Archives mensuelles : octobre 2016

Bure/Cigéo : la démocratie enfouie avec les déchets radioactifs

par Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

19 juillet 2016

Source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article316

 

Les affirmations de M. Bouillon, président de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), dans sa tribune titrée « Stockage des déchets radioactifs : ne pas se tromper de débat » – Les Echos, 11 juillet 2016 (*) – méritent une sérieuse mise au point.

nucleaire-tue-avenir-d7229Le nucléaire irradie aussi la démocratie

  1. Bouillon prétend pour commencer que le projet Cigéo, qui consiste à enfouir sous terre les déchets radioactifs les plus dangereux, à Bure (Meuse), a pour but de « protéger l’homme et l’environnement de la dangerosité de ces déchets ».

C’est tout à fait faux. Ce projet n’existe que pour une raison : permettre aux industriels de l’atome de prétendre que la question des déchets nucléaires est « réglée », afin de se sentir fondés à… continuer à en produire.

Si encore M Bouillon se désolait de l’existence de l’industrie nucléaire, et demandait son arrêt le plus rapide possible, on pourrait éventuellement croire à sa bonne foi mais, comme d’ailleurs tous les promoteurs de l’enfouissement des déchets radioactifs, il est un fervent pronucléaire.

C’est donc avec le plus grand cynisme que M. Bouillon ose se poser… en défenseur des générations futures, en demandant : « Pourquoi serait-ce à nos arrière-petits-enfants de trouver une solution pour des déchets qu’ils n’ont pas produits ? ».

La vraie question, que l’auteur évite soigneusement de poser, est « Comment a-t-on pu accepter, et accepte-t-on encore, une industrie produisant des déchets qui vont mettre en danger nos descendants pour des centaines de générations ? »

Car, enfouissement ou pas, le problème va rester entier. M Bouillon tente d’ailleurs d’abuser l’opinion en écrivant à propos de ces déchets que « ce serait un pari fou que d’imaginer qu’ils seront toujours en sécurité dans des entrepôts de surface », comme si l’enfouissement réglait miraculeusement le problème.

En effet, une fois enfouis, ces déchets vont continuellement dégager des quantités immenses de chaleur mais aussi de gaz extrêmement dangereux et explosifs comme l’hydrogène, ces processus étant susceptibles de causer un désastre dont les conséquences seraient dramatiques y compris à la surface.

Pour tenter de parer ce phénomène, des infrastructures d’extraction de ces gaz sont supposées fonctionner… pendant des siècles. Il est évident que ce système sera mis en cause par « les aléas de la civilisation (guerres…) comme les éléments naturels » cités précisément par M. Bouillon pour tenter sans rire de justifier l’enfouissement.

Les prétentions des apprentis sorciers de l’atome sombrent même dans le ridicule et le tragique puisqu’un éboulement mortel s’est récemment produit (**) dans le laboratoire censé prouver la fiabilité de leur projet : comment croire que ces pieds-nickelés peuvent construire une installation fiable pour des centaines de milliers d’années ?

Le discrédit du projet Cigéo est enfin absolu lorsque l’on sait que, pour mieux verrouiller le processus, M. Bouillon est à la fois le président du conseil d’administration de l’Andra et le député désigné comme rapporteur de la récente proposition de loi sur l’enfouissement de ces déchets.

Jusqu’alors, les entreprises se contentaient de rédiger en coulisse les amendements, voire les projets de loi in extenso, à charge pour les parlementaires acquis à leur cause (***) de les faire adopter. Désormais, le mélange du genre est total.

Pour finir, il nous faut une bonne fois pour toute récuser le terme de « solution » pour les déchets radioactifs : il n’existe que des options, toutes mauvaises d’ailleurs. Peut-être sera-t-il possible d’en trouver une (un peu) moins mauvaise que les autres, mais seuls des gens ayant décidé ou soutenu l’arrêt du nucléaire pourront être crédibles pour faire ce choix : à défaut, il s’agira toujours de subterfuges pour promouvoir la continuation de l’industrie atomique.

Nous ne pouvons qu’inviter les citoyens, en particulier ceux de l’Est de la France, à se mobiliser en nombre pour soutenir les militants jeunes et moins jeunes, zadistes ou « à l’ancienne », qui tentent courageusement, malgré les coups de matraques et les gaz lacrymogènes, d’empêcher l’enfouissement simultané de la démocratie et des déchets nucléaires.

Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

 

(*) http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211111888974-stockage-des-dechets-radioactifs-ne-pas-se-tromper-de-debat-2013549.php

(**) http://www.leparisien.fr/faits-divers/eboulement-mortel-sur-le-site-de-stockage-de-dechets-nucleaires-de-bure-26-01-2016-5486845.php

(***) Souvent en échange de promesses d’embauches pour eux-mêmes ou leurs proches : l’affaire Barroso / Goldman Sachs n’est que l’illustration emblématique de ces pratiques nauséabondes.

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Votation fédérale du 27 novembre 2016 OUI à la sortie programmée du nucléaire

Source : https://www.sp-ps.ch/fr/campagnes/votations-du-27-novembre/oui-la-sortie-programmee-du-nucleaire

 

L’énergie atomique n’est pas rentable. Et Fukushima nous a définitivement convaincus d’une chose: les risques ne sont pas contrôlables. L’avenir appartient aux énergies renouvelables. A fortiori dans notre pays, qui exploite les plus vieilles centrales nucléaires du monde et dispose d’un potentiel gigantesque en termes d’énergies renouvelables. La sortie programmée du nucléaire complète la Stratégie énergétique 2050 avec la durée d’exploitation maximale, si importante, imposée pour les réacteurs atomiques. Elle ouvre ainsi la voie au tournant énergétique.

L’électricité d’origine nucléaire n’est pas rentable et elle est coûteuse

Elle est, aujourd’hui déjà, plus chère que l’électricité provenant de l’énergie hydraulique. Rien que pour les centrales de Gösgen et de Leibstadt, les investissements atteindront environ 1 milliard au cours des prochaines années. Mais les coûts de la désaffectation, pour laquelle les exploitants devraient se mettre ensemble pour constituer un fonds, sont encore plus élevés, raison pour laquelle les exploitants investissent de préférence dans la poursuite de l’exploitation non rentable en espérant une hausse des prix de l’électricité – ou la création d’une société de sauvegarde étatique.

Les centrales nucléaires plus que vétustes représentent une menace

La Suisse se permet le luxe d’exploiter le plus vieux parc de centrales nucléaires du monde. Beznau I, par exemple, est confrontée à de graves problèmes de sécurité. Les centrales nucléaires fonctionnent avec une radioactivité élevée, une charge de pression considérable et de hautes températures. Cela cause une grande usure du matériel et des machines. Des éléments de construction centraux, comme le réacteur, ne peuvent pas se régénérer. Avec nos centrales nucléaires, nous avons dépassé la limite de ce qui est techniquement faisable et supportable. Et le risque de voir un accident se produire aussi sur le territoire suisse a massivement augmenté. L’élimination sécurisée des déchets constitue elle aussi un problème irrésolu.

La sortie programmée crée de la sécurité en matière de planification

La Stratégie énergétique 2050 indique à la Suisse la bonne voie à suivre pour son avenir énergétique. D’ici à 2050, notre approvisionnement en énergie doit reposer en majeure partie sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, les centrales nucléaires doivent donc être débranchées. Le Parlement n’a pas su saisir l’occasion qui s’offrait à lui de réglementer cette partie centrale de la nouvelle stratégie énergétique de façon contraignante. Seule une nouvelle interdiction a été ancrée dans la loi. Il manque toutefois des réglementations sur la mise hors service progressive des centrales nucléaires existantes. L’initiative comble cette importante lacune  de la législation au niveau constitutionnel et veille à ce que les centrales nucléaires soient débranchées par étapes (2017, 2024 et 2029).

Le tournant énergétique garantit notre approvisionnement et des places de travail

En Suisse, nous disposons d’un grand potentiel en termes de ressources renouvelables: eau, soleil, vent, biomasse, bois. Le soleil et le vent constituent des ressources dans lesquelles l’on peut puiser pour ainsi dire à l’infini. Autre avantage: contrairement au pétrole, au gaz et à l’uranium, on n’a besoin ni de se les procurer ni de se les faire livrer. Ils nous affranchissent des importations coûteuses de matières premières. En Suisse, l’exploitation d’une centrale nucléaire ne crée que peu de places de travail. Il en va tout autrement des énergies renouvelables. Elles créent des places de travail durables et pleines de sens à l’intérieur du pays, même dans les régions structurellement défavorisées.

 

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L’initiative des Verts pour la sortie du nucléaire en votation le 27 novembre prochain

Source : http://www.verts-ge.ch/nos-idees/communiques-de-presse/item/3962-l-initiative-des-verts-pour-la-sortie-du-nucleaire-en-votation-le-27-novembre-prochain.html#.V_68YjYceu5

26 septembre 2016-10-13

Le 27 novembre prochain, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative des Verts pour la sortie programmée du nucléaire.

Voici en bref, ce que veut l’initiative:

L’initiative pour la sortie programmée du nucléaire revendique l’interdiction de construire et d’exploiter de nouvelles centrales nucléaires et une durée d’exploitation maximale de 45 ans pour les centrales existantes. Si la sécurité l’exige, elles doivent être arrêtées plus tôt. En plus, l’initiative exige une transition énergétique basée sur des économies en énergie, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

 

L’initiative populaire fédérale « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire » (Initiative Sortie programmée du nucléaire) a été lancée par les Verts et d’autres organisations en 2011, après l’accident de Fukushima. Peu après le lancement de l’initiative, le Conseil fédéral et le Parlement ont traité ce sujet. Mais le Parlement veut seulement inscrire l’interdiction de nouvelles centrales dans la loi. Il ne prévoit pas l’arrêt des anciennes centrales nucléaires – alors que ce sont elles qui constituent le risque réel. C’est pour cela que l’Initiative pour la sortie programmée du nucléaire est nécessaire. Elle seule réduit le risque d’accident majeur comme celui de Fukushima.

 

L’Initiative pour la sortie programmée du nucléaire n’est donc pas un contre-projet à la Stratégie énergétique 2050, mais elle la complète en y ajoutant l’élément essentiel qu’est la durée maximale de fonctionnement des centrales nucléaires. L’arrêt progressif des centrales nucléaires d’ici 2029 crée une sécurité de la planification pour toute la politique électrique suisse et des investissements pour les nombreuses usines électriques cantonales et communales.

 

 

 

Texte de l’Initiativepopulaire fédérale

 

Initiative populaire fédérale ‘Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire

(Initiative «Sortir du nucléaire»)’

 

L’initiative populaire a la teneur suivante:

I

La Constitution1 est modifiée comme suit:

Art 90 Energie nucléaire

1 L’exploitation de centrales nucléaires destinées à produire de l’électricité ou de la chaleur est interdite.

2 La législation d’exécution se fonde sur l’art. 89, al. 2 et 3; elle met l’accent sur les mesures visant à économiser l’énergie, sur l’utilisation efficace de l’énergie et sur la production d’énergies renouvelables.

II

Les dispositions transitoires de la Constitution sont modifiées comme suit:

Art. 197, ch. 92 (nouveau)

  1. Disposition transitoire ad art. 90 (Energie nucléaire)

1 Les centrales nucléaires existantes doivent être mises hors service définitivement selon les modalités suivantes:

  1. la centrale de Beznau 1: un an après l’acceptation de l’art. 90 par le peuple et les cantons;
  2. les centrales de Mühleberg, de Beznau 2, de Gösgen et de Leibstadt: 45 ans après leur mise en service.

2 La mise hors service anticipée d’une centrale dans le but de préserver la sécurité nucléaire est réservée.

 

 

 

_______________________________

1 RS 101

2 Comme l’initiative populaire ne demande pas le remplacement d’une disposition transitoire de la Constitution, la présente disposition transitoire ne se verra attribuer un chiffre définitif qu’après la votation populaire, en fonction de la chronologie des modifications constitutionnelles acceptées en votation populaire. La Chancellerie fédérale procédera aux adaptations nécessaires avant la publication dans le Recueil officiel du droit fédéral (RO).

 

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Historique du nucléaire en Suisse

Source : http://www.sortirdunucleaire.ch/nucleaire/historique-suisse

 

 

1946

Le conseil fédéral décide de construire une bombe atomique

Archives fédérales, février 1946 :« La SKA est chargée de construire une bombe suisse ou d’autres moyens militaires basés sur le principe de l’arme atomique. Il faut essayer de les développer à l’aide de ressources et matières premières suisses. Il faut examiner l’utilisation de ces moyens militaires sous différentes formes, à savoir : a. des bombes d’uranium comme moyens de destruction comme des mines, à des fins défensives ou pour des sabotages actifs ; b. des bombes d’uranium comme obus d’artillerie ; c. des bombes d’uranium comme bombe d’avion»

1957

Le référendum Energie nucléaire et radioprotection est accepté

1960

Construction d’un réacteur Suisse à Lucens pour produire du plutonium pour la bombe nucléaire Suisse

1968

premières démarches pour une centrale nucléaire à Verbois

1969

Démarrage de la centrale nucléaire Beznau I

1969

Accident dans la centrale nucléaire de Lucens et arrêt définitif

La confédération délivre une autorisation de site pour une nouvelle centrale nucléaire à Kaiseraugst, ce qui déclenche une contestation sans précédent jusqu’à l’abandon de projet en 1988

1972

Démarrage de la centrale nucléaire de Beznau II

1972

Démarrage de la centrale nucléaire de Mühleberg

1972

Fondation de la Nagra (société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs)

1975

La construction de la centrale nucléaire de Kaiseraugst est interrompue par une opposition populaire massive.

1979

Démarrage de la centrale nucléaire de Gösgen

1982

La Suisse cesse enfin d’immerger ses déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord, suite à l’interdiction par la convention OSPAR

1984

Démarrage de la centrale nucléaire de Leibstadt

1985

«Projet garantie». Ce projet stipulait qu’«avant la fin de 1985 un projet doit être soumis, donnant une garantie pour le traitement et le stockage sûrs (…) des déchets radioactifs». Il indiquait que si «aucune garantie n’est donnée pour le traitement des déchets» dans les délais impartis, toutes les installations nucléaires devaient «éventuellement cesser leurs activités, voire même être fermées».

1988

Abandon des projets de centrale nucléaire à Kaiseraugst, Graben et Verbois

1988

«Projet garantie». Reconnaissance par le Conseil fédéral de la faisabilité et de la démonstration de la sûreté de l’évacuation finale des déchets de faible et moyenne activité, ouvrant ainsi la voie de la poursuite du nucléaire.

1989

Début des travaux d’investigation de la Nagra au Mont Terri

1990

Rejet de l’initiative pour Sortir du Nucléaire

Acceptation d’un moratoire de 10 ans sur l’autorisation de nouvelles centrales nucléaires

1995

Le canton de Nidwald refuse en votation populaire le stockage de déchets radioactifs au Wellenberg

2000

Trois initiatives sont rejetées en votation:

– Introduction d’un centime solaire

Redevance pour l’encouragement des énergies renouvelables (contre-projet)

Redevance sur l’énergie en faveur de l’environnement

2001

Rejet de l’initiative Taxer l’énergie et non le travail

Mise en exploitation du centre de stockage intermédiaire de Würenlingen

2002

Le canton de Nidwald refuse à nouveau le stockage de déchets au Wellenberg

2003

Rejets des initiatives Sortir du Nucléaire et Moratoire plus

2003

La nouvelle loi sur l’énergie nucléaire supprime le droit de véto cantonal aux projets d’entreposage de déchets radioactifs

2007

Le Conseil Fédéral décide le remplacement des actuelles centrales et le développement des centrales à gaz.

2008

Atel dépose une demande d’autorisation générale pour une nouvelle centrale nucléaire au Niederamt

2010

Des demandes d’autorisations générales sont déposées pour de nouvelles centrales nucléaires à Mühleberg, Beznau et Niederamt. Les promoteurs justifient des nouvelles centrales « pour éviter la pénurie d’électricité qui menace ».

2011

13 février: Le canton de Nidwald refuse une nouvelle fois le stockage de déchets au Wellenberg

En votation consultative, le canton de Berne accepte le principe d’une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg Un mois plus tard: La catastrophe de Fukushima déclenche en Suisse une évolution remarquable de l’attitude politique envers l’énergie nucléaire: Le Conseil Fédéral annonce sa décision de sortir du nucléaire. Le parlement confirme cette décision.

2012

Le Conseil Fédéral met en consultation sa « Stratégie énergétique 2050 ».

2013

Les organisations anti-nucléaires, dont Sortir du Nucléaire, déposent leur initiative « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire« .

FMB-BKW annoncent la fermeture de la centrale de Mühleberg pour 2019!

2014

L’initiative du canton Berne pour débrancher Mühleberg immédiatement est refusée

2014

Des comprimés d’iode sont distribués à la population vivant dans un rayon de 50 km autour des centrales nucléaires pour empêcher l’accumulation d’iode dans la glande thyroïde en cas d’accident grave dans une centrale nucléaire.

2014

Le Conseil National décide de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires de Beznau à 60 ans maximum, Gösgen et Leibstadt devront prouver leur bon état tous les 10 ans (sans limite)

2015

Les centrales hydrauliques devront être subventionnées, les prix de l’électricité s’étant effondré à cause de la surproduction en Europe. La pénurie d’électricité annoncée il n’y a que 5 ans n’a donc pas lieu!

2015

La Nagra propose un examen approfondi des régions de Jura-est et de Zurich nord-est en tant que domaines d’implantation pour dépôts en couches géologiques profondes

2016

Probable votation fédérale sur l’initiative Sortir du nucléaire limitant la durée d’exploitation de chaque réacteur nucléaire à 45 ans avec une cessation du dernier réacteur en 2029

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Pourquoi Fessenheim peut et doit être fermée maintenant

Source : http://www.sortirdunucleaire.org/Pourquoi-Fessenheim-peut-et-doit#top

Octobre 2016

 

  1. Une centrale à fermer d’urgence
  2. Pourquoi gaspiller des millions d’euros dans les travaux ?
  3. Sur le plan énergétique, la fermeture immédiate est possible
  4. Des alternatives existent pour la production d’énergie et la reconversion des travailleurs.
  5. Fermer maintenant Fessenheim pour ouvrir la voie à la sortie du nucléaire en France

 

Une centrale à fermer d’urgence

Située à 15 km de Mulhouse, 20 km de Freiburg im Breisgau (Allemagne) et 40 km de Bâle (Suisse), la centrale nucléaire de Fessenheim représente une menace pour toute une grande région européenne. En 2011, 167 communes alsaciennes, allemandes et suisses (dont 74 communes françaises, représentant un tiers de la population alsacienne) ont voté une motion pour son arrêt immédiat [1].

 

Les défauts de sûreté de Fessenheim, dénoncées depuis des années par les habitants de cette région transfrontalière, sont légion. Située en zone sismique, en contrebas du grand canal d’Alsace, la centrale est particulièrement vulnérable. Rien ne protège ses piscines de combustibles contre la chute d’un avion de ligne, alors même qu’un aéroport européen est situé à 30 km de là. Enfin, son radier – socle de béton sur lequel repose la centrale – est particulièrement mince : 1,5 m d’épaisseur, alors que celui des autres centrales françaises est deux fois plus épais. En cas d’accident, ce socle pourrait être percé par le cœur en fusion, qui contaminerait alors rapidement la nappe phréatique [2].

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À ces défauts s’ajoutent les risques liés au vieillissement de la doyenne des centrales françaises. De nombreux éléments (cuve, tuyauteries et câblages, mais aussi enceinte de béton…) deviennent plus fragiles, et une partie d’entre eux ne sont pas remplaçables. L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire lui-même met en garde contre des risques de rupture des cuves passé 35 ans de fonctionnement. Or en 2016 la centrale aura alors atteint… 39 ans !

Toutefois, le facteur humain et le mode de gestion de la centrale s’avèrent plus préoccupants encore que les problèmes techniques. Le 5 septembre 2012, un incident a blessé deux travailleurs. Il ne s’agit « que » du 23ème épisode d’une série d’incidents survenus depuis mars dernier, apportant la preuve d’une sûreté dégradée et de criants problèmes de maintenance. Conséquence d’un arbitrage en faveur de l’économie au détriment de la sûreté, ou effet de la dégradation des conditions de travail des travailleurs chargés de la maintenance ? Dans tous les cas, inutile d’attendre qu’un problème grave s’ajoute à la liste des incidents.

 

Pourquoi gaspiller des millions dans les travaux ?

L’Autorité de Sûreté Nucléaire a prescrit en juin dernier des travaux pour l’amélioration de la sûreté de Fessenheim, d’un montant dont les estimations vont de 20 millions… à 200 millions d’euros. Elle a notamment déclaré que si les travaux n’étaient pas réalisés d’ici un an, la centrale devrait être fermée. Toutefois, la faisabilité dans le temps imparti de certaines opérations – dont l’épaississement du fameux radier – est très discutée. Dans tous les cas, ces travaux ne pourront pallier qu’à la marge les nombreux défauts de sûreté de Fessenheim.

Au-delà de la question de la faisabilité, pourquoi entreprendre des travaux aussi coûteux – qui nécessiteront d’ailleurs la mise à l’arrêt de la centrale pendant de longs mois – alors que la fermeture est prévue quatre ans après ? Un tel gaspillage laisse perplexe, et pourrait servir de prétexte à EDF pour justifier la poursuite du fonctionnement de Fessenheim au-delà de 2016, en cas de revirement politique. En effet, un arrêt de quelques mois n’empêcherait pas un redémarrage à la mi-2017. Le choix de 2016 indique donc que la fermeture de la centrale ne peut nullement être tenue pour acquise.

Dans tous les cas, il serait clairement plus économique, plus cohérent et plus sûr d’opter pour une fermeture immédiate.

 

Sur le plan énergétique, la fermeture immédiate est possible

En effet, Fessenheim pourrait être fermée dès aujourd’hui sans générer aucune pénurie d’électricité. Reliée à l’ensemble du réseau électrique français, l’Alsace n’est pas une île et ne souffrirait pas de blackout. La contribution de Fessenheim à la production nationale d’électricité n’a atteint que 1,3 % en 2011. Ses réacteurs étant fréquemment à l’arrêt, une fermeture définitive ne ferait guère de différence avec la situation actuelle.

Par ailleurs, depuis la fermeture en juin dernier de l’usine d’enrichissement d’uranium Eurodif (Drôme), qui consommait l’équivalent de la production de trois réacteurs nucléaires, cette quantité d’électricité arrive en surplus sur le réseau électrique. Un arrêt immédiat de Fessenheim constituerait donc une opération blanche… qui n’interdirait pas un plus grand volontarisme !

Rappelons en effet qu’au printemps 2011, l’Allemagne a fermé définitivement huit réacteurs nucléaires, ce qui ne l’a pas empêché de traverser l’hiver 2012 sans blackout, sans impact sur ses émissions de gaz à effet de serre, et en continuant à exporter de l’électricité [3] ! La France ferait bien de s’en inspirer.

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Des alternatives existent, pour la production d’énergie et la reconversion des travailleurs !

Plusieurs syndicats ont récemment lancé une vaste opération de communication pour critiquer la fermeture de la centrale. Les directeurs de toutes les centrales nucléaires de France ont également écrit une lettre très médiatisée aux salariés de Fessenheim pour s’inquiéter de leur sort. Réelle préoccupation… ou alibi ? Pour le syndicat Sud Énergie, cette compassion soudaine « a de quoi agacer alors que ces mêmes directeurs ont pendant des années toléré, voire encouragé les mesures drastiques visant à ne pas embaucher et, à réduire les coûts de maintenance de façon irresponsable » [4].

Rappelons que les 770 salariés d’EDF présents sur le site bénéficient d’une garantie d’emploi, et n’ont en principe pas de souci à se faire – à la différence des 7000 employés du secteur photovoltaïque qui ont perdu leur emploi dans l’indifférence générale en 2011, du fait du manque de soutien gouvernemental aux énergies renouvelables [5].

Quant aux nombreux prestataires qui travaillent sur le site (dont 600 à 1500 « travailleurs nomades » qui ne viennent que pour les maintenances), dans des conditions difficiles et dégradées qu’ils dénoncent régulièrement [6], ils seraient sûrement satisfaits de pouvoir se reconvertir dans des activités moins pénibles et moins dangereuses si une telle occasion leur était offerte.

En effet, la fermeture de la centrale pourrait donner une impulsion pour un développement accéléré d’activités reposant sur les alternatives énergétiques, bien plus créatrices d’emplois. Isolation des bâtiments, éco-construction, développement des énergies renouvelables… les pistes sont multiples, d’autant plus que l’Alsace bénéficie d’importants atouts, notamment grâce à une ressource en bois importante.

L’Alsace peut s’inspirer de son voisin allemand, pionnier des alternatives énergétiques : les énergies renouvelables y représentent déjà 380 000 emplois, répartis sur tout le territoire. Elle dispose même d’un exemple motivant tout près de Fessenheim. Dans la région toute proche de la Forêt Noire, une poignée de citoyens déterminés ont ainsi mis sur pied la coopérative EWS Schönau, qui distribue maintenant dans toute l’Allemagne du courant exclusivement produit par les énergies renouvelables [7].

 

Fermer maintenant Fessenheim pour ouvrir la voie à la sortie du nucléaire en France

Fermer Fessenheim immédiatement, c’est donc à la fois possible et urgent… mais aussi nécessaire pour enclencher un indispensable changement de politique énergétique dont nous sommes malheureusement loin de prendre le chemin ! Le double discours n’est plus possible : la France ne peut pas prétendre soutenir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique tout en continuant à gaspiller des millions d’euros pour maintenir en fonctionnement un parc vieillissant et dangereux. Et comment François Hollande peut-il prétendre « réduire la part du nucléaire » en repoussant à la fin de son mandat la fermeture de la plus ancienne centrale – et en mettant en route le réacteur EPR de Flamanville ?

Par ailleurs, la médiatisation autour de Fessenheim ne doit pas faire oublier l’urgence de la fermeture des autres centrales, en commençant par les plus anciennes. Une vingtaine de réacteurs a déjà dépassé les trente ans, et pour ne citer qu’eux, Le Bugey et Tricastin sont à peine plus récents, et tout aussi dangereux. Mobilisons-nous donc de plus belle, pour obtenir une fermeture immédiate de Fessenheim qui ne reste pas un acte isolé, mais ouvre la voie à une sortie du nucléaire en France !

 

Notes :

  1. http://stopfessen.celeonet.fr/content/view/218/31/
2. Pour plus d’informations sur les risques liés à la centrale, lire ci-dessous le journal « Dernières Nouvelles de Fessenheim »
3. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120320trib000689374/l-allemagne-sort-du-nucleaire-sans-polluer-davantage.html
4. Fermeture annoncée de la centrale de Fessenheim : Communiqué SUD Energie du 24 septembre 2012
5. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120119trib000679149/la-filiere-photovoltaique-francaise-a-supprime-7.000-emplois-en-2011.html
6. Voir le site http://www.ma-zone-controlee.com/ , qui compile des témoignages de sous-traitants du nucléaire.
7. http://www.ews-schoenau.de/

 

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