Un îlot de vérité dans l’océan nucléocratique français LA CRIIRAD

La naissance de cette vaillante institution a été provoquée par le Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI) peu après l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl, le 26 avril 1986. Alors qu’à l’unisson, les médias assuraient que le territoire français avait été totalement épargné par les retombées radioactives et recommandaient à la population de ne rien changer à ses habitudes alimentaires, ceux des pays riverains se montraient beaucoup plus prudents. Etonnés par ce décalage, un groupe d’Ardèchois et de Drômois firent analyser des prélèvements (eau, lait, salades, etc.) au laboratoire de l’Institut de physique nucléaire de Lyon. Le résultat révélait que la France était contaminée à des niveaux qui imposaient des mesures de protection adaptées. Ce que les médias s’empressèrent de diffuser largement.

Le 10 mai 1986, le Prof. PELLERIN, fondateur et directeur du SCPRI et du Centre international de référence pour la radioactivité de l’OMS, reconnaissait sur TF1 que la contamination de l’air se trouvait multipliée par 100, voire 400 par endroits. Ce qui était encore bien inférieur à la réalité – d’un facteur 100 à 1000 – et que les services officiels finirent par admettre, mais 20 ans plus tard !

Le 22 mai 1986, la Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité tenait sa première assemblée générale réunissant plus de 400 personnes d’horizons professionnels très divers, mais unies par la même révolte et le même projet.

La CRIIRAD sera une association à but non lucratif. Installée à Valence (F) et présidée de 1986 à 1997 par Michèle RIVASI (actuellement députée européenne) puis par Roland DESBORDES, professeur de physique, qui préside en outre le conseil d’administration de 13 membres, l’association emploie aujourd’hui 13 salariés et compte quelque 6’500 adhérents. Totalement indépendante de l’Etat, des exploitants du nucléaire et du monde politique, elle mène ses propres investigations et ses actions d’intérêts général en matière d’information, de radioprotection et de préservation de l’environnement.

La CRIIRAD est un laboratoire agréé par le ministère de la Santé et spécialisé dans les analyses de radioactivité.

Depuis sa création, il a effectué plus de 30 000 analyses et des centaines d’études radioécologiques et de contre-expertises pour des particuliers, associations, industriels et tribunaux. Ce laboratoire dispose de tous les agréments exigés pour ses interventions en France comme à l’international : Europe (Belgique, Bulgarie, Ecosse, Espagne, Finlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas), Outre-mer (Polynésie française), Ex-URSS (Biélorussie, Ukraine, Russie), Afrique (Algérie, Gabon, Malawi, Mali, Namibie, Niger), Asie (Japon), Amérique (USA, Brésil). La responsabilité du laboratoire de la CRIIRAD est assumée depuis sa création par Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire.

La triple mission de la CRIIRAD : Contrôler – Informer – Protéger. Avec son matériel performant sur le terrain comme au laboratoire, la CRIIRAD peut détecter les contaminations de l’environnement, des aliments et des matériaux, en vue de dénoncer les pollutions et permettre à la réglementation d’être appliquée et d’évoluer. Depuis sa création, l’information au public a été l’une des missions essentielles de la CRIIRAD. Elle consiste à décrypter les informations officielles, souvent incomplètes ou mensongères. A dénoncer les conflits d’intérêts « d’experts » ou d’autorités autoproclamées « indépendantes » qui désinforment sans scrupule. La CRIIRAD est présente dans de nombreuses foires et salons afin de rencontrer un public souvent préoccupé par un environnement de plus en plus menacé. Pour répondre à la demande et face à la désinformation officielle chronique, elle a publié en 2002 un atlas des contaminations du territoire français et européen, suite aux retombées de Tchernobyl.

La protection des populations et des travailleurs contre le danger croissant des rayonnements ionisants est une préoccupation constante à la CRIIRAD. Les sources de radioactivité – invisibles, inodores, silencieuses – sont multiples : anciennes mines d’uranium, gaz radon dans l’eau potable et les bâtiments, aliments contaminés, transports de matériaux radioactifs, etc, etc. La santé humaine ne semble pas préoccuper particulièrement ceux qui devraient pourtant la protéger. La CRIIRAD est intervenue entre 2004 et 2007 contre des projets de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) et le Codex Alimentarius qui visaient à autoriser des aliments contaminés mais qui n’atteignaient pas certains « seuils » de tolérance. L’association a estimé que la norme devait rester l’absence de radioactivité. Appuyée par 180 000 signatures, elle a obtenu que les autorités internationales revoient leur copie.

Fukushima a confronté la CRIIRAD a une situation accidentelle grave. Toute sa structure s’est investie sans compter.

La situation au Japon était suivie en permanence et les contrôles atmosphériques renforcés. Sur place, un partenariat scientifique a été organisé afin de pouvoir disposer d’une dizaine de centres de contrôle fiables de la radioactivité.

Les populations continuent de vivre stoïquement en essayant de se protéger quand s’est possible. Un chercheur du CNRS vivant au Japon résume ainsi leur situation : « On nous apprend à creuser notre tombe ».

On ne peut qu’être admiratif devant les innombrables activités conçues, réalisées, développées et assumées par une si modeste structure, qui trouve encore le moyen de pouvoir assurer son indispensable indépendance financière.

Et lorsqu’on réalise que sa mission consiste essentiellement à se confronter au puissant lobby planétaire du nucléaire et aux instances qui le défendent comme AREVA, EDF, AIEA et IRSN, on se met à croire au miracle …

Paul Bonny

(Article à paraître dans L’Essor, La-Chaux-de-Fonds, février 2014)

CRIIRAD Cours Manuel de Falla  26000 VALENCE (France)  0033 475 41 82 50  contact@criirad.org  http://www.criirad.org

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