Consensus antinucléaire

Editorial du Courrier du 22 mai 2017

par Philippe Bach

La Stratégie énergétique 2050 a été approuvée par 58,2% des Suisses. Par cette décision, les citoyens renoncent, à moyen terme, à l’énergie nucléaire pour miser sur le renouvelable. D’ici vingt ans, la consommation d’énergie annuelle devra être réduite de 43% par rapport à 2000.

 

Une confortable majorité a accepté ce dimanche la Stratégie énergétique 2050. Une bonne nouvelle pour plusieurs raisons: tout d’abord, parce que la propagande catastrophiste et parfois délirante de l’Union démocratique du centre (UDC) a bu un sacré bouillon. Tant mieux! Surtout si cela participe d’une décrédibilisation du discours populiste sur d’autres dossiers. Ensuite, pour des raisons de sécurité. Le peuple a clairement dit non à la construction de nouvelles centrales nucléaires. La Suisse compte déjà des installations parmi les plus vieilles au monde. Il serait criminel de s’obstiner à les maintenir en activité au-delà du raisonnable. En cela, il conviendra de maintenir une saine pression sur les autorités pour qu’elles se montrent fermes et exigent des exploitants un respect des impératifs de sécurité comme elles ont su le faire à Mühleberg. En tous les cas, une sortie rapide, pour ne pas dire immédiate, du nucléaire reste un objectif légitime. Enfin, saluons le tournant osé par la Suisse vers les énergies renouvelables. Tout reste à faire, bien sûr, mais cette votation marque un virage important. Et permet, sinon d’anticiper, du moins d’intégrer des contraintes environnementales qui, de toute manière, finiront par s’imposer. Ce qui est fait n’est plus à faire. La question climatique devient de plus en plus urgente. Les gaz à effet de serre – notamment le méthane – progressent dans l’atmosphère à un rythme plus rapide que prévu, comme cela a été relevé à la Conférence mondiale sur le climat à Bonn qui s’est ouverte le 8 mai dernier [1]. Le développement des énergies renouvelables s’impose de lui-même. La Suisse a des cartes à jouer dans ce domaine. Ne serait-ce que pour se doter des instruments qui permettraient de rendre l’hydraulique à nouveau rentable. Ceci plutôt que de laisser les barrages suisses partir en faillite en tolérant le dumping du courant nucléaire ou produit à base de charbon. Cela nécessite sans doute de rompre avec certains dogmes. Notamment celui du sacro-saint libéralisme qui veut tout marchandiser. Ce n’est pas un hasard si les référendaires préconisent – à l’instar de l’Union suisse des arts et métiers – l’ouverture totale du marché de l’électricité, alors qu’on a vu dans d’autres domaines comme La Poste à quel point cela peut léser le consommateur. Face à cette politique des lobbies, du fric et de l’intérêt privé, la défense du bien commun sera plus que jamais d’actualité.

 

[1] https://reporterre.net/La-hausse-rapide-du-methane-alarme-lesclimatologues.

 

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Classé dans Actions et Politiques, en français, Suisse

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