Nouvel accident nucléaire en Europe ?

par Pierre Fetet

12 novembre 2017

Source : http://www.fukushima-blog.com

 

Alors qu’en France, on persiste joyeusement à tout miser sur le nucléaire – enterrement par le gouvernement de l’objectif de 50 % de nucléaire à l’horizon 2025, mise en service de l’EPR en 2018 en fermant les yeux sur sa cuve défectueuse, mise en service d’un nouveau réacteur de recherche en 2019, poursuite de la création de la poubelle nucléaire à Bure – un accident nucléaire a failli passer inaperçu en Europe. Il s’est produit, selon l’IRSN, entre l’Oural et la Volga, c’est-à-dire très vraisemblablement en Russie.

 

Le sud de l’Oural, c’est un peu comme notre vallée du Rhône, il y a comme une concentration de sites nucléaires. En Russie, la plupart de ces installations sont situées dans des villes fermées dont les créations, qui remontent au temps de l’Union Soviétique, étaient liées à la fabrication d’armes atomiques. Donc pas étonnant, vu leur âge, que ça pète ou que ça fuie de temps en temps. On comprend aussi pourquoi la Russie actuelle ne peut pas reconnaître un accident nucléaire sur un site secret défense. Tchernobyl, ce n’était pas pareil, c’était une centrale nucléaire de production d’électricité et tout le monde avait été copieusement arrosé au césium-strontium-plutonium-etc., alors au bout de quelques jours, ce n’était pas possible de nier que c’était grave. En revanche, les accidents nucléaires sur des sites secrets, ça doit rester confidentiel. Par exemple, dans le passé, on a appris officiellement mais très tardivement – 33 ans plus tard ! – qu’un très grave accident nucléaire s’était produit en septembre 1957 (tiens tiens, il y a juste 60 ans, radieux anniversaire !) sur le site de Mayak. C’est encore très radioactif là-bas, c’était un accident de niveau 6 sur l’échelle INES qui en compte 7. C’était à Kychtym, dans l’oblast de Tcheliabinsk.

Justement, cet oblast et son voisin Sverdlovsk sont des bons candidats pour avoir été à nouveau victimes d’un accident nucléaire au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la carte que vient de diffuser l’IRSN et qui pointe la région sud de l’Oural comme la très probable origine de la contamination radioactive au ruthénium-106 que vient de subir l’Europe, dont la France.

 

Un secteur fortement nucléarisé 

Pas très loin de ce point rouge de la carte de l’IRSN qui représente une probabilité de 60 à 80 %, il n’y a pas moins de 5 sites nucléaires sensibles :

– la ville fermée de Novoouralsk, où se trouve une usine d’enrichissement d’uranium,

– la ville fermée d’Oziorsk, où se trouve une usine importante pour le traitement des déchets nucléaires civils et militaires (production de plutonium), près de laquelle se trouve le site de Mayak,

– la ville fermée de Lesnoï, spécialisée dans la fabrication des armes nucléaires : enrichissement de l’uranium et assemblage d’ogives,

– la ville fermée de Triokhgorny, spécialisée pour la fabrication de bombes atomiques (assemblage d’ogives),

– la ville fermée de Snejinsk, second site dédié au programme nucléaire russe, spécialisé dans la conception et le développement d’armements.

J’ai réalisé une carte reprenant les données de l’IRSN et positionnant les 5 sites nucléaires russes afin de mettre en évidence leur proximité du point le plus probable où aurait eu lieu l’accident. Le point rouge foncé, c’est la probabilité entre 60 et 80 %, la couleur moyenne, c’est la probabilité entre 30 et 60 %, et enfin la couleur la plus claire correspond à la probabilité entre 5 et 30 %.

Est-ce l’un de ces sites qui a eu un problème ? C’est possible, mais on ne le saura sans doute jamais. Ou alors dans 30 ans quand quelqu’un parlera, ou plus tôt si un plus gros accident se produit avant.

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Carte représentant la plausibilité de l’origine du rejet de ruthénium-106 à partir des données de l’IRSN et localisation des sites nucléaires russes du sud de l’Oural.

Des pollutions radioactives à répétition en Europe

Je me souviens, en 2012, de l’iode 131 avait été détecté en Europe sans que personne ne puisse (ou ne veuille) dire d’où le problème venait. On se demandait si ça pouvait venir de Fukushima. Il est certain que l’IRSN avait les mêmes moyens qu’aujourd’hui pour faire des simulations de provenance. Mais cet institut, qui est entre autres sous la tutelle du ministère des armées, ne dit pas tout ce qu’il sait. Cependant cette fois-ci, la pollution est tellement gigantesque – entre 100 et 300 térabécquerels de ruthénium-106 – qu’il a fait un effort de communication (Serait-ce parce que le Bureau allemand de sûreté nucléaire était sur le point de l’annoncer ?).

Et qui se souvient de la pollution radioactive au césium 137 qui a eu lieu en mai-juin 1998 ? Personne à vrai dire, car l’info a été occultée par la coupe du monde de foot. Suite à une erreur, un haut-fourneau d’Algesiras avait fait fondre une capsule de césium 137 d’origine médicale, ce qui eut pour effet de libérer dans l’atmosphère européen 2 à 3 térabecquerels de césium radioactif. Sport et nucléaire ne font pas bon ménage. Je ne peux m’empêcher de penser aux prochains JO qui se dérouleront à Tokyo et à Fukushima

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Je me souviens aussi du réacteur de production d’iode médical en Hongrie (institut de production de radioisotopes de Budapest (Izotop Intezet)) qui avait inondé l’Europe en 2011 de 0,6 térabecquerels d’iode 131.

Et puis plus récemment, ce réacteur de Halden en Norvège qui a rejeté impunément 8 térabecquerels de gaz rares radioactifs en octobre 2016 sans que personne, excepté la Criirad, ne s’inquiète de quoi que ce soit.

Et rappelez-vous encore, au début de cette année 2017, personne n’a su dire d’où provenait cet iode radioactif détecté dans de nombreux pays d’Europe.

L’homme, par les essais nucléaires passés, avait déjà rendu notre atmosphère comme « une chambre à gaz atomique ». Les nouvelles des accidents nucléaires sont donc toujours de mauvaises nouvelles, car les gaz et les nanoparticules radioactives sont produits souvent pour des dizaines d’années ou des siècles. A l’échelle d’une génération, chaque pollution nouvelle s’ajoute donc aux précédentes. On ne peut pas supprimer la radioactivité, à chaque fois qu’on la déplace, elle se remobilise dans le vent, la pluie, la poussière… et les organismes vivants.

 

Accident russe ?

Tout le monde s’accorde à dire que la pollution au ruthénium ne vient pas d’un accident de centrale nucléaire, mais plutôt d’un site de retraitement. En 2016, l’ACRO avait aussi relevé une pollution au ruthénium à côté du site de retraitement de la Hague. Il n’y a donc pas qu’en Russie que des problèmes surviennent.

Le ruthénium-106, produit de fission, a une période de plus d’un an, donc la pollution sera active durant une dizaine d’années. Pauvres riverains russes, pauvres Européens. La Criirad fait bien de dénoncer l’absence de prise de mesure pour les populations concernées. Mais la Russie dément. On se demande à quoi sert l’AIEA, soi-disant « gendarme du nucléaire », incapable de dénoncer publiquement le coupable de ce nouveau crime atomique…

____________________________

Sources : 

– Détection de ruthénium-106 en France et en Europe : résultat des investigations de l’IRSN (9/11/17)

– Contamination par le ruthénium 106 : les rejets radioactifs sont considérables et proviendraient de Russie ou de pays proches (10/11/17)

– Wikipédia, et autres sources dans le texte.

 

Non source :

– Site de l’AIEA : aucune information sur la pollution au ruthénium à ce jour

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