sans effet sanitaire, sur la prétendue innocuité de la radioactivité naturelle ou des examens médicaux … comme si les effets du radon n’étaient abondamment documentés, comme si aucune publication n’avait mis en évidence les risques associés aux scanners !

Dans un tel contexte, les dispositions règlementaires relatives à la gestion des phases accidentelle et post-accidentelle sont particulièrement laxistes. Pour faciliter la réinstallation, ou le maintien, des populations dans les zones contaminées, le seuil de référence applicable aux situations de contamination post-accidentelle est désormais fixé à 20 mSv/an. Il s’agit d’une valeur excessivement élevée : 20 fois la limite de 1 mSv/an qui définit le niveau de risque maximum acceptable hors situation accidentelle ! De plus, il s’agit bien d’une « référence » et non pas d’une « limite » qui serait beaucoup plus contraignante : la référence de dose peut être dépassée par une partie des personnes exposées. La « normalisation » se fera progressivement : la seule obligation est que le pourcentage des personnes exposées à plus de 20 mSv/an diminue progressivement. Aucune contrainte de temps n’est fixée ! Et cette valeur ne concerne pas la phase d’urgence au cours de laquelle les références de dose applicables sont encore plus élevées.

Les nouvelles recommandations de la CIPR sont désormais inscrites dans le droit européen : les prescriptions de ladirective Euratom 2013-59[2] doivent être transposées dans le droit national des États membres d’ici février 2018. De plus, le 15 janvier dernier a été publié le règlement Euratom n°2016-52 qui fixe les niveaux de contamination autorisés dans les aliments en cas d’accident. Il reprend sans les modifier les limites établies en 1987-1990 alors qu’entre-temps le risque cancérigène radio-induit a été multiplié par 10 et qu’il est désormais établi que le rapport d’expertise qui a servi de caution scientifique est truffé d’erreurs, de lacunes et d’incohérences ! Les limites applicables àl’iode 131 sont révoltantes, en particulier quand on songe à l’épidémie de cancers de la thyroïde qui a frappé les personnes (en particulier les enfants) exposées aux retombées de Tchernobyl. Concernant la distribution d’iode stable, destiné à saturer la thyroïde et à limiter son irradiation, la référence de dose est de 50 mSv/an alors que le bureau européen de l’OMS préconise depuis 1999 un seuil d’action de 10 mSv/an pour les enfants, les femmes enceintes et les mères qui allaitent.

Les nouvelles doctrines et limites se sont mises en place dans l’indifférence quasi-générale. Compte-tenu de la répartition et de l’âge du parc électronucléaire mondial, la probabilité que le prochain accident nucléaire majeur affecte directement l’Europe est assez élevée. Tout est prêt pour qu’il soit géré au mieux des intérêts de l’industrie nucléaire.

Créée au lendemain de l’accident de Tchernobyl, la CRIIRAD a mis au cœur de son action le combat pour l’information et la protection des populations. Elle appelle les citoyens, en France et en Europe, à s’intéresser d’urgence aux questions qui déterminent directement la protection de leur santé et l’avenir de leurs enfants. Faute de mobilisation, le prix à payer sera colossal.

La protection sanitaire des populations et des travailleurs doit être placée au centre des discussions et des décisions. Ceci concerne en tout premier lieu les risques d’accident mais également l’impact du fonctionnement normal des installations nucléaires. À titre d’exemple, la multiplication des chantiers de démantèlement des installations nucléaires produits des quantités grandissantes de déchets radioactifs dits valorisables (métaux et gravats notamment). Avec la bénédiction de la Commission européenne et de l’AIEA, plusieurs États européens pratiquent d’ores et déjà le recyclage à grande échelle de ces matériaux contaminés. En France, le pas n’est pas franchi mais les pressions sur l’Autorité de Sûreté Nucléaire se font de plus en plus fortes. Et avec le marché commun, ce qui a été recyclé en Allemagne ou en Suède est peut-être déjà présent, à notre insu, dans les objets de notre environnement quotidien.

 

 

L’équipe de la CRIIRAD

 

 

[1] Notamment le CEPN, Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, une « association » qui regroupe EDF, AREVA, le CEA et l’IRSN. Son directeur est désormais vice-président de la CIPR.

[2] Directive 2013/59/Euratom du Conseil du 5 décembre 2013 fixant les normes de base relatives à la protection sanitaire contre les dangers résultant de l’exposition aux rayonnements ionisan

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Tchernobyl. Nos enfants ont été irradiés ! Les preuves (*)

Source : Soir Mag Belgique

13 avril 2016

Exclusif

par

Benoît Franchimont

et Pauline Verhelst

 

Voici la preuve de la contamination de nos enfants

 

Une étude de l’UCL démontre que le taux de cancer de la thyroïde a augmenté significativement chez les jeunes Belges.

 

A quelques jours du 30ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (le 26 avril 1986), la publication des recherches de six médecins de l’hôpital universitaire de Mont-Godinne (UCL) va faire du bruit. Ces recherchent montrent, sur un échantillon large que le nombre de cancers papillières de la thyroïde (une forme de cancer qui peut être induite par les radiations) a augmenté significativement chez les enfants belges qui avaient moins de 15 ans en avril 1986.

 

LES JEUNES PLUS TOUCHÉS

Depuis 25 ans, le professeur Luc Michel, spécialiste des glandes endocrines à l’UCL, aujourd’hui à l’éméritat, est persuadé que la catastrophe de Tchernobyl a affecté la santé de nos enfants. En 2001 déjà, il présentait des chiffres alarmants, faisant état, parmi les patients de l’hôpital de Mont-Godinne (entre Dinant et Namur), d’un nombre inhabituel de cas de cancers de cancers de la thyroïde chez les enfants nés peu avant la catastrophe nucléaire.

Aujourd’hui, l’étude va plus loin. Et confirme encore davantage ce que le médecin craignait. Les recherches ont été menées conjointement par six médecins de services de chirurgie, endocrinologie et pathologie de l’hôpital universitaire, le professeur Luc Michel et ses collègues Julian Donelder, Alain Rosière, Caroline Fervaille, Julien Lemaire et Claude Bertrand. Elle est publiée dant le journal officiel de la Société royale belge de chirurgie, « Acta Chirurgica Belgica« . L’étude porte cette fois sur trois décennies d’expérience de cette équipe chirurgicale qui traite notamment les cancers de la thyroïde.

Résultat? Entre avril 1986 et avril 2015, 2349 patients nés avant avril 1986 ont été opérés à Mont-Godinne pour des lésions de la thyroïde. Les médecins ont examiné et comparé deux groupes distincts. Parmi les 2349 patients, 2164 avaient plus de 15 ans en 1986 (groupe A) et 185 moins de 15 ans (groupe B). Dans le groupe A, celui des patients les plus âgés donc, 175 ont développé un cancer papillaire de la thyroïde, soit 8,1°/oo. Dans le groupe B, les moins de 15 ans, cette proportion est plus que doublée: elle monte à 19,5 °/oo, soit 36 sur 185 patients ayant développé ce cancer.

 

LE TAUX DE CANCER NE DIMINUE PAS

Dans le détail, ces médecins de l’UCL constatent aussi que le taux de cancer de la thyroïde augmente au fil du temps dans les deux groupes d’âge différents, mais bien plus parmi les patients les plus jeunes. La différence entre les groupes A et B persiste tout au long de trois périodes étudiées (de 1986 à 1999, de 2000 à 2010 et de 2011 à 2015). Entre les périodes 1986-1999 et 2000-2010, on constate une diminution de l’écart du taux de cancer, mais la différence augmente à nouveau fortement entre 2011 et 2015.

« Nous ne nous attendions pas à une telle différence. De nouvelles techniques de diagnostic plus précises ont été introduites depuis 2011. Nous pensions que plus le temps passerait, plus le taux de cancer diminuerait chez les plus jeunes puisque ces techniques bénéficieraient aux deux groupes de patients. Ce n’est pas le cas. Le temps de latence peut donc être très long pour le cancer de la thyroïde induit par les radiations« , analyse le Pr Michel, que nous avons interrogé sur ces résultats interpellants.

 

DES BÉBÉS ATTEINTS

Les 36 patients du groupe B qui ont présenté un cancer avaient 12 ans d’âge moyen au moment de Tchernobyl. Leur âge moyen lors de l’intervention chirurgicale était de 33 ans. « Dramatiquement, nous avons rencontrés aussi six cas de bébés contaminés in utero, au stade foetal. Dans deux cas, il y a eu cancer de la thyroïde chez l’enfant. L’iode radioactif passe à travers le placenta ou via le lait maternel« , ajoute de Pr Michel. Pour nos médecins, cette longue étude démontre que l’exposition aux radiations du fameux nuage de Tchernobyl a été bien plus importante dans nos régions que ce que les autorités ont bien voulu reconnaître jusqu’ici.

Leurs recherches prouvent que, depuis 30 ans, le taux de cancer de la thyroïde chez les enfants belges qui avaient moins de 15 ans lors de l’accident nucléaire reste plus élevé que dans le reste de la population. « Je dirais plus précisément que c’est un problème à ne pas ignorer, et encore moins à nier, dans l’ensemble de la population européenne. En Belgique, j’aimerais obtenir les résultats d’études similaires sur tout le pays. Mais elles n’existent pas. Et le Registre du cancer, créé en 2008, ne donne aucune information pertinente sur le sujet« , déplore le professeur Michel.

« Il en est de même d’un récent rapport du KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé, ndlr) sur tous les types de cancer de la thyroïde, qui n’aborde pas cette question spécifique. C’est étonnant. Pour moi, la date de naissance d’un patient présentant un problème thyroïdien est devenue la première information à considérer. »

 

« ON A RENTRÉ LES VACHES, PAS LES ENFANTS »

Depuis 1990, on sait avec précision que le nuage radioactif parti de Tchernobyl est passé au-dessus de la Belgique les 1er, 2 et 3 mai 1986. Et que les retombées radioactives ont été décelées sur tout le territoire, en dose plus ou moins élevée en province de Luxembourg et dans l’est de la province de Namur. Mais en 1986, aucune mesure n’a été prise, à part pour le bétail… Il aurait suffi, rappelle le Pr Michel, de confiner les enfants, plus sensibles à l’exposition, quelques jours à l’intérieur, et de leur distribuer, comme en Pologne, des comprimés d’iode. Mais rien n’a été fait. « En Belgique, on a fait rentrer les vaches, mais pas les enfants« .

« Des instructions simples et précises pour les inspections médicales scolaires seraient également fort utiles« , répète Luc Michel. Et il ajoute: « Ce n’est que depuis peu que les périmètres d’évacuation et de distribution de comprimés d’iode autour de nos centrales nucléaires ont été revus rationnellement en cas d’accident de type Fukushima. Mais mieux vaut tard que jamais. »

(*) Le titre journalistique de l’article parle d’irradiation, mais le contenu de l’article décrit une contamination radioactive, ce qui n’est pas pareil. (IR)

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L’éloquence d’une anagramme

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Genève veut forcer Paris à débrancher

par Christine Wuillemin
La Liberté/ Le Courrier
Mardi 8 mars 2016
LI-08-03-FJ-03

 

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