Comprimés d’iode : pilule miracle ou placebo ?

par Paul Bonny

lettre de lecteur parue dans

24 heures, le 11 février 2016

 

La presse a récemment annoncé les préparatifs d’une prochaine distribution de pastilles d’iode en cas d’alerte nucléaire. Destinées surtout à rassurer la population (nos autorités craignent avant tout la panique) ces informations méritent néanmoins d’être complétées et précisées. L’enjeu est tel que la population est en droit d’en savoir plus sur les risques qui lui sont imposés. Le plus important est que la pastille, pour être efficace, a besoin de temps. D’abord pour atteindre la glande thyroïde, puis pour la saturer avant l’arrivée du nuage radioactif. Tout dépend du lieu où l’on habite : en bord de mer, elle est presque à saturation en permanence. Plus on s’éloigne, plus il faut du temps, chacun réagissant selon sa biologie. Il faut au moins 48 h pour être sûr que la glande soit saturée chez tout le monde. Prises moins de 2 h avant l’arrivée d’un nuage radioactif, les pastilles n’ont aucun effet. C’est le temps minimum pour que l’iode parvienne à la thyroïde. Ainsi, pour être efficacement protégés, nous devrions théoriquement recevoir l’ordre d’ingérer la pastille déjà en notre possession lorsque le nuage radioactif se trouve encore à 1200 km de chez nous, afin de lui laisser le tenps d’arriver, poussé par un vent faible d’environ 25 km/h.

Concrètement, imaginons un accident à Mühleberg (env. 125 km de GE). Avec le même vent de 25 km/h venant du nord-est, nous serions contaminés 5 heures plus tard. Pour la centrale française du Bugey, un même petit vent soufflant du sud-ouest nous amènerait le dangereux nuage en 4 h environ. Dans les deux cas, les pastille d’iode n’auraient donc pas eu le temps nécessaire pour saturer la thyroïde !

Il faut en outre savoir qu’une fois saturée d’iode non-radioactif, notre glande thyroïde ne sait que faire de l’iode radioactif inhalé ou ingéré. Dès lors, nul ne peut dire où il ira se loger dans notre organisme. Et personne ne parle de la multitude d’autres éléments radioactifs (césium, strontium, etc.) émis lors de toute catastrophe nucléaire. Mais ils sont tôt ou tard inhalés ou ingérés par

la population exposée.

Avant de prendre cette pastille, l’avis d’un médecin est indispensable, notamment en cas de dysfonctionnement thyroïdien ou rénal, d’asthme, d’insuffisance cardiaque ou de maladie auto-immune. Enfin n’oublions pas que le CERN compte parmi les « Installations nucléaires de base » françaises. A ce titre, la population de Gex et environs a droit à ses pastilles d’iode. Encore faudra-t-il que les savants locaux anticipent tout problème grave si l’on veut pouvoir absorber la pastille au moins 48 h à l’avance !

Le nucléaire français n’en est pas à sa première tentative de nous faire avaler la pilule ! Rappellez-vous avril 1986 : le nuage radioactif de Tchernobyl avait providentiellement épargné la France !

Et l’explosion du cœur du réacteur n’avait fait que 37 victimes … Tout cela d’entente avec l’OMS, qui est aux ordres de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et avec la bénédiction de l’ONU. Alors ça, c’est vraiment une pilule difficile à avaler !

 

 

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