Archives d’Auteur: Ivo Rens

À propos de Ivo Rens

Je souhaite payer le renouvellement de mon autre blog https://worldpeacethreatened.com/ Comment faire ? rens.ivo@gmail.com ou ivo.rens@unige.ch

Les solutions écologiques françaises

Source : Le Temps, quotidien, Genève, 13 octobre 2021.

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires…

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

« S’ils voient le jour, les petits réacteurs nucléaires modulaires produiront une électricité ruineuse »

Avec un parc vieillissant et le désastre de l’EPR, industriels et politiques misent sur les petits réacteurs modulaires. Une illusion, selon Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire.

Tribune. Vous avez probablement vu les images saisissantes de poulets dont la tête a été coupée et qui continuent à courir pendant quelques instants de façon erratique. Eh bien cette image est une assez bonne illustration de l’état de l’industrie nucléaire et de ses plus fervents partisans comme Emmanuel Macron.

Un jour, ils assurent que l’avenir est aux « mastodontes » comme le fameux EPR (en anglais european pressurized reactor) d’une puissance de 1 650 mégawatts (MW), et ce malgré les incroyables déconvenues des chantiers de Finlande et de Flamanville qui devaient respectivement entrer en service en 2009 et 2012, qui ne sont toujours pas terminés et dont les surcoûts insensés ont largement contribué à placer leurs opérateurs dans la panade : Areva a carrément fait faillite, et EDF est dans une situation financière critique.

Le lendemain, voilà subitement que la solution passerait par les SMR, c’est-à-dire en anglais small modular reactors et en français petits réacteurs modulaires (PMR) dont la puissance est comprise entre 10 et 300 MW. EDF aurait d’ailleurs déjà en projet son SMR de 170 MW, baptisé « Nuward ». La panique qui s’empare ainsi des tenants de l’atome s’explique par une donnée incontournable : les réacteurs actuels sont en fin de vie et la plupart vont être définitivement arrêtés dans les dix à vingt ans, c’est-à-dire, lorsque l’on parle d’énergie, demain matin.

Un parc pléthorique de réacteurs délabrés

Les prolongations de durée de fonctionnement, accordées de façon inconsidérée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et les travaux ruineux que doit faire EDF (programme dit du « grand carénage » et mesures post-Fukushima) vont seulement permettre de gagner un peu de temps – tout en augmentant encore le risque de catastrophe comparable à celle de Fukushima.

Il faut aussi prendre en compte une donnée cruciale : dans les années 1970 et 1980, la construction en peu de temps d’une bonne cinquantaine de réacteurs nous a été présentée comme un gigantesque exploit, ce qui est d’ailleurs effectivement le cas sur le strict plan industriel. Mais il s’agissait surtout d’une terrible erreur stratégique : tous ces réacteurs vont de fait arriver en fin de vie quasiment en même temps.

Si EDF a finalement accepté de fermer ses deux plus vieux réacteurs, ceux de Fessenheim, c’est parce que l’électricien se sait totalement incapable de continuer à entretenir un parc pléthorique de près de 60 réacteurs passablement délabrés. C’est aussi pour cela que la fermeture d’au moins quatorze autres réacteurs est actée.

Le désastre de Flamanville

Si EDF se dit publiquement opposée à ces fermetures, c’est pour ne pas perdre la face : il est plus facile de prétendre qu’il s’agit de « décisions idéologiques » prises « sous la pression des antinucléaires » – lesquels ignoraient qu’ils avaient tant d’influence ! – que de se reconnaître incapable de maintenir le parc nucléaire.

Mais, contrairement à ce que prétendent divers candidats à l’élection présidentielle, ce ne sont assurément pas de nouveaux réacteurs nucléaires qui pourront prendre le relais du parc actuel, même si la construction de six EPR est envisagée : comment croire qu’EDF, incapable de construire l’EPR de Flamanville, pourrait en fabriquer plusieurs autres ?

Il est certes prétendu que les enseignements tirés des précédents déboires permettront enfin de réussir les prochains chantiers, mais c’est déjà ce qu’avait assuré EDF à propos de l’EPR finlandais… ce qui n’a pas empêché le désastre de Flamanville.

Pas de filière industrielle pour les SMR

C’est alors que l’industrie nucléaire et son premier VRP, Emmanuel Macron, sortent du chapeau une « solution » miraculeuse : les SMR. Mais si la communication de la macronie peut enfumer l’opinion sur tel ou tel sujet, elle se révèle incapable de faire pousser des réacteurs nucléaires, fussent-ils petits et modulaires.

Il n’existe en effet pas à ce jour de filière industrielle permettant l’émergence des SMR, lesquels pourraient au mieux être disponibles vers 2040 : pas de quoi répondre à l’actuelle envolée des prix de l’énergie. Et ce d’autant que, s’ils voient le jour, les SMR produiront une électricité ruineuse : il est impossible d’assurer la rentabilité de petits réacteurs, lesquels ne produiront pas assez d’électricité pour cela.

D’autre part, le choix de l’emplacement d’un SMR est insoluble. Notons d’abord qu’il est impossible de nos jours de créer une centrale nucléaire dans un nouveau site, particulièrement proche d’une agglomération : les habitants se révolteraient, à commencer d’ailleurs par les pronucléaires !

Le risque d’une impasse énergétique pour la France

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les projets de nouveaux réacteurs sont tous dans des centrales déjà existantes, et c’est donc la seule option disponible. Mais quel intérêt de placer un SMR, par exemple, dans la centrale nucléaire du Blayais (Gironde), perdue dans les marais à 60 km de Bordeaux ? La puissance du SMR, 170 MW, serait dérisoire pour remplacer les actuels quatre réacteurs de 900 MW, soit 3 600 MW.
On entend alors dire que les SMR pourraient être construits par « grappes ». Mais la rentabilité de dix SMR serait catastrophique pour une production à peu près comparable à celle d’un seul EPR. Ce serait alors moins absurde de faire un EPR, mais l’on retombe sur l’incapacité d’EDF à construire ce modèle.

De toute façon, l’électricien national est en situation financière dramatique et est parfaitement incapable de financer un nouveau parc de réacteurs, qu’ils soient petits ou gros, modulables ou archaïques. Mais comme les alternatives au nucléaire, en particulier les énergies renouvelables, ne sont développées qu’à la marge, le plus probable est que la France se retrouve dans une totale impasse énergétique d’ici quelques années. Il ne restera alors qu’à pleurer en se remémorant les ridicules harangues pronucléaires de la plupart des candidats à l’élection présidentielle 2022…

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Déploiement d’armes à l’uranium en Afghanistan

par Frieder Wagner (*)

Horizons et débats, Zurich,

No 21 du 28 septembre 2021

En mai 2002, l’Uranium Medical Research Center (UMRC), une ONG canadienne dirigée par le professeur Asaf Durakovic, a envoyé une équipe de recherche en Afghanistan. L’équipe de l’UMRC a commencé son travail en identifiant d’abord plusieurs centaines de personnes souffrant de maladies ou de troubles médicaux reflétant les symptômes cliniques considérés comme caractéristiques d’une contamination radioactive. Afin de déterminer si ces symptômes étaient le résultat d’une maladie due aux rayonnements, des échantillons d’urine et des échantillons de sol ont été prélevés et envoyés à un laboratoire de recherche indépendant en Angleterre. 
    L’équipe de recherche de l’UMRC a donc rapidement constaté un nombre choquant de civils afghans présentant des symptômes aigus d’empoisonnement radioactif, accompagnés de symptômes chroniques de contamination interne à l’uranium, y compris des malformations chez les nouveau-nés. Les résidents locaux ont fait état de grands nuages denses de poussière et de fumée bleu-noir s’élevant à plusieurs reprises des sites d’impact lors des bombardements depuis 2001, associés à une odeur âcre suivie d’une sensation de brûlure dans les cavités nasales, la gorge et les voies respiratoires supérieures. Les victimes ont d’abord décrit des douleurs dans la partie supérieure de la colonne cervicale, la partie supérieure des épaules, la base du crâne, des douleurs dans le bas du dos, des reins, une faiblesse articulaire et musculaire, des troubles du sommeil, des maux de tête, des problèmes de mémoire et une désorientation. 
    Au total, deux groupes de recherche ont été envoyés en Afghanistan. Le premier s’est concentrée sur la région de Jalalabad. Le second a suivi quatre mois plus tard et a élargi l’étude pour inclure la capitale Kaboul et sa population s’élevant à près de 3,5 millions d’habitants. Dans la ville même, les chercheurs ont trouvé le plus grand nombre de cibles immobiles tirées pendant l’opération Enduring Freedomen 2001. L’équipe s’attendait à trouver des traces d’uranium appauvri dans les échantillons d’urine et de sol qu’elle avait prélevés. Mais l’équipe n’était pas préparée au choc engendré par les résultats: les tests effectués sur un certain nombre de personnes de Jalalabad et de Kaboul ont révélé des concentrations supérieures de 400 % à 2000 % à celles trouvées dans les populations normales – des niveaux jamais mesurés auparavant dans des études sur des civils, y compris à Tchernobyl. A Jalalabad et à Kaboul, l’uranium était à l’origine des taux élevés de maladies. 
    Contrairement à ce qui s’est passé en Irak, les tests de laboratoire effectués par l’UMRC en Afghanistan ont révélé de fortes concentrations d’uranium non appauvri – la contamination était donc beaucoup plus élevée que chez les victimes de l’uranium appauvri en Irak. En Afghanistan – selon l’UMRC – un mélange d’uranium dit «vierge» et de déchets issus des processus d’enrichissement dans les réacteurs nucléaires a été utilisé, car l’uranium 236 a également été trouvé dans tous les échantillons, et l’uranium 236, comme nous le savons maintenant, n’existe pas dans la nature et n’est produit que lors du retraitement des barres de combustible des centrales nucléaires. 
    Les habitants de Kaboul qui ont été directement exposés aux bombardements de précision américano-britanniques ont donc montré des signes extrêmes de contamination par les alliages d’uranium. Les personnes touchées par les bombardements ont également signalé des symptômes semblables à ceux de la grippe: écoulements et saignements naseaux et saignement de la muqueuse buccale. L’équipe de recherche elle-même s’est plainte de symptômes similaires pendant son séjour. La plupart de ces symptômes ont duré de quelques jours à quelques mois. En août 2002, l’équipe de l’UMRC a terminé son analyse préliminaire des résultats en provenance d’Afghanistan: sans exception, toutes les personnes ayant donné un échantillon d’urine ont été testées positives à la contamination à l’uranium. Les résultats spécifiques ont montré un niveau de contamination effrayant. Les concentrations étaient 100 à 400 fois supérieures à celles des vétérans de la guerre du Golfe testés par l’UMRC en 1999 et plus tard en 2003 avec nous en Irak. 
    Au cours de l’été 2003, l’équipe de l’UMRC est retournée en Afghanistan pour mener une enquête plus large. Cela a révélé une exposition encore plus importante que ce que l’on pensait initialement. Environ 30 % des personnes interrogées dans les zones touchées ont présenté des symptômes de maladie des rayons. Les nouveau-nés faisaient également partie des porteurs de symptômes, et les anciens du village ont signalé que plus de 25 % de tous les enfants étaient inexplicablement malades. 
    En résumé, selon l’UMRC, l’Afghanistan a servi de terrain d’essai pour une toute nouvelle génération de munitions à l’uranium et de bombes contenant de fortes concentrations de toutes sortes d’alliages d’uranium. Le professeur Mohammad Daud Miraki, un Afghan d’origine vivant aux Etats-Unis, m’a expliqué – après son voyage en Afghanistan – il avait vu et photographié des enfants gravement endommagés dans les hôpitaux de Kaboul, par exemple, qui mouraient ensuite dans d’atroces souffrances quelques jours après leur naissance. En outre toutes les personnes concernées, c’est-à-dire les médecins de ces enfants, mais aussi leurs parents, devaient craindre non seulement pour leur carrière, mais aussi pour leur vie, en cas d’une participation à des enquêtes sur des dommages liés à un passé d’armes à l’uranium. Plus précisément, le Dr Miraki a cité: «Les parents ne voulaient pas donner leurs noms et ceux de leurs enfants affligés, et les médecins ne voulaient pas participer à de telles enquêtes.»
    Il apparaît qu’à l’époque de la chasse d’une poignée de terroristes, comme Oussama ben Laden, en Afghanistan on a empoisonné un nombre énorme, encore inconnu, de civils innocents, dont un nombre disproportionné d’enfants. Les experts estiment que le nombre de ces personnes contaminées s’élève à plusieurs dizaines de milliers, et bientôt à plusieurs centaines de milliers. Des chiffres similaires s’appliquent à l’Irak, à la Bosnie et au Kosovo, où les Alliés ont également utilisé des tonnes de munitions et de bombes à l’uranium. Le gouvernement américain admet aujourd’hui avoir trouvé de l’uranium dans l’urine de ses propres soldats, mais affirme que, dans la plupart des cas, c’est trop peu pour les rendre gravement malades. Cependant, les chiffres publiés jusqu’à présent vont dans le sens inverse. 
    Entre-temps, des scientifiques neutres, dont le Prof. Dr. Asaf Durakovic, le médecin allemand Prof. Dr. Siegwart-Horst Günther, la biologiste des radiations Dr. Rosalie Bertell ainsi que le scientifique américain Dr. Leonard Dietz, mais aussi des scientifiques militaires américains ont prouvé que les armes à l’uranium sont des armes de destruction massive devant être interdites dans le monde entier. Par conséquent, l’Allemagne devrait immédiatement exiger la renonciation à cette technologie militaire en vertu du droit international. 
    Il y a quelque temps, on pouvait à nouveau lire dans la presse qu’environ 100 000 soldats allemands avaient été déployés en Afghanistan ces dernières années. Ces soldats étaient stationnés à Kunduz, Feisalabad et Massar-i-Sharif. En d’autres termes, dans des régions où le gouvernement allemand et le ministère de la défense doivent savoir que des obus et des bombes à l’uranium ont été utilisés par des avions de guerre américains à l’automne 2001 dans le cadre de l’opération «Liberté immuable». Les scientifiques et les médecins neutres, ainsi que les ONG comme l’UMRC, craignent donc que 30 % au moins de ces soldats allemands, et cela vaut pour tous les soldats déployés là-bas, aient pu être contaminés avec des nanoparticules d’uranium, avec toutes les terribles conséquences sanitaires que cela implique en termes de déficience immunitaire, de cancers, de leucémies et de modifications génétiques, également pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
    Et la population afghane? Pour eux, disent les scientifiques neutres, le risque de contamination est environ 1 000 fois plus élevé car ils doivent vivre sur place. C’est pourquoi un père afghan dont l’enfant a été tué par une bombe américaine a confié amèrement au professeur Daud Miraki:

«Nous n’avons pas d’avions, mais nous avons quelque chose que les Américains n’ont pas, à savoir des principes et une éthique. Nous ne ferons jamais rien aux enfants américains qui puisse ressembler de près ou de loin à ce que les Américains ont fait à nos enfants et à nos familles. Ils peuvent gagner d’autres batailles, mais nous avons déjà gagné la grande bataille, celle du droit moral.»

Moi aussi, j’avais initialement prévu de tourner en Afghanistan pour le film «Death Dust». Lorsque j’en ai parlé en Irak avec Tedd Weyman, qui y était allé deux fois, il m’a dit qu’il me déconseillait fortement d’aller en Afghanistan parce que certaines régions y étaient beaucoup plus contaminées par les armes à l’uranium que les pires endroits en Irak. Et comme la contamination en Irak était déjà terrible, j’ai ensuite laissé tomber cette idée.

(Traduction Horizons et débats)

(*) Frieder Wagner est un journaliste et producteur de films de nationalité allemande. Cf. Wikipedia https://de.wikipedia.org/wiki/Frieder_Wagner

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Fuite radioactive dans un EPR chinois

Fuite de gaz rares dans un EPR chinois, défaut lourd de conséquences pour EDF. 

Pierre Péguin,

 août 2021

La fuite de gaz rares de l’EPR chinois met au jour un défaut générique des gaines des barres de combustibles dont la gravité est sous-estimée.
La stratégie d’EDF paraît contestable face à un problème technologique irrésolu qui touche les réacteurs les plus puissants et en particulier la filière  EPR.

Depuis la révélation par la chaîne américaine CNN de la fuite de gaz rares du réacteur EPR N°1 de Taïshan , EDF dans un communiqué du 22 juillet, a reconnu que cela vient des gaines des combustibles provenant de l’usine de Romans sur Isère. 
Sous la pression de la médiatisation du sujet, on apprend que la Chine vient d’arrêter le réacteur et qu’EDF qui restait jusque-là discret sur la fragilité des nouvelles gaines reconnaît avoir déjà rencontré ce problème dans certains réacteurs du parc!….

La Chine et la France espèrent que les choses en restent là, en minimisant l’événement jusqu’à extinction de l‘intérêt des médias.

En quoi ce problème est-il important ?

Dans les réacteurs nucléaires, trois barrières de confinement doivent empêcher que les radioéléments ne se dispersent dans l’environnement : Les gaines de combustibles, le circuit d’eau primaire de refroidissement du cœur et enfin l’enceinte de béton qui entoure le cœur du réacteur (1). La dégradation par corrosion des gaines sous l’effet du rayonnement neutronique intense est responsable de fuites de « gaz rares » vers le circuit primaire auxquels ils échappent car difficiles à piéger, contaminant l’enceinte puis l’environnement ayant ainsi franchi les barrières de confinement.

Plus grave il vient d’être constaté à Chooz que la corrosion de gaines les rendent fragiles, leur rupture pouvant avoir de très graves conséquences (2).

Ce n’est donc pas une question anodine, qu’EDF cherchait jusque-là à contourner et à camoufler, jouant une fois de plus discrètement avec la santé des travailleurs, voire des populations environnantes.

Tout d’abord qu’appelle-t-on « gaz rares »,  ce sont des gaz inertes qui n’interagissent avec rien, donc très difficiles à piéger. Ils existent en très faible proportion dans l’air. Mais ceux issus des réactions de fission nucléaire sont radioactifs et donc irradient. Il s’agit du Xénon 133, et du krypton 85.

EDF prétend que puisque les gaz rares ne sont pas métabolisés par les organismes vivants, ils n’interfèrent pas avec les tissus vivants. C’est évidemment faux puisqu’ils sont radioactifs. Ils peuvent provoquer des irradiations externes et aussi internes s’ils sont inhalés. C’est d’abord le personnel qui risque d’être touché par l’air contaminé du bâtiment réacteur, mais ça arrange le lobby de minorer la question sous prétexte que les gaz se diluent dans l’air. 

Passé sous silence le problème n’est pas nouveau,

 Mais on apprend que cette corrosion est apparue récemment dans un des deux réacteurs de la centrale de Chooz. Dans une discrète note d’information publiée le 13 juillet dernier, EDF annonce que des phénomènes de « corrosion atypique » (3) ont été observés sur le combustible de certains réacteurs du parc parmi les plus puissants, à Chooz,  Civaux et à Cattenom.

Dans tous les cas il s’agit de combustibles dont les gaines sont en alliage dit « M5 ». Il s’agit, comme ses prédécesseurs, d’un alliage à base de zirconium dont la composition est modifiée dans le but  d’accroître sa capacité à résister aux conditions extrêmes de fonctionnement des réacteurs les plus puissants (4).

L’enjeu pour EDF est essentiel. Ces combustibles aux gaines  en M5 équipent les EPR de Chine et celui de Finlande qui ne fonctionne pas encore. Ils sont en cours de livraison à l’EPR de Flamanville, fameux réacteur EPR déjà construit laborieusement avec cuve et éléments non conformes et le voila en outre alimenté en combustibles inadaptés ! S’il fonctionne un jour, ce qui n’est pas certain, ce sera en sous fonctionnement déjà rendu nécessaire par la cuve fragilisée du fait de la composition irrégulière de l’acier.  

Que sait-on du problème rencontré ? (5)

Il s’agit de phénomènes de corrosion favorisés par les conditions extrêmes de radioactivité, de température et de déformations dans les réacteurs de 1400 MWe et l’EPR chinois de 1750 MWe. Le groupe chinois CGN, principal actionnaire de ce dernier  a annoncé le 30 juillet  sa mise à l’arrêt, décision qui suit de près l’annonce par EDF le 22 juillet  que les fuites conduiraient à l’arrêt du réacteur s’il était en France.

Une fois amorcée, la corrosion ne peut qu’empirer (« inétanchéïté évolutive des crayons ») et le réacteur doit être arrêté pour vérifier les combustibles touchés.

A ce jour, du combustible à gainage en alliage M5 est présent dans 17 réacteurs de 900 MWe, trois de 1300 MWe et les quatre de 1450 Mwe. Il équipe aussi des réacteurs à l’étranger.

Plus grave : Risques de rupture  

EDF prétend que la corrosion accélérée des gaines de combustible M5 n’entraîne pas de risque de rupture des crayons et ne présente pas d’enjeu de sûreté.  Or quand EDF a voulu examiner les crayons corrodés du réacteur n°2 de Chooz, deux se sont cassés. Un événement exceptionnel et inquiétant qui montre la fragilisation des éléments de combustibles touchés par ce phénomène.

On peut alors se demander si le risque de rupture de l’un des milliers de crayons de combustible, en cours de fonctionnement du réacteur, ne serait pas possible avec de très graves conséquences difficiles à imaginer. Cela peut-il être vraiment à exclure ?

Cela n’empêche pas EDF d’annoncer son intention de recharger les deux réacteurs de la centrale de Chooz avec « certains assemblages présentant de faibles épaisseurs de corrosion » quitte à en en limiter la puissance de fonctionnement à 92 % de leur capacité. Il en sera de même pour ceux de Civaux et de Cattenom !

Quelles leçons tirer de ces évènements ?

Remarquons que les responsables de l’électronucléaire  étaient bien conscients du problème de la corrosion des gaines de combustibles avant qu’il ne soit (aimablement) médiatisé par les Etats Unis, ce qui le fit connaître du grand public et mit en lumière les trésors d’ingéniosité qu’avait déployés EDF pour le camoufler.

– Il s’agit pour EDF de disposer de gaines de combustibles résistant aux conditions de fonctionnement de réacteurs les plus puissants, ceux du parc de 1400MWe, et ceux à venir, les EPR de 1750MWe. Et il apparaît que l’alliage M5 est inadapté, qu’il ne peut garantir l’étanchéité des gaines et jouer son rôle de barrière de confinement. La rupture catastrophique d’éléments de combustibles corrodés n’est pas à exclure.

– EDF prend le risque de continuer à alimenter des réacteurs avec ce combustible gainé en M5, contraint d’adapter leur fonctionnement aux gaines défectueuses en réduisant leur puissance.

– Enfin notons que l’expérience du fiasco de superphénix en attendant celui à venir d’Iter, n’a pas servi de leçon : EDF est à nouveau victime du gigantisme promu par l’élite des nucléocrates qui s’enferrent dans des problèmes technologiques difficiles à résoudre. 

Ainsi la fuite de gaz rares de l’EPR chinois révèle la faiblesse technologique de la 1ère barrière de confinement, celle des gaines de combustibles dégradées par la corrosion des réacteurs de très grande puissance et en particulier des EPR. 
Il s’agit là d’un grave défaut générique pour lequel la seule solution actuelle est le fonctionnement à puissance réduite.

La stratégie contestable d’EDF se traduit par l’intention de charger les EPR avec ce type de combustibles, et même de recharger des éléments déjà corrodés dans certains réacteurs avec les risques que cela comporte. L’électricien ne dispose peut-être pas de solutions de rechange….

Se confirme ainsi l’échec des projets surdimensionnés impliquant d’atteindre les limites technologiques disponibles économiquement.

(1) Les assemblages de combustible nucléaires, Le cœur d’un réacteur nucléaire est composé d’assemblages de combustible (205 pour un réacteur de 1450 MW). Chaque assemblage contient 264 crayons, tubes d’alliage de zirconium (1ère barrière de confinement), de  longueur de quatre mètres et de diamètre d’un centimètre, dans lesquels sont empilées les pastilles d’uranium (et de plutonium éventuellement).
En fonctionnement, ces assemblages sont traversés de bas en haut par l’eau du circuit primaire chargée d’évacuer la chaleur vers le circuit d’eau secondaire alimentant les générateurs de vapeur.
Les assemblages et les crayons de combustible sont fabriqués en France par Framatome, filiale d’EDF, à Roman/Isère. Les pastilles de combustible sont préparées au Tricastin et à Marcoule.

(2) De graves dégâts possibles. À Chooz, lorsque des crayons de combustible oxydés ont été retirés des assemblages pour les analyser, ils se sont brisés. La première barrière de confinement peut donc être tellement altérée par l’oxydation qu’elle ne résiste plus aux manipulations. Le risque est donc une contamination de l’eau du circuit primaire par du combustible radioactif et des produits de fission !  
Rappelons que le circuit primaire est non seulement chargé d’évacuer la chaleur du coeur, mais joue aussi le rôle de deuxième barrière de confinement. Si son étanchéité n’est pas parfaite (et c’est le plus souvent le cas compte tenu des milliers de soudure), il ne reste plus que l’enceinte en béton (mur traversé par de multiples tuyaux, des canalisations et de  nombreuses ouvertures…) pour confiner la radioactivité.

(3) Observations de la corrosion : La fiabilité des crayons à gainage en alliage M5 avait déjà été mise en doute dès 2001 du fait de l’apparition de fuites au niveau des soudures entre les tubes et les bouchons.  Plus récemment des traces blanchâtres localisées sont constatées sur des assemblages et des particules de couleur blanche de quelques millimètres sont recueillies dans les dispositifs anti-débris. Il apparaît que les particules observées sont la conséquence d’une oxydation, plus importante qu’attendue, des gaines des crayons de combustible.

(4) Constitution des gaines
https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/irsn_surete-parc-2008_gainage-combustible-M5.pdf

Les gaines sont en alliage de zirconium, métal utilisé notamment parce qu’il absorbe peu les neutrons, enrichi de différents éléments tels que chrome, fer, nickel, niobium étain, etc. L’alliage utilisé précédemment s’appelait Zircaloy4. Mais EDF met en œuvre depuis plusieurs années sur son parc de réacteurs l’alliage dit Massif 5 (M5) de composition un peu différente. Cet alliage a été développé en vue d’améliorer la résistance à la corrosion, à la déformation et à l’hydruration (ou absorption d’hydrogène) du gainage  sous l’effet de l’irradiation neutronique.

C’est dès 1988 que des essais ont commencé par le chargement de quelques crayons de combustible ainsi gainé, jusqu’à l’introduction en1999 d’une première recharge complète dans le réacteur de Nogent 2. Les gaines des crayons étaient alors en alliage M5 mais la structure des assemblages (grilles de maintien…) était toujours en zircaloy 4. Mais dès 2001 des fuites de gaines d’assemblages de combustible équipés de crayons en alliage M5 ont été observées. Ce n’est qu’en 2004 que le premier chargement d’assemblages « tout M5 » est intervenu dans la tranche 2 de la centrale de Nogent.

(5) « Corrosion atypique des gaines de quelques crayons de certains assemblages » avaitannoncé l’industriel le 13 juillet 2021. Des « traces blanchâtres » et des « particules de couleur blanche » ayant été observées sur des assemblages de combustible d’abord à Chooz, puis à Civaux et enfin à Cattenom.

EDF avait déclaré le 7 juillet , auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire, un événement significatif de sûreté générique de niveau 0 sur l’échelle INES qui en compte 7, pour les réacteurs suivants : Chooz 2, Civaux 2, Cattenom 3. https://www.edf.fr/sites/default/files/ess_gen_niv0_k_juillet2021_0.pdf

Pour EDF la faible teneur en fer de l’alliage des gaines serait en partie responsable de leur dégradation, mais aussi la température particulièrement élevée en haut du cœur, zone où des gaines se sont détériorées dans deux réacteurs de 1450 MWe en France. Par ailleurs les opérations d’insertion des crayons dans les grilles de maintien de ces crayons peuvent créer des copeaux à l’origine de pertes d’étanchéité.

Toujours est-il que le problème n’est pas résolu !

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

La France, toujours en tête de l’énergie nucléaire dans le monde

Poster un commentaire

par | septembre 5, 2020 · 3:34

Trois quarts de siècle plus tard…

Pierre Péguin,

5 août 2020, 

Plus que jamais nous subissons les graves conséquences des largages de bombes atomiques des 6 et 9 aout 1945 sur les villes martyres Hiroshima et Nagasaki: 

– La manipulation des observations recueillies par les Américains après les bombardements ont permis aux structures internationales du lobby nucléaire de nier le plus longtemps possible l’effet des contaminations par de faibles doses radioactives, ainsi que de leurs effets génétiques transmissibles. De ce fait les normes de protection des travailleurs et des populations sont très insuffisantes. 

– La course aux armements nucléaires de plus en plus sophistiqués accroissent le risque de guerre nucléaire dangereusement (1). Les 2’400 bombes qui ont explosé à titre d’essai ont contaminé l’ADN de tout le vivant de la planète.

Il en résulte un nombre considérable de victimes (plusieurs dizaines de millions) qui dépasse et de loin celles directement liées aux bombardements de 1945 (environs 250.000) qui a introduit l’humanité dans une ère de barbarie (2). 

J’avais 7 ans en 45, et je me souviens être monté sur la terrasse de l’immeuble dans lequel nous habitions pour regarder vers l’est et espérer naïvement voir le champignon…. Très vite l’idéologie dominante, celle des vainqueurs, avait annoncé que grâce à la bombe atomique le Japon avait capitulé marquant ainsi la fin de la guerre. Plus tard tout aussi naïvement on a chanté, dansé, adulé l’atome («c’est la danse atomique… ») et les maillots de bain « bikini »; on a cru à l’«atom for peace» promu par Roosevelt, et à la « grandeur de la France » chère à de Gaule créant le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) chargé de construire la bombe.
Ah, on nous a bien manipulés !

Ainsi tout avait été fait pour convaincre l’opinion de la nécessité de ces opérations afin que les US ne soient jamais accusés de crime contre l’humanité. Pourtant une autre analyse de l’histoire « le projet Manhattan » (3), montre que le Japon à genoux voulait négocier une capitulation honorable, mais que les Etats Unis y mettaient des conditions insupportables, conditions disparues comme par hasard, après les bombardements.

Dans cette analyse qui contredit l’idéologie officielle, Il fallait à tout prix que la guerre se prolonge quelques jours, le temps de pouvoir larguer ces bombes sur deux villes martyres, non seulement pour bénéficier d’une expérimentation en vraie grandeur, mais aussi pour asseoir la supériorité US sur la Russie, c’était le début de la guerre froide.

La suite montrera l’exploitation des données recueillies sur les victimes immédiates et celles mourant ultérieurement dans d’horribles souffrances, sous l’œil froid des experts exclusivement américains.

Mais maintenant on sait, on sait que l’horreur nucléaire est toujours à l’œuvre, que les dégâts humains sont à ce jour bien pires que ceux de 1945, que les 2’400 explosions de bombes atomiques ont contaminé toute la planète et l’ADN du vivant, que toute la chaîne de l’industrie nucléaire et le fonctionnement des réacteurs répandent les radionucléides responsables de bien de pathologies, sans parler des catastrophes.

Août 45 est un symbole, mais en août 2020, nous sommes avec un nombre de victimes et des menaces autrement plus terrifiantes. Nous payons aujourd’hui les conséquences de ces bombardements et de l’exploitation qu’en a fait le complexe militaro-scientifico-industriel. C’est le cas des multiples victimes de la radioactivité que ce soit sur les sites d’expérimentation militaires (Régane, Polynésie), dans les territoires de guerre ayant subi les armes à tête d’uranium (4) comme en Irak, Afghanistan, Kosowo, suite aux catastrophes atomiques toujours en cours (Tchernobyl, Fukushima,etc.), au voisinage des centrales et usines nucléaires, ou des mines d’uranium.

On sait aussi qu’au delà de la crise climatique, au delà même des catastrophes nucléaires, la pire menace qui pèse sur nos existences est la guerre atomique dont on n’ose pas imaginer ce qui en resterait de l’humanité. L’entretien et le développement des armements nucléaires mobilisent des budgets considérables. Ils s’appuient sur le fonctionnement des équipements nécessaires à la production de l’électricité par le nucléaire dit « civil » qui se trouve ainsi verrouillé.

Notre revendication de l’arrêt du nucléaire en est d’autant plus difficile à aboutir, contrairement à nos pays voisins qui ont choisi de s’en passer sans pour autant être retournés à la caverne et à la bougie. 

Nous ne devons pas nous taire, et continuer à appeler à l’arrêt de l’électronucléaire, et à la condamnation de l’armement nucléaire. 

Hiroshima le 6 août et Nagasaki le 9 août
Le 6 août 1945, Hiroshima a été détruite par une bombe atomique à l’uranium, et le 9, Nagasaki a subi le même sort, cette fois par une bombe au plutonium.
Ces événements qui marquent notre histoire sont l’aboutissement de ce qui a été appelé le projet Manhatan qui a mobilisé plusieurs centaines de milliers de travailleurs sur plusieurs sites aux USA.
S’il est exact que ce projet a été lancé face à la crainte que l’Allemagne nazie travaille sur l’arme atomique, il a été su assez vite que l’ennemi n’en avait pas la capacité. Mais la machine était lancée, le complexe militaro-scientifico-industriel voulait aller jusqu’au bout quel qu’en soit le prix.
Et le prix n’a pas été que financier il a également été humain : Il y a eu des victimes parmi le personnel, et le silence des familles a été acheté, c’était le début des mensonges concernant la dangerosité cachée de la radioactivité. De très nombreux cobayes humains ont été volontairement contaminés : résidents d’asiles, d’orphelinats, des malades hospitalisés, des condamnés, etc. l’horreur. !
Le pire est que la direction militaire voulait absolument une expérimentation en site humain pour en tirer tous les enseignements et qui permettrait d’affirmer la supériorité des US sur l’URSS.
Ensuite l’armée américaine a verrouillé les observations de façon à cacher la nocivité de la contamination radioactive et à n’attribuer les dégâts qu’aux effets directs de l’explosion (onde de choc, chaleur et irradiation).

Les structures internationales supposées protéger les travailleurs et les populations, continuent à s’appuyer sur les données tronquées diffusées à cette époque. Ainsi tout ce qui concerne les effets de la contamination des organismes vivants, et les effets génétiques ont été officiellement niés. Cela a permis d’imposer des normes de protection très insuffisantes.
Il s’est bien agi là d’un crime contre l’humanité commis consciemment, et qui a ouvert la porte à une nouvelle ère, celle de la menace atomique liant à tout jamais dans l’histoire humaine, l’énergie nucléaire et le mépris de la vie.


Ainsi l’UNSCEAR (5) structure chargée de dire la connaissance scientifique officielle du lobby international, reprend les résultats fournis par les Américains dans le suivi sanitaire des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki. Cela a permis à la CIPR (6) de préconiser des normes laxistes de protection.

L’enjeu essentiel est de pouvoir nier le plus possible l’importance de la contamination par de faibles doses de radioactivité, et on continue à le faire dans les zones contaminées par Tchernobyl ou Fukushima au mépris de la santé des populations concernées. Au point même de refuser aux enfants les cures qui permettraient d’alléger leurs souffrances ! C’est l’application des programmes « éthos-Core » (7) dans lesquels les experts français du CEPN (8) toujours à la pointe de la lutte pour sauver le nucléaire sont impliqués. Ces criminels prétendent que c’est la nucléophobie qui rend malade…

Mais face à ce « négationisme », en 2001, des membres du Parlement Européen ont décidé de soutenir la rédaction du rapport « Etude des effets sanitaires de l’exposition aux faibles doses de radiation ionisante à des fins de radioprotection », rapport CERI publié en 2003 (9).

Le CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation
Le CERI remet en cause les normes et méthodes d’évaluation qui ont prévalu jusqu’à présent en matière de radioprotection. Sollicitée et financée par le groupe des Verts européens, l’élaboration de cette étude a été coordonnée par le chimiste anglais Chris Busby et a rassemblé une palette d’experts indépendants du monde entier». 
La création du CERI reposait sur le fait « qu’il existait suffisamment de preuves démontrant qu’une exposition de faible dose due à des radio-éléments artificiels provoquait des problèmes de santé, et que les modèles conventionnels de la Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CIPR) n’ont aucunement prévu ces effets. » 
Outre le fait que le secret ait entouré les observations effectuées au Japon et que, de plus, les structures internationales de sûreté nucléaire soient verrouillées sans contrôle démocratique, les experts du CERI ont critiqué la démarche scientifique pour les raisons suivantes :
– Les survivants ont dû être parmi les plus résistants des habitants de ces villes, les plus fragiles (jeunes, femmes enceintes, etc.) étant déjà tués beaucoup plus facilement. La «cohorte survie» n’est donc pas représentative d’une population moyenne.
– Il s’est agi au Japon d’irradiation violente (rayonnement gamma pour l’essentiel), alors que le fonctionnement actuel des réacteurs engendre des quantités importantes de radioéléments dont la contamination à petite dose est d’autant plus dangereuse qu’ils peuvent se comporter chimiquement comme des éléments nécessaires à la vie et prendre leur place dans nos organismes ( Césium 139, strontium 90, iode 131, par exemple). Il n’est donc pas possible de donner du crédit à l’extrapolation vers les faibles doses de la relation linéaire liant le nombre de victimes à la dose reçue.
– L’existence d’un seuil en-dessous duquel l’irradiation serait inoffensive n’est pas crédible non plus, on trouve encore des textes annonçant qu’au-dessous de 100msv il n’y a pas d’effets prouvés !
– La comparaison avec la radioactivité naturelle n’a pas de sens, la radioactivité artificielle est composée d’éléments qui n’existent pas à l’état naturel, éléments qui entrent dans le cycle de la vie et dont le rayonnement perturbe les cellules et l’ADN.
– Les calculs officiels ne prennent pas en compte les graves conséquences de la contamination interne. Ils ne tiennent pas compte des autres pathologies provoquées par la radioactivité, ni des effets génétiques transmissibles, ni encore des fausse-couches ou des bébés mort-nés. Ils ont pu ainsi faire l’impasse sur les effets à long terme des contaminations par de faibles doses, et sur les conséquences de la transmission génétique d’altérations.
– Les fortes doses tuent, les faibles doses agissent à plus long terme, elles abîment les cellules, créent des radicaux libres et provoquent des mutations.
– De plus, le modèle CIPR fait comme si l’irradiation était répartie uniformément sur le corps, pas de distinction entre irradiation diffuse et concentration localisée sur certains organes (comme par exemple l’iode radioactif dans la thyroide).

Ainsi après 3/4 de siècle nous subissons plus que jamais les graves conséquences des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagaski :
– Des normes de sécurité insuffisantes, et leur manipulation en fonction des besoins, pour les travailleurs, pour les populations qui vivent en zone contaminée, aux dépens de leur santé. Ce terrible et inhumain mensonge permet de rejeter les demandes de maladies professionnelles ou de reconnaissance de pathologies subies suite aux catastrophes ou tout simplement suite aux essais nucléaires comme ceux de Régane ou de Polynésie. 

– Enfin, dans le cadre de la guerre froide, l’initiative de l’armée US ne pouvait que provoquer le développement d’armements de plus en plus sophistiqués et terrifiants tel que la bombe H (10). L’exemple a été suivi par d’autres pays Israël, Inde, Pakistan, Corée Nord.
Nous sommes en permanence menacés d’une guerre nucléaire, le plus grave fléau en puissance. Notons que les plus grands émetteurs de CO2 sont les plus grandes puissances militaires.

Il nous faut donc non seulement œuvrer à l’arrêt du nucléaire civil, mais aussi du militaire avec neutralisation des stocks de bombe. 

Ainsi l’ACDN, Action des Citoyens pour le désarmement nucléaire, agit, notamment par une demande de référendum, en faveur d’un désarmement nucléaire, biologique et chimique. Pour cela il existe une Proposition de Loi visant à organiser un referendum pour abolir les armes nucléaires et radioactives (Le Monde, 14 février 2020). Pour être déposée, elle doit recueillir les signatures de 185 parlementaires et en a reçu 43 pour le moment.

D’après l’ICAN France, relais national de la Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires, campagne qui vise à mobiliser les citoyens pour faire pression sur leurs gouvernements, le traité des Nations unies sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) voté à l’ONU en 2017 par 122 Etats n’a besoin que de 10 ratifications supplémentaires pour atteindre les 50 nécessaires pour entrer en vigueur, et rendre les armes nucléaires illégales au regard du droit international. La France s’est bien gardée bien sûr de rejoindre cette démarche (11), elle prévoit de moderniser l’arsenal nucléaire, et a repris en juin dernier des essais du missile nucléaire M 51…

Jeûne de Taverny, Jeûne de commémoration et d’interpellation de Taverny du 6 au 9 août, jeûne de commémoration des bombardements atomiques des villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki, jeûne institué par Solange FERNEX, et soutenu par Théodore MONOD.

Le Collectif Arrêt du Nucléaire (ADN) qui regroupe des associations qui œuvrent à l’arrêt des nucléaires civil et militaire (12), organise ses journées d’été, décalées du fait du Covid, les 2, 3 et 4 octobre à St Denis, au siège de la compagnie « Joli Môme », avec un riche programme (à voir en P.J.).

 

(1) https://www.rts.ch/info/monde/11374471–le-risque-nucleaire-est-plus-eleve-que-pendant-la-guerre-froide-.html

(2) Aujourd’hui est venu le temps de dire que les bombardements d’Hiroshima, de Nagasaki et les soixante-cinq millions de victimes de l’industrie nucléaire doivent faire l’objet d’un travail de mémoire,http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/061664/la-verite-inavouable. Html et http://www.dissident-media.org/infonucleaire/raisons.html

(3) « Le Monde comme projet Manhattan », Jean-Marc Royer, Le passager clandestin, 2017. Excellent livre. L’auteur développe les racines du négationnisme nucléaire avec toutes ses horreurs telles que l’évocation des 9’000 cobayes humains, ou la gestion criminelle post Hiroshima et Nagasaki.

(4) A propos des armes à uranium appauvri : 
http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/02/02/A-propos-de-l-uranium-dit-appauvri,
Et aussi https://apag2.wordpress.com/2018/02/02/a-propos-de-luranium-dit-appauvri/

(5) UNSCEAR : Comité scientifiques des nations unies sur les effets des radiations atomiques. C’est l’instance de l’ONU qui « dit la science », qui en a le monopole sans contestation possible. Créé en 1955, ses membres sont nommés par les Etats, ils sont choisis évidemment pour porter la parole officielle et neutraliser toute remise en cause (par exemple nier l’effet des contaminations par de faibles doses).

(6) CIPR : Commission indépendante de protection radiologique dont les membres sont cooptés sans contrôle démocratique, reconnue par l’ONU, organisation privée composée de membres cooptés au service du développement des usages de l’énergie nucléaire. Elle dicte les normes de la radioprotection et émet des recommandations concernant les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. Elle fonde ses préconisations sur la base des indications fournies par l’UNSCEAR.

(7) Vivre dans « le jardin nucléaire » avec Ethos, un crime contre l’humanité, Pierre Péguin 2016 https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un-crime-contre-lhumanite/, ouhttp://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/11/07/Vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-Ethos-un-crime-contre-l-humanite,

(8) Le CEPN, Centre d’Étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, représente le lobby nucléaire français il rassemble : EDF, AREVA, CEA, l’IRSN (13) ! Les membres de ces structures sont tous issus du même moule, cooptés ou nommés hors de tout processus démocratique, ils sont interchangeables. Ainsi Jacques Lochard fut directeur du CEPN et vice-président de la CIPR.… Et c’est le CEPN qui a obtenu de l’Europe un financement pour développer les programmes Ethos et Core en Biélorussie, sous la direction de Gille Dubreuil, programmes destinés à convaincre les populations de vivre en zones contaminées par Tchernobyl, avec tous les risques que cela comporte, programmes appliqués maintenant à Fukushima. C’est criminel.

(9)CERI Recommandations 2003 du Comité Europeen sur le risque de l’Irradiation, traduit par Françoise Dupont et Paul Lannoye, disponible en librairie, éditions Frison-Roche, 2004.

(10) Bombe H ou bombe à fusion, étudiée à Mégajoule. La fusion est tentée d’être appliquée à la production d’énergie dans le projet international pharaonique Iter, fiasco en puissance en construction à Cadarache.

(11) Dissuasion nucléaire : la France bille en têtes, Source : Libération   (8/2/2018)
http://www.liberation.fr/france/2018/02/07/dissuasion-nucleaire-la-france-bille-en-tetes_1628220

(12) L’Arrêt immédiat du nucléaire est techniquement possible à l’échelle européenne par Élisabeth Brenière et François Vallet. Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/2019/Arret_immediat_Europe.pdf,

(13) IRSN: L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire est l’expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques. Ne comptons pas sur ce comité pour réelement nous protéger même si des associations y participent, voire s’y compromettent (ACRO, France Nature Environnement, Ligue nationale contre le cancer).

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Yves Cochet, Devant l’effondrement, Essai de collapsologie

Yves Cochet, Devant l’effondrement, Essai de collapsologie, Editions Les liens qui libèrent, 2019, 252 pages.

 

Recension par Ivo Rens, juillet 2020.

 

C’est probablement le Rapport Meadows sur Les limites à la croissance, (1) paru en 1972, qui a relancé le thème ainsi que la conjecture de l’effondrement de notre système économique et même écologique. La notion d’effondrement, collapse en anglais, a donné naissance au terme de “collapsologie” qui apparaît, en français, en 2015, dans l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, d’ailleurs muni d’une postface par Yves Cochet. (2)

La fin du monde est un thème ancien puisqu’il remonte en tout cas aux apocalypses juives et chrétiennes. Depuis la révolution industrielle et la sécularisation de l’idée de progrès indéfini de l’espèce humaine, cette conjecture a été occultée dans les médias, mais elle n’en a pas moins préoccupé certains auteurs modernes ou contemporains, comme le signalent les écrits que nous lui avons consacrés dans les années 1970. (3)

 

Avant de publier Devant l’effondrement, Yves Cochet avait déjà abordé certains aspects de cette problématique comme le donnent à penser les titres de trois de ses ouvrages, Sauver la Terre, paru en 2003, Pétrole apocalypse, paru en 2005 et Où va le monde ? 2012-2022 : une décennie au-devant des catastrophes, publié avec Susan George, Jean-Pierre Dupuy et Serge Latouche en 2012.

Le dernier ouvrage d’Yves Cochet se divise en quatre parties bien distinctes intitulées respectivement “Avant l’effondrement”, “Le scénario central”, “Après l’effondrement” et “Le déni de l’effondrement aujourd’hui”.

Avant de retracer l’argumentation de notre auteur, ancien dirigeant écologiste français et ancien ministre de l’environnement, disons encore quelques mots sur ses références. Ce sont celles d’un intellectuel ayant une formation scientifique, puisqu’il est docteur en mathématiques, et une vision du monde qui doit beaucoup à deux penseurs bien différents, le philosophe ultra-pessimiste Günther Anders (4) et l’économiste dissident Nicholas Georgescu-Roegen (5), mathématicien comme lui. Ce qui frappe dans les différents thèmes qu’il aborde c’est l’ampleur de sa documentation tant en anglais qu’en français.

 

°                °

°

La première partie de l’ouvrage est subdivisée en quatre chapitres intitulés respectivement 1 De quoi parle-t-on ? 2 Comment sommes-nous arrivés au bord de l’effondrement ? 3 Y a-t-il une bonne économie pour la planète et pour l’humanité ? 4 Les prémisses : la crise de 2008.

Dans son premier chapitre, l’auteur pose les fondements épistémologiques de son discours. L’auteur y présente le concept de transition de phase (6) que les écologues ont transposé de la physique aux écosystèmes pour expliciter le caractère critique de ces passages d’un état à l’autre ainsi que le concept de l’interaction spéculaire (7) proposé par René Girard et Jean-Louis Vullierme pour rendre compte de la dynamique fallacieuse des représentations que les hommes se font de leur situation historique. Il y esquisse aussi une interprétation thermodynamique de l’économie et une justification de la pertinence de l’application à l’histoire économique de la courbe en cloche formalisée vers 1840 par le mathématicien belge Pierre-François Verhulst. L’effondrement des sociétés humaines apparaissant probable, il s’interroge sur son déroulement, lent et catabolique ou rapide et catastrophique et se prononce pour la seconde option dans les termes qui suivent : “Mon hypothèse est que la vitesse de l’effondrement est une fonction de l’intégration, du couplage, de la connectivité. Selon cette hypothèse, l’effondrement de la société mondialisée est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030, à quelques années près.”

 

Le deuxième chapitre retrace les raisons qui condamnent l’humanité à la catastrophe. Depuis l’avènement des sociétés industrielles que Yves Cochet fait remonter au XVIIIe siècle – ce qui est historiquement contestable car elles ne se sont imposées à l’échelle mondiale qu’aux XIXe et XXe siècles – elles se sont toutes réclamées du productivisme, qu’elles fussent libérales ou marxistes. Or, vu le caractère limité des matières premières nécessaires aux sociétés industrielles, il est évident que “l’extension planétaire du mode de vie occidental est tout simplement impossible”. Et ce, d’autant plus que le productivisme qui domine nos sociétés industrielles a entraîné une dégradation dramatique de notre environnement naturel qu’attestent l’altération de la biodiversité et le changement climatique en cours, “au point que le maintien de la vie humaine sur terre n’est plus garanti à la fin du présent siècle.” Dans ces conditions, Yves Cochet ne pouvait qu’être favorable à l’idée de décroissance mais il observe que les “objecteurs de croissance” éludent trop souvent la question démographique qui est une question taboue en France, mais aussi au niveau international. Il parle certes de surpopulation, mais il aurait pu donner, nous semble-t-il des arguments autrement convaincants en faisant parler les chiffres en mathématicien qu’il est. Peut-être la raison de cette retenue réside-t-elle dans l’idée que l’auteur se fait de l’effondrement à venir. Pour lui, cette catastrophe entraînera une réduction drastique de la population humaine, mais dans des proportions, somme toute, limitées. “La vision du futur qui inspire ce livre est celle-ci : une évolution discontinuiste couplée à un modèle décroissant. Autrement dit, l’effondrement à venir s’accompagnera nécessairement d’une décroissance des niveaux de production et de consommation. Mais plus cette décroissance sera choisie, moins l’effondrement sera épouvantable. La décroissance est la politique de l’effondrement.” En somme, il estime possible d’accompagner et de modérer sinon de gérer l’effondrement !

 

Le troisième chapitre, consacré à l’économie se veut une boussole économique pour un monde nouveau dont l’auteur postule l’existence après l’effondrement qui vient. Il commence par une remise en cause de l’économie néoclassique, encore dominante, qui est tributaire d’un modèle mécaniste périmé car ses postulats sont antérieurs à la thermodynamique et à la science écologique. Parmi les dissidents de la science économique, le premier qu’il cite est Nicholas Georgescu-Roegen, mais il s’attarde à examiner ses apports au travers de deux de ses disciples hétérodoxes, Herman Daly et Charles A.S. Hall, et particulièrement au travers de ce dernier. De ce fait, il se concentre sur les problèmes énergétiques à l’échelle de la planète et tend à sous-estimer les problèmes des autres ressources matérielles qui, chez Georgescu-Roegen sont tout aussi importants quant à leur accessibilité et à leur dissipation.  Toutefois, pour Herman Daly, Charles S.A. Hall et Yves Cochet, “l’économie est un sous-système enchassé (embedded) dans le système primaire fini et non croissant de la planète Terre”, ce qui est bien un des fondements de la pensée de Georgescu-Roegen.

Yves Cochet se fonde sur les analyses de ce dernier et de René Passet pour opter résolument en faveur de la décroissance. Mais il omet totalement de développer le rôle clé que joue l’entropie dans la conception bioéconomique de Georges-Roegen qui seule rend compte de la flèche du temps et de l’impossibilité de prédire l’avenir.

 

Le quatrième chapitre consacrée aux prémices de l’effondrement : la crise de 2008. Yves Cochet attribue la cause première de cette crise à la hausse du cours du baril de pétrole à New York.  Viennent ensuite aux Etats-Unis, les défauts de remboursement des ménages, les défauts de remboursements des banques, la titrisation des emprunts immobiliers, l’immense dette des EEUU. Pourtant, c’est dans ce chapitre que l’auteur rend justice aux matières premières autres que le pétrole dont dépendent nos sociétés industrielles. Ces métaux et métalloïdes, extraits le plus souvent dans des mines, sont absolument nécessaires aux sociétés industrielles. “Les profils temporels de production des grandes mines du monde ressemblent à la courbe en cloche de la production de pétrole : cela croît pendant un certain temps jusqu’à atteindre un maximum, avant de décroître inexorablement.”

 

 

°                °

°

 

 

La deuxième partie de l’ouvrage, intitulé “La fin du monde tel que nous le connaissons”, qui porte sur l’effondrement et ses suites, est de loin la partie de l’ouvrage où l’auteur prend le plus de risques car il conjecture un effondrement mondial dramatique prochain et inévitable, dont les causes sont plurielles, qui peut donc s’amorcer dans des circonstances fort diverses et donner lieu à des scénarios multiples et dissemblables. Pour lui, il s’agit d’un événement sans précédent pour l’espèce humaine, qui pourrait d’ailleurs aboutir à sa disparition, mais dont un seul événement du passé peut donner une idée, à savoir la survenue de la peste noire en Europe en 1348 qui réduisit en cinq ans d’un tiers la population européenne.

Nous nous proposons de citer ci-après de larges passages de ce chapitre afin d’éviter autant que faire se peut de mésinterpréter ses conjectures.

“La période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), et le début d’une renaissance (2040-2050). (8)

 

Mais, comment expliquer que rien ne puisse prévenir pareil désastre ? “Paradoxalement, alors que l’effondrement se compose d’événements qui sont tous d’origine anthropique, les humains, quelle que soit leur situation de pouvoir, ne peuvent plus modifier que marginalement la trajectoire fatale qui y conduit. En effet, au-delà de la profonde perturbation de la dynamique des grands cycles naturels du système Terre, une autre cause parallèle, purement psychologique, renforce cette avancée vers l’effondrement. Il s’agit du système de croyances actuellement prédominant dans le monde : le modèle libéral-productiviste. Cette idéologie est si prégnante, si invasive, qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parvient à le remplacer tant que ne s’est pas produit l’événement exceptionnel de l’effondrement imminent, dû au triple crunch énergétique, climatique et alimentaire.” (9)

 

Pour Yves Cochet, les scénarios de l’effondrement sont légion : Ce pourrait être “une tension internationale aboutissant à l’utilisation d’armes nucléaires, rayant de la carte plusieurs grandes villes du monde, tandis qu’un nuage de poussières et de cendres envahira l’atmosphère pendant des années et que l’amincissement de la couche d’ozone conduira les humains à être brûlés par les UV, la diminution du flux solaire ayant en parallèle un impact catastrophique sur les cultures.”  Ce pourrait être aussi “une souche virulente aussi mortelle qu’Ebola et aussi contagieuse que la grippe” se propageant rapidement au monde entier sans qu’une réponse sanitaire puisse lui être opposée. Ce pourrait être encore “le franchissement d’un seuil de raréfaction des pollinisateurs sous l’effet conjoint de la transformation des habitats, de l’excès de pesticides et de la prolifération d’espèces invasives” qui ferait “chuter brusquement la production agricole, provoquant des famines massives”. On pourrait concevoir que l’amorce en soit “le déclin accéléré de l’approvisionnement en pétrole après le passage du Pic Hubbert”(10) mondial provoquant “une panique sur les marchés des matières premières et une pénurie de carburants, dont les conséquences se diffuseraient bientôt aux autres volets cruciaux de l’économie mondiale : la fourniture d’électricité, les communications, les transports, l’eau courante et les services régaliens des Etats.” Ce pourrait être aussi “un nouveau choc systémique global de très grande ampleur au sein du système bancaire, monétaire et de crédits” qui prolongerait “ses effets dans les chaînes de production mondiale de biens et de services, par contagion croisée intensifiante entre le système financier et les réseaux de production et de commerce”. Ce pourrait être encore “un relargage massif et brusque de méthane dans l’atmosphère dû à la fonte des pergélisols arctiques et sibériens ou à la libération des hydrates de méthane sous-marins, au point que la température moyenne de la Terre augmentera de plus de 1 °C en quelques années”. L’effondrement pourrait être causé par “l’explosion d’une bombe thermonucléaire à haute altitude au-dessus de territoires cruciaux comme les Etats-Unis d’Amérique ou de l’Europe” qui créerait “une impulsion électromagnétique capable de paralyser toute l’alimentation électrique du continent pendant plusieurs mois”. Ou bien, “le basculement dans la mer d’Amundsen des glaciers de Pine Island”, en Antarctique, entraînant ”une montée du niveau de la mer de 3 mètres, submergeant toutes les villes côtières de la planète”. Ou encore, “le brusque arrêt du Gulf Stream marquant la fin de l’Europe tempérée”. Ou enfin, “la déforestation rapide pour pallier le manque d’énergies fossiles en déplétion accélérée” antraînant “la chute de la civilisation occidentale par pénurie de bois.” (11) Pour l’auteur, cette liste n’est d’ailleurs nullement exhaustive !

 

Une fois amorcé l’effondrement se traduira en d’innombrables troubles. “Hélas, il est à craindre que les trois raisons majeures qui, historiquement, ont fait baisser le nombre d’humains se combineront pendant ce sombre futur : les guerres, les épidémies et les famines”. (12) Et voici ce que Yves Cochet conjecture quant à l’effet de l’effondrement sur les populations humaines : “Notre hypothèse est que moins de la moitié de ces populations survivra, soit environ trois milliards d’êtres humains sur terre et une trentaine de millions sur le territoire actuel de la France”. (13) On comprend que l’auteur avoue avoir rédigé cet ouvrage d’une main tremblante ! (14) Dans cet ouvrage, l’auteur parle beaucoup de la mort d’innombrables humains, il traite aussi du traumatisme des survivants mais, sauf erreur, il n’évoque jamais les indicibles souffrances des uns et des autres non plus que celles des animaux.

 

Après une période de chaos, pendant laquelle les restes de l’ancien monde, ses Etats et ses institutions internationales, auront disparu, la société s’organisera en biorégions politiques qui ne seront pas nécessairement isolées ni indépendantes les unes des autres, un peu à l’image peut-être de ce que furent les cités-Etats germaniques ou italiennes du XVIIIe siècle.

Le territoire actuel de la France métropolitaine sera divisé en lieux sûrs, les biorégions, et en zones abandonnées – nous y reviendrons. Chaque biorégion constituera un micro-Etat simple muni d’une assemblée et d’un gouvernement, lequel détiendra le monopole de la violence physique légitime. (15)

“Si l’effondrement systémique mondial imminent n’entraîne pas la disparition de l’espèce humaine, les habitants de la France dans la seconde moitié du XXIe siècle pourraient bénéficier de trois sources principales d’énergies renouvelables thermiques, produites localement : le bois de chauffage, le charbon de bois et le biogaz.” (16) La consommation sera régulée par un rationnement généralisé. L’alimentation sera plus végétale, plus locale et plus saisonnière. La mobilité sera tributaire de la marche à pied, de la bicyclette, de la traction animale, de la voile et des embarcations à rames. Il est possible qu’on restaure un système de voies ferrées avec des locomotives rudimentaires à vapeur, alimentées au charbon de bois ainsi que des trains de draisines à pédalier et/ou à voile. Dans ces sociétés du futur, il n’y aura pas de production d’électricité et donc pas d’appareillages électriques. L’auteur semble admettre que la production de bicyclette n’est guère envisageable dans pareil environnement. Il préconise donc d’“anticiper dès aujourd’hui la fabrication massive de bicyclettes afin d’en disposer en abondance en 2050” ! (17)

En revanche, le sort des centrales nucléaires vouées à l’abandon posera un problème dont l’auteur ne donne pas la solution. “Il se pourrait… que, lors de la débâcle des services, la sécurité et la sûreté des 450 réacteurs nucléaires existants dans le monde – dont 58 en France aujourd’hui – deviennent défaillantes par manque de personnel.” (18) C’est là un legs empoisonné aux générations futures qui devront bien le gérer. Il semble que les emplacements de ces centrales constitueront quelques-unes des zones abandonnées mentionnées par l’auteur aux côtés des biorégions.

 

L’apparition de cette utopie écologiste au terme de l’apocalypse laisse rêveur. Comment penser que les drames inouïs endurés par les humains pendant l’effondrement ne les aura pas gravement traumatisés et rendus asociaux et encore plus violents plutôt que de les avoir purgés de leurs passions pour la puissance, la domination et la compétition ?

 

°                °

°

 

La fin du livre d’Yves Cochet nous semble d’intérêt très inégal. La troisième partie intitulée “Après l’effondrement” est un peu en porte-à-faux parce que l’auteur n’écrit pas après l’effondrement mais bien avant. La quatrième partie intitulée “Le déni de l’effondrement aujourd’hui” est autrement passionnant ainsi d’ailleurs que le chapitre intitulé “Quelques controverses” qui lui est lié.

L’auteur évoque les “cris d’alarme” lancés ces derniers temps par des personnalités scientifiques, les “marches pour le climat” organisées dans de nombreux pays par des jeunes qui s’inquiètent du monde dont ils vont hériter et qui réclament diverses actions de l’Etat ou des Etats, en croyant encore pouvoir éviter l’effondrement global.

A ces initiatives alarmistes, respectables certes, mais désuètes, il oppose les prises de positions catastrophistes de plusieurs auteurs, dans le nouveau cadre “anthropocénique”, (19) ainsi que leurs premières propositions ou tentatives d’action. Lui-même se présente comme catastrophiste en précisant bien qu’il ne peut pas prouver l’imminence de la catastrophe, mais seulement son extrême probabilité. “Il existe – écrit-il – une rupture ontologique, épistémologique et politique entre un scénario alarmiste quelconque et un scénario catastrophiste.” (20)

S’inspirant de Günther Anders, Yves Cochet écrit : “l’effondrement global ne peut être saisi dans toute son ampleur ni affronté proportionnellement, parce que son immensité dépasse les capacités cognitives de l’esprit humain. Il s’agit d’un phénomène supraliminaire, supérieur à tout ce que le processus d’hominisation a connu depuis un million d’années.” (21)

Parmi les catastrophistes, c’est dans la mouvance des tenants de l’anthropocène qu’il trouve les discours et les comportements les plus prometteurs. Rappelons que le terme d’anthropocène vient d’un article des géologues Paul Crutzen et F. Stoermer datant de 2000. (22) Selon ces auteurs, depuis que l’impact de l’espèce humaine sur le système Terre revêt une dimension géologique mesurable, il sied de ne plus parler d’holocène mais bien d’anthropocène. Certes, la date à laquelle l’anthropocène a succédé à l’holocène fait débat mais, pour Yves Cochet, qu’on choisisse le milieu du XIXe ou celui du XXe siècle, elle signale le triomphe de l’industrialisation du monde. Et de citer un article signé par le spécialiste américain du changement climatique Will Steffen qui, parlant de l’origine historique de l’anthropocène écrit : “C’est une défaillance politique, un choix opéré pendant le XIXe siècle européen : le choix du feu.” (23)

Face aux prévisions catastrophistes, Yves Cochet dénonce l’indifférence et l’immobilisme des sciences humaines et sociales (SHS) et particulièrement de la science politique. “Toutes les SHS sont « humanistes », au sens où l’anthropocentrisme est la valeur suprême : Ni les non-humains ni les écosystèmes ou l’écosphère ne sont pris en compte pour eux-mêmes ou en relation partenariale avec les humains.” (24)

Certes, parmi les catastrophistes même acquis à la notion d’anthropocène, certains mettent leurs espoirs dans des procédés technologiques de très grande ampleur relevant de ce que l’on appelle la géo-ingénierie. “Le dérèglement climatique devenant de plus en plus sensible et terrible, il est probable que ce seront les populations elles-mêmes qui réclameront la mise en œuvre des technologies globales de géo-ingénierie, en une sorte de dernier recours pour retrouver des situations météorologiques moins extrêmes. Un élan vers le pire.” (25)

Le catastrophisme d’Yves Cochet qui postule un effondrement possible dès 2020 et certain avant 2030 a comme première conséquence éthique de l’amener “à tout faire pour minimiser le nombre de morts. J’insiste : s’il m’était donné d’influencer les comportements afin que le nombre de morts des années 2020 soit de 49% de la population mondiale plutôt que de 50%, je serais en droit d’être fier.” (25)

Mais, dans l’ordre politique, son action s’oriente vers la promotion d’actions locales visant à permettre la survie du plus grand nombre possible dans les biorégions à venir.

Hormis cela, elle consiste aussi à propager sa vision, certes assez terrifiante, de l’avenir ce qu’il fait notamment au moyen de l’Institut Momentum fondée en 2011 par Agnès Sinaï, une spécialiste de la décroissance, et qu’il préside actuellement.

 

Que dire de pareil catastrophisme sinon que, paradoxalement, il est relativement optimiste puisqu’il conjecture une renaissance de l’humanité dans quelques décennies ?

Toutefois, l’auteur passe comme chats sur braises sur le problème du devenir des centrales nucléaires et des déchets radioactifs dont la dangerosité est malheureusement fort durable. Et puis, dans la mesure où son rêve austère de microrégions désindustrialisées est tributaire de bicyclettes importées de notre monde industriel, il nous paraît, sur ce point en tout cas, peu conséquent et peu crédible.

 

 

(1) Meadows, Donella H., Meadows, Dennis L., Randers, Jørgen, Behrens, William W., III, The Limits to Growth: A Report for the Club of Rome’s Project on the Predicament of Mankind, A Potomac Associates Book, 1972. Traduction française par Janine Delaunay, Halte à la croissance, Les limites à la croissance, Collection Ecologie Fayard, Paris 1972.

 

 

(2) Pablo Servigne et Rapahaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Editions du Seuil, Collection Anthropocène, 299 pages. Ce livre, comme celui d’Yves Cochet, est marqué par l’ouvrage de Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

 

(3)  Ivo Rens et Jacques Grinevald, “Réflexions sur le catastrophisme actuel, en Pour une histoire qualitative”, Etudes offertes à Sven Stelling Michaud, Presses universitaires romandes, Genève, 1975, p. 283 à 321.

Ivo Rens, “Remarques sur la clôture du temps dans le monachisme médiéval et dans le mouvement écologique contemporain”, Rapport présenté au Xème Congrès mondial de l’Association internationale de science politique à Edimbourg en août 1976, Res Publica , Bruxelles, 1977, p.135 à 146.

 

 

(4) Gunther Anders, est notamment l’auteur de Hiroshima ist überall, 1995, Hiroshima est partout, Le Seuil, Paris, 2008 et Die Antiquiertheit des Menschen, Band 1, 1956, Band 2, 1980, L’Obsolescence de l’homme, t. 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, trad. Christophe David, Paris, éditions Ivrea et éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2002, t. 2. L’Obsolescence de l’homme, t. 2 : Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, trad. Christophe David, Paris, Éditions Fario, 2011.

 

(5) Nicholas Georgescu-Roegen est notamment l’auteur de The Entropy Law and the Economic Process, Harvard University Press, Cambridge, Massachussetts, 1974 et de Demain la décroissance, Entropie, Ecologie, Economie, Editions Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1979.

 

(6) Comme celles du passage de l’eau de l’état liquide à l’état solide ou à l’état gazeux.

 

(7) Pour ces auteurs, les rapports sociaux ont une dimension intersubjective, fondée sur la spécularité des relations avec l’autre. Le terme spéculaire vient du latin spécularis qui signifie “en miroir”.

 

(8) Yves Cochet, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, 2019, p.115.

 

 

(9) Ibidem, p.116.

 

(10)  Marion King Hubbert a été le premier géologue à formaliser en 1956 une théorie du pic pétrolier en se focalisant sur la production américaine. Ici, il s’agit du pic de la production mondiale sur une courbe en cloche.

 

 

(11) Yves Cochet, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, 2019, p. 125.

 

(12) Ibidem, p. 122.

 

(13) Ibidem, pp. 125,6.

 

(14) Ibidem, p.120.

 

(15) Ibidem, p. 127.

 

(16) Ibidem, p. 130.

 

(17) Ibidem, p. 143.

 

(18) Ibidem, p. 134.

 

(19) Will Steffen et al., Global Change and the Earth System, 2003; Antony D. Barnosky, Elizabeth Hadly et al. “Approaching a state shift in Earth’s Biosphere”, Nature, June 7, 2012; Wille Steffen, Katherine Richardson, Johan Rockström et al. “Planetary Boundries: Guiding Human Development on a Changing Planet”, Science, February 13, 2015, Clive Hamilton, “The Anthropocene as Rupture” The Anthropocene Review, February 22, 2016.

 

(20) Ibidem, p. 200.

 

(21)  Ibidem, p. 198.

 

(22)  Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer,  “The “Anthropocene” , p. 17-18. IGBP, 2000.

 

 

(23) Ibidem, p. 230. Will Steffen et al. “The Trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration”, The Anthropocene Review, No 2, 2015, pp. 81-98.

 

(24) Ibidem, p 207.

 

(25) Ibidem, p. 231.

 

(26) Ibidem, p. 222.

 

Poster un commentaire

Classé dans Catastrophes, Uncategorized

Reprise de l’électrification nucléaire du pays

Reprise de l’électrification nucléaire du pays
Rien ne change, l’État se moque des conséquences sociales et écologiques de ses choix

Pierre Péguin
Docteur ès sciences
juin 2020

Alors que les déchets nucléaires s’accumulent et saturent les sites de stockage sans qu’existe aucune solution satisfaisante pour leur gestion à long terme ; alors que la filière française vieillissante, avec des cœurs fissurés et des éléments de construction mal en point tels que les générateurs de vapeur ou les diesels de secours, inquiète même des responsables du lobby, l’État relance sa politique d’électrification nucléaire du pays.
Pourtant le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, a exprimé son souci de la « situation très préoccupante » de la filière nucléaire française (1) , et du « déficit de culture de précaution » (2). Nous pouvons donc légitimement nous inquiéter de l’éventualité d’une catastrophe atomique.
Mais l’État aux mains du lobby de l’atome, s’obstine, il met en place les dispositifs favorables à la poursuite et donc à la relance de la production d’électricité nucléaire. Cette activité est visiblement plus importante aux yeux du pouvoir que la sécurité de la population qu’il est sensé protéger. La dégradation de services publics, en particulier hospitaliers dont on a cruellement mesuré l’insuffisance de moyens face au covid19, a déjà illustré le manque d’intérêt de nos gouvernants pour la protection et le bien-être de leurs concitoyens.

Décisions récentes pour la relance de la consommation d’électricité nécessaire à la survie de l’électronucléaire
Elles concernent essentiellement la promotion de la voiture dite « propre » d’une part, et d’autre part la promotion des chauffages électriques pour des logements moins bien isolés.

Bonus « écologique » pour un véhicule électrique ou hybride
Plan de soutien à l’automobile, présenté le 26 mai par le Président de la République, mesures pour faciliter l’achat de véhicules électriques, bonus « écologique » et prime à la conversion pour remplacer un véhicule condamné à la casse.
Mais ce plan est-il vraiment écologique ? Le soutien à l’achat de voitures n’est-il pas en contradiction avec le souci de développer les transports en commun, le train en particulier qui à ce jour n’a pas obtenu d’aide, alors que les milliards vont arroser également l’aéronautique?
La voiture prétendue « propre » l’est-elle vraiment ? Certes elle semble moins polluer que les véhicules à moteur thermique, mais la pollution n’est que déplacée vers toute la chaîne du combustible nucléaire, de la mine d’uranium à La Hague en passant par Malvesi, Tricastin, Marcoule, etc. ; et avec la création de déchets radioactifs pour des milliers d’années qu’on ne sait pas gérer ; et avec des réacteurs à démanteler pendant des dizaines d’années.
EDF livrant une électricité à 70 % d’origine atomique, les véhicules « propres » roulent en fait au nucléaire, est-ce mieux que le pétrole ?

Et envoyer des véhicules encore utilisables à la casse pour obtenir la prime à la conversion n’est-ce pas justement anti-écologique, alors que nous appelons à l’utilisation d’objets durables et réparables?
La fabrication d’un véhicule neuf et de ses batteries n’est-elle pas très coûteuse en énergie et en matériaux dont certains de plus en plus rares?
Quant à la production des particules fines, l’avantage de l’électricité est peut-être bien un leurre : d’après « Transitions et Energies » du 18 mars, Pneus et freins pollueraient bien plus que les moteurs. Les moteurs diesel, et essence ne représenteraient qu’une part limitée des émissions de particules fines émises par tous les types de véhicules, car provenant avant tout de l’abrasion des pneumatiques et des systèmes de freinage.

8 milliards d’euros sont consacrés à ce plan d’aide à l’achat de véhicules « propres ». Si on y ajoute ceux d’un montant comparable versés à Areva/Orano et EDF pour les sauver de la faillite, ainsi que le versement à EDF de la coquette somme de plus de 3 milliards d’€ pour « manque à gagner » dû à l’arrêt de la centrale de Fessenheim (3), on voit bien quel est l’un des soucis majeurs du gouvernement !
On en vient à rêver de tout ce qu’on pourrait faire avec ces sommes considérables si elles étaient consacrées à de véritables choix sociaux et écologiques, comme par exemple la rénovation des logements anciens, la généralisation de chauffe-eaux solaires, etc. toutes activités génératrices de nombreux emplois décentralisés ! ….

Ce plan d’aide à l’achat de véhicules prétendus « propres », est un choix anti-écologique destiné à soutenir la production d’électricité nucléaire, et en même temps permettant de satisfaire le lobby de l’automobile.
D’ailleurs le coût élevé de ces véhicules les réservent aux voitures secondaires des couches aisées de la population à nouveau subventionnées….

La relance incroyable du chauffage électrique !


L’arnaque (4) : L’État, en changeant un simple coefficient, relance la pose de radiateurs électriques dans les logements qui pourront même être moins bien isolés. Les factures de chauffage des gens modestes qui les habiteront vont s’envoler, voilà une mesure antiécologique et antisociale de plus.
En quoi consiste l’entourloupe ? Sous l’impulsion de consignes européennes, les consommations d’énergie pour le chauffage et l’eau chaude avaient été limitées à 50Kwh/m2 de logement, ces 50kwh étant comptés en énergie primaire, c.a.d. en énergie nécessaire à leur production. Cela a enfin ramené l’électricité à leur réalité, car il faut en effet fournir 3 kwh en chaleur pour pouvoir en produire 1 consommable du fait du mauvais rendement des réacteurs et des centrales thermiques, chaque kwh électrique consommé est alors compté comme 2,58 kwh (coefficient bien favorable le plus juste serait plutôt de 2,7), contre 1 pour ceux d’origine renouvelable ou pour le gaz brûlé sur place plus efficace. Cela a mis un frein au chauffage électrique au profit des pompes à chaleur et des chauffages au gaz. Et bien il suffit de diminuer arbitrairement ce coefficient à 2,3 pour que chauffage et eau chaude électriques puissent à nouveau passer sous la barre du 50Kwh/m2, et ce, même dans les logements moins bien isolés.

Ainsi l’exception française de chauffage électrique des logements et de l’eau sanitaire est maintenue, malgré le non sens écologique et économique qu’elle constitue. C’est aussi un plan antisocial, un défi aux classes populaires. Comment paieront-elles les factures de chauffage électrique de plus en plus élevées (avec l’augmentation en cours des tarifs) au point parfois de ne plus pouvoir se chauffer ?

En guise de commentaires
Nos voisins européens dont la plupart ont quitté ou sont en voie de quitter le nucléaire, sans pour autant retourner à la bougie et à la caverne, procèdent autrement. Aucun d’entre eux ne favorise la production de chaleur par l’électricité, mais ils développent la production d’énergie renouvelable pour l’eau chaude et l’électricité. En Espagne par exemple aucun permis de construire n’est accordé s’il ne comprend pas un système solaire ; ou encore en Allemagne qui produit son électricité à plus de 45 % par des renouvelables, et qui investit dans la production d’hydrogène « Vert », on observe bien plus d’équipements solaires qu’en France pourtant bien plus ensoleillée.

Retenons donc que si beaucoup de pays voisins se préoccupent de diminuer leurs émissions de CO2, ils le font sans nucléaire, tandis que la France, 9 ans après la catastrophe de Fukushima toujours incontrôlable, (5) s’obstine dans une technologie périmée, lourde, coûteuse et surtout dangereuse. Elle s’obstine à prendre des mesures favorables à la surconsommation d’électricité, alors qu’à nos yeux l’arrêt indispensable de la production d’électricité atomique nécessite en priorité des mesures de sobriété.

Nous risquons de nous retrouver en situation d’avoir à subir une catastrophe comparable à celle de Fukushima. Il est criminel d’ignorer pareil risque.
Non seulement l’Etat ne se soucie pas réellement de prendre des mesures alliant l’écologie et le social, mais en plus il nous maintient sous la menace de la catastrophe nucléaire tant redoutée.

Pourtant on sait maintenant que la fin du nucléaire est mondialement programmée, (6) et qu’il n’est pas une solution contre le réchauffement climatique » (7).

Une seule urgence : l’arrêt du nucléaire dans les plus brefs délais. (8)

 

Notes

(1) https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/pour-le-gendarme-du-nucleaire-la-filiere-francaise-est-dans-une-situation-tres-preoccupante-1142556

(2) https://www.lemonde.fr/energies/article/2020/05/28/le-gendarme-du-nucleaire-s-%20inquiete-d-un-recul-de-la-rigueur-dans-l-exploitation-des-%20centrales_6041023_1653054.html

(3) Alors qu’EDF aurait eu beaucoup à investir pour assurer plus longtemps le fonctionnement des 2 réacteurs de cette centrale. Il s’agit bien d’un cadeau déguisé pour échapper à la surveillance de l’Europe préservant « la concurrence libre et non faussée ». Cela veut dire aussi que ce cadeau sera renouvelé à tout nouvel arrêt de centrale….)

(4) « Si la transition écologique par le nucléaire est le choix de la technocratie française, il faut le dire clairement » https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/28/energie-si-la-transition-ecologique-par-le-nucleaire-est-le-choix-de-la-technocratie-francaise-il-faut-le-dire-clairement_6031208_3232.html
Voir aussi, https://www.batiactu.com/edito/acteurs-vent-debout-face-a-rede nition-niveau-bbc- 58949.php?,MD5email=7a2b62c8e205e645d1cbd48f8a6d7387&utm_source=news_actu&utm_ medium=edito&utm_content=article

(5) Voilà 9 ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima se développe et s’aggrave, contaminant toujours plus de territoires, d’habitants. Les autorités japonaises veulent reverser dans le Pacifique les quantités astronomiques d’eau radioactive stockée dans des milliers de réservoirs autour de la centrale accidentée. Quant au démantèlement de cette dernière, il durera au moins une cinquantaine d’années https://bit.ly/3cjcfCn, tandis que la décontamination des sols paraît impossible : https://www.soil-journal.net/5/333/2019

(6) La fin programmée de l’énergie nucléaire dans le monde,
https://www.trahnsitionsenergies.com/ n-energie-nucleaire-monde/, Et extrait de la lettre de l’Observatoire du nucléaire: « Concurrencé par les renouvelables, le nucléaire décline dans le monde, voir Reporterre, 19 décembre 2019 : https://bit.ly/32ccnid et le World Nuclear Industry Status Report qui, sous la direction de Mycle Schneider, analyse l’état de l’industrie nucléaire dans le monde et, cette année, consacre un nouveau chapitre à l’évaluation de l’option nucléaire comme moyen de combattre l’urgence climatique ».

(7) https://www.liberation.fr/planete/2019/12/17/le-nucleaire-une-option-de-plus-en-plus-fumeuse-contre-le-rechauffement_1769816

(8) L’arrêt immédiat du nucléaire français est techniquement possible à l’échelle européenne http://collectif-adn.fr/2019/arret-immediat-europe.htm

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Catastrophes, Uncategorized

Le bilan peu reluisant du nucléaire français

Jean-Guy Rens

15 juillet 2014

Source : http://rens.ca/2012/humeur-17-bilan-peu-reluisant-du-nucleaire-francais/

 

Les dossiers noirs du nucléaire français, par Dominique Leglu, Monique Sené et Raymond Sené, Presses de la Cité, collection « Documents », Paris, 2013, 194 pages.

Cet ouvrage fait le bilan sécuritaire du nucléaire français – et le tableau qu’il présente n’est pas reluisant. Depuis ses débuts, l’industrie nucléaire en France a connu toutes sortes d’incidents et d’accidents qui, dans plusieurs cas, ont frôlé à la catastrophe, mais qui ont, dans tous les cas, été étouffés avec maestria.

Des accidents en série

En effet, l’industrie nucléaire en France a pris l’habitude de se targuer d’une feuille de route sans tache : pas de Three-Mile-Island, pas de Tchernobyl, pas de Fukushima chez nous. Mais il y a eu des rejets radioactifs à la centrale franco-belge de Chooz (1967), une fusion de 50 kg d’uranium à Saint-Laurent-des-Eaux (1969), une autre fusion de 20 kg d’uranium dans la même centrale qui, cette fois, a provoqué une contamination de la Loire, une fuite du circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt à Civaux (1998), une inondation à la centrale du Blayais sur les bords de la Gironde (1999)… La liste compilée par les auteurs des Dossiers noirs du nucléaire français est si longue qu’elle en devient fastidieuse.

Chacun de ces accidents a été soigneusement occulté, minimisé, savamment enrobé dans la langue de bois de la fonction publique, ce qui explique que leur effet pédagogique sur la population est demeuré nul. Ce qui est plus grave, c’est que la culture du secret a interdit à l’exploitant (EDF) de faire bénéficier les opérateurs de ses propres centrales du retour d’expérience acquis à gros frais à l’occasion de tel ou tel épisode. Ainsi, les ingénieurs de Civaux ignoraient le deuxième accident de Saint-Laurent-des-Eaux et ont-ils été condamnés à revivre la même courbe d’apprentissage que leurs collègues par essais-erreurs.

À plus forte raison, les autorités régionales (mairies, conseils régionaux et même les préfectures) ont été tenues dans le noir absolu, même si elles sont les premières concernées par un accident nucléaire. Le spécialiste mondial de gestion de crise, Patrick Lagadec, a résumé ainsi cette attitude passive : « Ne faites rien, attendez les instructions. »[1]

Au-delà des accidents, les autorités ont réussi à faire oublier par l’opinion publique le fiasco économique et technologique de Crey-Malville qui a accumulé les pannes et les incidents jusqu’à contraindre son arrêt final en 1998 après huit mois d’utilisation seulement. Or, rappellent les auteurs, le plan original de l’industrie nucléaire prévoyait la construction de 50 surgénérateurs de type Crey-Malville. L’ensemble du projet aura coûté 12 milliards d’euros, ce qui est vraisemblablement sous-estimé puisque les travaux de déconstruction de la centrale ne sont pas terminés.[2]

Les deux unités à eau pressurisée (REP) de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le val de Loire, sont en fonctionnement depuis 1983. Le site contient également les deux anciens réacteurs nucléaires de la filière graphite-gaz (UNGG) en phase de déconstruction. Ce sont eux qui ont subi les accidents mentionnés dans le texte.

Saint-Laurent-des-Eaux-large

Les deux unités à eau pressurisée (REP) de Saint-Laurent-des-Eaux, dans le val de Loire, sont en fonctionnement depuis 1983. Le site contient également les deux anciens réacteurs nucléaires de la filière graphite-gaz (UNGG) en phase de déconstruction. Ce sont eux qui ont subi les accidents mentionnés dans le texte.

 

Une gestion du risque déficiente

Les Dossiers noirs du nucléaire français sont divisés en deux parties : une est consacrée, comme nous venons de le voir aux accidents survenus dans les centrales; l’autre (la première, en fait) traite des mesures de sécurité en vigueur. Nous apprenons ainsi que les centrales nucléaires sont conçues pour résister aux accidents « physiquement plausibles ». Les auteurs s’insurgent contre un concept aussi réducteur qui ne tient pas compte des précédents.

Ceux-ci enseignent que les accidents se produisent à la suite d’une accumulation de défaillances techniques et d’erreurs humaines non modélisables, donc non considérées comme « physiquement plausibles ». Il n’est jusqu’au directeur de l’’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), Jacques Repussard, qui ne se soit inquiété de ce que « l’effet de site » ne soit pas suffisamment pris en compte.

Cela signifie que les mesures de sécurité suivies par EDF, Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sont identiques pour toutes les centrales, alors que chacune d’entre elles possède ses propres caractéristiques (sols, conformation des terrains, risque sismique…). Ces mêmes mesures de sécurité ne prévoient que des évacuations minimales de population en cas de danger : rayon de 10 km au maximum. Mais que se passerait-il si les rejets radioactifs dépassaient cette zone, comme ce fut le cas à Fukushima? Que se passerait-il si l’accident se prolongeait des semaines, voire des mois, alors que les mesures prévues ne prévoient que des évacuations ponctuelles?

Le caractère restrictif et bureaucratique des mesures de sécurité est détaillé avec une précision impitoyable. Ainsi, les réactions des autorités françaises devant l’insouciance soviétique à Tchernobyl qui n’avaient pas prévu d’enceinte de confinement, est mise en regard de la situation des réacteurs français de première génération (graphite-gaz) qui n’en avaient pas non plus, et qui fonctionnaient encore en 1986 (Chinon, Saint-Laurent, Bugey). En fait, il n’existait pas à l’époque en France de scénario d’accident basé sur une séquence accidentelle avec fusion du cœur. Comme si Saint-Laurent-des-Eaux et Three-Mile-Island n’avaient pas existé !

Encore cet ouvrage n’est-il pas complet puisqu’il précise d’emblée ne pas traiter des questions liées à la sécurité du territoire – en clair : le terrorisme. Pourtant, même dans le domaine circonscrit de la vulnérabilité systémique qui est le sien, ce que ses auteurs dévoilent est saisissant.

Ainsi, les bâtiments qui abritent les génératrices au diesel chargées de prendre la relève en cas de coupure de courant, ne sont pas conçus aux normes sismiques. Les bâtiments de sécurité qui abritent les équipes de gestion de crise non plus. Ces aberrations techniques prêteraient à sourire si elle me témoignaient de l’aveuglement d’un État soucieux de grandeur politique… et de petites économies effectuées sur le dos des gens.

En guise de conclusion: pourvu que ça ne dure pas !

Signalons enfin que Les dossiers noirs du nucléaire français est un livre écrit en langue claire et vivante, sans dramatisation, ni effet de toge, ce qui est une qualité assez rare dans ce domaine hautement technologique et tout autant polémique. Monique Sené et Raymond Sené sont deux physiciens nucléaires qui ont signé l’Appel des 400 en 1975 et contribué à créer cette même année le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’Énergie nucléaire (GSIEN) – Monique Sené en a été la première présidente; Dominique Leglu est directrice de la rédaction de Sciences et Avenir.

Le résultat est un ouvrage solide sur le plan scientifique et lisible par le lecteur sans formation technologique. Toute personne désireuse de savoir quels sont les enjeux de l’énergie nucléaire doit lire cet ouvrage écrit sans passion autre que celle de faire sortir la vérité de l’ombre dans laquelle on a tenté trop longtemps de la contenir. Le fait que ce livre ait pu être publié dans une maison d’édition grand public (les Presses de la Cité) est un signe qui ne trompe pas : la situation évolue en France. Les catastrophes de Tchernobyl et surtout de Fukushima ont servi de « détonateurs » à une prise de conscience tardive, mais bien réelle – les anarchistes parleraient de « propagande par le fait ».

Il n’est que souhaiter que cette évolution se traduise par un démantèlement des centrales ait lieu avant qu’un accident de plus ne se traduise en catastrophe – issue qui est non pas probable, mais inéluctable si le programme nucléaire français perdure assez longtemps. — [1] In Le Courrier des maires, N° 245, avril 2011. Cité page 21. [2] Rapport de Cour des comptes de janvier 1997. Le chiffre avancé était de 60 milliards de francs que nous avons exprimé en euros en utilisant le convertisseur franc-euro de l’INSEE qui mesure l’érosion monétaire due à l’inflation.

Il est vrai que la Cour des comptes prétendait à l’époque que Crey-Malville avait produit de l’énergie à raison de 20 milliards de francs, ce qui ne laissait « que » 40 milliards de francs de trou.

Poster un commentaire

Classé dans en français, Technologies

Et si le nucléaire était encore beaucoup plus mortifère qu’on ne l’imagine ?

Est-ce pour cela que le mensonge et l’omerta accompagnent depuis ses débuts la saga atomique ?

Savons-nous combien de victimes sont dues aux technologies atomiques qu’elles soient civiles ou militaires, depuis le début de leur développement ?

Pierre Péguin, automne 2019.

Qu’est-ce qui nous pousse à un décompte morbide des victimes du nucléaire ?

C’est d’abord l’observation d’une véritable épidémie de cancers, leucémies et autres pathologies depuis les années 70 qui touche tous les âges, et qui paraît même s’aggraver. Demandons-nous comment expliquer ce qui se passe. A notre avis il s’agit essentiellement de la dégradation de notre environnement par deux principaux co-responsables : la chimie (agriculture, nourriture, dans la maison, etc.), et la radioactivité dont on ne le sait pas assez qu’elle touche insidieusement tout le vivant.

C’est aussi l’alarme lancée par certains médias (bien peu nombreux!) en 2003, alarme restée confidentielle. Ainsi le journal belge Le Soir du 12 février 2003 titre: « Morbide bilan nucléaire : soixante millions de morts depuis 1945 ». L’auteur de l’article, Christophe Schoune, ajoute : « C’est une solide dose de poil à gratter que quarante-six scientifiques viennent de glisser dans la boîte aux lettres de diverses institutions internationales, dont la Commission européenne. Le premier rapport du Comité européen sur les risques de l’irradiations CERI (1) remet en cause les normes et méthodes d’évaluation qui ont prévalu jusqu’à présent en matière de radioprotection. Sollicitée et financée par le groupe Verts européens, il y a cinq ans, l’élaboration de cette étude a été coordonnée par le chimiste anglais Chris Busby et a rassemblé une palette d’experts indépendants du monde entier».

La création du CERI reposait sur le fait « qu’il existait suffisamment de preuves démontrant qu’une exposition de faible dose due à des radio-éléments artificiels provoquait des problèmes de santé, et que les modèles conventionnels de la Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CIPR) n’ont aucunement prévu ces effets. »

C’est pourquoi, en 2001, des membres du Parlement Européen ont décidé de soutenir la rédaction du rapport « Etude des effets sanitaires de l’exposition aux faibles doses de radiation ionisante à des fins de radioprotection », Rapport CERI publié en 2003 (1).

Comment les organismes internationaux ont-ils procédé jusque là? Et en quoi il fallait remettre en cause les bases officielles de la radioprotection.

L’UNSCEAR (2) structure chargée de dire la connaissance scientifique officielle du lobby international, et ce, sans contestation possible (!), reprend les résultats recueillis par les américains dans le suivi sanitaire des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki qui ont survécu aux explosions. Les troupes d’occupation avaient pour mission de bloquer toute intervention d’expert indépendant, de façon à contrôler strictement la collecte et la diffusion édulcorée des résultats. Il fallait à tout prix éviter une accusation de crime contre l’humanité et prétendre que ces bombardements étaient indispensables pour mettre un terme à la guerre. En fait d’après des analyses historiques (3), la reddition du Japon a été repoussée pour laisser le temps d’effecteur les bombardements criminels, et montrer ainsi à l’URSS la supériorité des US, c’était le début de la guerre froide.

Cela a permis à la CIPR (4) de préconiser des normes laxistes de protection basées sur le suivi de l’agonie de survivants positionnés à différentes distances du cœur de l’explosion. Outre le fait que le secret a entouré ces observations, et que de plus les structures internationales de sureté nucléaire sont verrouillées sans contrôle démocratique, les experts du CERI ont critiqué la démarche scientifique pour les raisons suivantes.

– Les survivants ont dû être parmi les plus résistants des habitants de ces villes, les plus fragiles (jeunes, femmes enceintes, etc.) étant déjà tués beaucoup plus facilement. La « cohorte » suivie n’est donc pas représentative d’une population moyenne. ,

– Il s’est agi au Japon d’irradiation violente (rayonnement gamma pour l’essentiel), alors que le fonctionnement actuel des réacteurs engendre des quantités importantes de radioéléments dont la contamination interne à petite dose est d’autant plus dangereuse qu’ils peuvent se comporter chimiquement comme des élèments nécessaires à la vie et prendre leur place dans nos organismes ( Césium 137, strontium 90, iode 131, etc. ). Il n’est donc pas possible de donner du crédit à l’extrapolation vers les faibles doses de la relation linéaire liant le nombre de victimes à la dose reçue. L’existence d’un seuil en-dessous duquel l’irradiation serait inoffensive n’est pas crédible non plus, or on trouve encore des textes annonçant qu’au dessous de 100msv il n’y a pas d’effets prouvés !

– La comparaison avec la radioactivité naturelle n’a pas de sens, la radioactivité artificielle est composée d’éléments qui n’existent pas à l’état naturel, éléments qui entrent dans le cycle de la vie et contaminent les organismes vivants.

– Les calculs officiels de prennent pas en compte les graves conséquences de la contamination interne (5). Ils ne tiennent pas compte des autres pathologies provoquées par la radioactivité, ni des effets génétiques transmissibles, ni encore des fausse-couches ou des bébés mort-nés. Ils ont pu ainsi faire l’impasse sur les effets à long terme des contaminations par de faibles doses, et sur les conséquences de transmission génétique d’altérations. Et c’était avant la découverte de l’ADN, en 1953.

– Les fortes doses tuent, les faibles doses agissent à plus long terme, elles abîment les cellules, créent des radicaux libres et provoquent des mutations. Elles tuent aussi, mais à terme.

Le modèle CIPR fait comme si l’irradiation était répartie uniformement sur le corps, pas de distinction entre l’irradiation et la contamination entaînant une concentration de radioactivité localisée sur certains organes.

Quelle est la démarche du CERI ?

En comparaison, la démarche du CERI est justifiée par l’observation de ce qui se passe réellement. Il existe de nombreuses données d’études épidémiologiques étrangères (en France on se garde bien d’en faire, bien sûr) montrant une augmentation de la morbidité et de la mortalité par cancers, associée à des rejets radioactifs : taux de cancers et de leucémies dans des populations vivant à proximité de sites nucléaires ; cas des travailleurs du nucléaire ; corrélation entre l’épidémie de cancers du sein et les essais nucléaires en atmosphère ; ou encore les conséquences des catastrophes (par exemple les enfants leucémiques biélorusses après Tchernobyl).

Et si seuls les cancers et leucémies sont pris en compte par les structures officielles, le CERI a analysé les différentes pathologies supportées par les victimes. Les atteintes générales à la santé, dont on souffre pendant toute sa vie, sont sans doute plus difficiles à quantifier, mais cette difficulté ne signifie pas que les rayonnements n’ont aucun effet sur ces paramètres.

Ont également été pris en compte les données sur l’augmentation des taux de mortalité infantile et d’enfants morts-nés , suite aux retombées globales des essais nucléaires en atmosphère ou aux contaminations des régions touchées par les catastrophes. Là où les données précises manquaient, il a fallu extrapoler à partir d’autres indicateurs. L’évaluation des risques liés à une exposition aux radiations, telle qu’adoptée aujourd’hui par les experts en radioprotection et qui sert de base à la législation européenne en vigueur, est donc grossièrement insuffisante et scientifiquement obsolète.

En savoir plus sur la démarche du CERI,

Le CERI ne se contente pas d’analyser les insuffisances du modèle adopté par les experts officiels pour rendre compte des effets de la radioactivité sur l’homme ; il en propose une approche nouvelle. Il se base sur toutes les données épidémiologiques disponibles et introduit pour le calcul des doses reçues des facteurs de pondération biologiques et biophysiques qui rendent compte des effets au niveau cellulaire pour tous les types d’irradiation et notamment par contamination interne.

Ainsi, les effets d’une contamination par des particules radioactives microscopiques (notamment de plutonium ou d’uranium appauvri) se révèlent 100 à 1’000 fois plus graves que prévu par les instances officielles. De même, l’exposition à certains radio-isotopes artificiels comme le cesium 137, ou encore le strontium 90 l’iode 131, rejetés par l’industrie nucléaire, est largement plus dommageable qu’envisagé à ce jour. Les scientifiques du CERI recommandent en conclusion des valeurs-limites plus sévères pour les doses reçues par le public et les travailleurs du nucléaire et, en conséquence, une réévaluation des exigences légales à l’égard de l’industrie nucléaire.

Quels sont les résultats de cette étude aux conclusions surprenantes ? L’impact total sur la santé humaine jusqu’en 2000 est calculée et comparée avec les données officielles 60 fois plus faibles !

Total des morts par cancers : 61 619 512, (CIPR  : 1 173 606),
Total des cancers : 123 239 024 ,(CIPR : 2 350 000),
Mortalité infantile : 1 600 000, (non prise en compte par la CIPR),
Mort foetale : 1 880 000, (non prise en compte par la CIPR),
Perte de la qualité de vie : 10%, (non prise en compte par la CIPR).

Conséquence « logique » pour ces experts : il importe de réduire la dose maximale de rayonnement admissible à 0,1 millisievert (contre 1 mSv actuellement) pour chaque être humain. « Cela fait quinze ans que je collecte et j’analyse l’impact des radiations à faible dose », commente le biologiste russe Alexey Yablokov, coauteur de l’étude. « Ces données m’ont convaincu que les standards internationaux ont jusqu’à présent reflété davantage les intérêts de l’industrie nucléaire que le souci réel de la santé humaine ».

A chaque problème, à chaque accident ou catastrophe, tout est fait pour que ne soit pas remis en cause le nucléaire, et ce, au mépris de la vie et de la santé des populations (6). Cette maîtrise criminelle de l’information a pu être appelée « Comédie Atomique » (7) ou encore « négationnisme » (3) bien que ce terme soit connoté.

Réaction de l’IRSN Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire(8)

Deux ans plus tard l’IRSN, institut hexagonal, a publié un contre-rapport. Il conteste le mode de calcul retenu par le CERI, souligne des « incohérences » dans son raisonnement et prétend qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause le système actuel de radioprotection. Mais il reconnaît en même temps que « certains composants de ce système pourraient probablement être améliorés en s’intéressant de façon plus explicite et systématique aux incertitudes liées à la détermination de la dose après contamination interne. » Celle-ci désigne les radionucléides inhalés ou ingérés.

Cet aveu est un événement, tant les positions paraissaient intangibles. Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN jusqu’en 2016, a reconnu que «l’impact des contaminations internes aux faibles doses mérite des investigations« , et appelé à des études complémentaires (bonne façon d’enterrer le problème comme d’habitude, car d’après Chris Busby coordinateur du CERI les données recueillies depuis Tchernobyl sont déjà suffisamment claires pour invalider le modèle du lobby et pour fonder la radioprotection sur la biologie plutôt que sur la physique…).

Les malheurs subis par les populations de Biélorussie ne sont pas reconnus par l’IRSN pour qui les pathologies cardio-vasculaires et les troubles du comportement constatés chez les enfants de Biélorussie, les baisses de fertilité qui touchent les adultes pourraient être dues à la peur du nucléaire, la nucléophobie, au tabac et à l’alcool. « Il faut tirer ça au clair sans préjuger du résultat », indique Jacques Repussard. En distillant le doute sur l’origine des problèmes, technique habituelle (10), les nucléocrates en viennent même à refuser les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants. Choix criminel (6) pour sauver le nucléaire.

Cancer et leucémies sont des maladies dont la multiplication est liée à l’ère atomique. Mais la radioactivité engendre bien d’autres pathologies.

Les essais nucléaires entraînent des retombées radioactives et la dispersion de radioéléments sur l’ensemble de la planète, et s’ils ont été terriblement préjudiciables à la santé dans les zones d’essai, tout notre environnement est plus ou moins contaminé, l’ADN de tout le vivant est touché. Quant à la production d’électricité nucléaire, elle fabrique énormément de ces radioéléments artificiels, en relâche en permanence par ses rejets autorisés (iode, tritium, etc.) et surtout par ses accidents et catastrophes.

D’après Michel Fernex (11), « il existe une augmentation statistiquement démontrée du nombre de  leucémies aigües chez les enfants de moins de 5 ans dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires en fonctionnement normal. Celles-ci sont autorisées à rejeter dans l’air et dans l’eau des particules radioactives qui contaminent durablement la région. Ces autorisations sont éthiquement inacceptables ». C’est d’ailleurs dès 1958, qu’Alice Stewart présentait le fait que de très faibles doses de rayonnements ionisants sont cancérigènes pour le fœtus pendant la grossesse.

Les normes « admissibles » fixées par les institutions sous l’influence des lobbies pro-nucléaires ne protègent pas les travailleurs, ni les populations.

EN GUISE DE CONCLUSION

Ne nous faisons pas d’illusions, les organismes officiels de protection contre les rayonnements ont en fait pour rôle de protéger l’industrie de l’atome plutôt que la santé des populations (7). On retrouve finalement ce que Royer (3) a appelé le négationnisme nucléaire. Tout est fait pour cacher la gravité des dégâts de cette technologie qu’elle soit civile ou militaire. L’acharnement du lobby à prétendre que les pathologies liées aux contaminations radioactives sont dues pour l’essentiel à la « nucléophobie » est honteuse, l’obligation à faire vivre les populations dans le « jardin nucléaire » en application du programme Ethos-Core (6), allant jusqu’à supprimer les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants contaminés, est criminelle. Cela montre ce qui nous attend en cas de catastrophe en France ou en Belgique.

Un combat auprès des médias est nécessaire pour que soit enfin révélée la véritable nature du nucléaire, une technologie mortifère au service des puissants de ce monde, qu’il faut arrêter de toute urgence. La désinformation,le mensonge sont la règle du nucléaire héritier de la fabrication de la bombe. Caractéristique logique d’une technologie sophistiquée et dangereuse qui ne peut survivre que par des fonds publics colossaux, devant exclure le citoyen de l’information.

En ont été particulièrement victimes les militaires des essais nucléaires ; les populations d’Algérie, du Pacifique, de Polynésie; les populations des sites de guerre de Bosnie, Kosowo, Irak, Afghanistan ; les Européens occidentaux suite à Winsdcale, en 1957 ; les populations de Biélorussie et d’Ukraine (1986) et du Japon (2011), les populationd voisines des installations nucléaires, et toute la planète du fait des essais nucléaires atmosphériques. Comme les temps de latence sont relativement longs chez les adultes, les effets se sont manifestés avec plus de retard qu’à Tchernobyl où une population enfantine importante a été touchée.

Le système actuel de définition des normes de protection repose sur l’étude de la cohorte des survivants d’Hiroshima-Nagasaki. Il est certain que la tragédie de Tchernobyl a montré, une fois de plus, les limites de ce système. A Hiroshime-Nagasaki les personnes n’ont pas pu subir une contamination interne chronique pour l’excellente raison qu’il n’y a qu’1 kilogramme de matière qui a fissionné. A Tchernobyl on parle en tonnes et de millions de personnes dont l’immense majorité n’ont pas été irradiées mais contaminées.

D’après le CERI le nucléaire est responsable de 61,6 millions de morts par cancers de 1945 à 2000, contre 1,1 million selon les sources officielles, le nombre de cancers est pour sa part évalué à 123,2 millions contre 2,3 et l’étude estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et foetale (3,4 millions).

Et aujourd’hui 20 ans plus tard à combien de victimes serions-nous, 70 millions ? La mortalité infantile, indicateur de la pollution radioactive, augmente dans le monde.

Alors pourquoi s’encombrer d’une telle technologie aussi dangereuse, lourde, coûteuse, alors qu’elle n’assure que 2 % de toute l’énergie consommée dans le monde, ce qui est dérisoire. Qu’est-ce qui pousse l’État et le lobby français à s’entêter dans cette voie contrairement à nos voisins européens ? La « grandeur » de la France est-elle à ce prix, et cette grandeur contribue-t-elle au bien vivre ? Le prétexte climatique n’est-il pas un faux prétexte ? Nous laisserons-nous longtemps manœuvrer par le complexe militaro-techico-politique ?

Il est temps d’exiger l’arrêt du nucléaire en extrème urgence (11).

On trouvera en annexe des compléments relatifs à Tchernobyl, Fukushima et aux pathologies liées à la radioactivité.

En Annexe

Après Tchernobyl

La contamination radioactive due à Tchernobyl est plus dangereuse que celle de Hiroshima et Nagasaki, tant parce que la quantité des radionucléides rejetés par la Catastrophe dans la biosphère est des milliers de fois supérieure, qu’à cause de la nature des radionucléides. En effet l’industrie nucléaire génère des éléments qui n’existent pratiquement pas dans la nature et qui sont métabolisés dans le cycle de la vie tels que le césium 137ou encore le strontium 90, prenant la place du potassium et du calcium dans les organismes vivants. Les conséquences génétiques de la catastrophe de Tchernobyl toucheront pendant des siècles des centaines de millions de personnes, parmi lesquelles:

· celles qui ont subi le premier choc radiologique par les radionucléides de courte période dans le monde entier, en 1986. c’est le cas de l’iode 131 qui provoque de multiples pathologies de la thyroide ;

· celles qui vivent, et vivront dans les territoires contaminés par les catastrophes ou sur les sites de guerre ayant subi les explosions d’obus à tête d’uranium, pendant des milliers d’années;

· les enfants et descendants des géniteurs irradiés et ce pendant des générations (même en vivant loin des territoires contaminés).

Le professeur Youri Bandajevsky a effectué de nombreuses recherches sur les effets de la contamination des enfants des territoires du Bélarus contaminés. Il a établi que les enfants avaient des problèmes cardiaques en fonction de leur teneur en Césium 137,menaçant le pronostic vital, notamment des arythmies, une insuffisance cardiaque (angine) et des crises cardiaques (infarctus) pouvant entraîner la mort. Ces recherches ont d’ailleurs abouti à ce qu’il soit jeté en prison pendant plusieurs années par le Gouvernement biélorusse : il n’a été libéré que suite à une pression massive de l’Union européenne et à la délivrance d’un passeport européen.

Mais l’Institut Belrad, soutenu à bout de bras par ETB (12) continue à fournir aux enfants des cures à base de pectine, et ce malgré l’hositilité du pouvoir Biélorusse encouragé par l’action criminelle du lobby nucléaire français (13) pour qui ces traitements sont inutiles puisque Tchernobyl n’aurait fait que peu de victimes. D’après le programme Ethos/Core (14) il est possible de vivre dans le « jardin nucléaire »…..

Mais si le lobby concède qu’il y aurait pu y avoir quelques milliers de victimes, la compilation de 5000 documents a permis à l’Université de médecine de New-York (15) d’estimer le nombre de décès attribuables aux retombées de l’accident de Tchernobyl, entre 1986 et 2004 à un million, dans le monde entier.

Après Fukushima La catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi a été évaluée au niveau 7 comme Tchernobyl, niveau utilisé pour décrire un « rejet majeur de matières radioactives avec des effets considérables sur la santé générale et l’environnement qui nécessite la mise en œuvre de contre-mesures planifiées et étendues ».

Environ 32 millions de personnes au Japon, soit un quart de la population du pays, ont été affectées par la radioactivité émise par l’accident nucléaire de Fukushima, selon un nouveau rapport de Green Cross, montrant une nouvelle fois le risque inconsidéré de l’énergie nucléaire. Le comité ECRR a décidé de publier la présentation de Bandajevsky, lors de la conférence de 2009 à Lesbos, au sujet des populations vivant dans les territoires contaminés de Fukushima (16).

Il reste que cette catastrophe diffère de celle de Tchernobyl en ce que la fusion des cœurs, constituant le corium, font que la catastrophe perdure sans contrôle possible de leur évolution.

Les pathologies engendrées par la radioactivité outre cancer et leucémies,

Passons les en revue même si c’est rébarbatif. Elles sont multiples et s’il faut en retenir quelque chose, c’est qu’au delà de l’épidémie de cancers et de leucémies, les contaminations radioactives entraînent de toutes façons une altération du système immunitaire fragilisant la résistances aux agressions sanitaires et un vieillissement prématuré, au point que les enfants de Biélorussie contaminés ont des pathologies de vieux !

Mais retenir aussi que les altérations subies sont transmissibles aux descendances. Les enfants de « liquidateurs » survivants ou de « vétérans » nés après coup et loin des zones contaminées en subissent les conséquences. Quant aux jeunes filles touchées par Fukushima, elles savent qu’elles auront de mal à se marier.

Cela commence par un affaiblissement général de l’état de santé lié à la détérioration de l’ADN des cellules, se produisant dès les faibles doses dues à l’exposition aux retombées radioactives des bombes atomiques (2400 ont explosé à titre d’essais !), et à celles des catastrophes nucléaires. Il faut y ajouter les contaminations par les rejets autorisés en fonctionnement « normal » des centrales et des centres nucléaires tels que la Hague, Sellafield, Cadarache. Cet affaiblissement peut conduire non seulement à un vieillissement précoce, mais à diverses maladies : système cardiovasculaire, glandulaire tel que thyroïde ce qui entraîne pathologies et retards mentaux, affections neurologique, du foie, du pancréas, des reins, d’où diabète, stérilité, etc.

Ces données ne résument pas tous les problèmes dont souffrent les personnes irradiés on contaninées. Il reste les maladies liées à l’atteinte du système immunitaire, le “Sida de Tchernobyl”, les maladies auto-immunes, les hypothyroïdies, les diabètes sucrés type I et type II, et d’autres maladies endocriniennes, y compris la stérilité, des maladies digestives, gastrites et ulcères duodénaux, le retard pour la cicatrisation des plaies ou pour la réparation des fractures .

La majorité de ces maladies touchent davantage les jeunes. Mais aussi, pour tous, après un temps de latence de quelques années, on constate des atteintes du système nerveux central, troubles neuro-psychiques, états dépressifs fréquents pouvant conduire au suicide, schizophrénie cinq fois plus fréquente chez les irradiés ou contaminés que dans la population non irradiée et non contaminée. Également difficultés à penser, perte de mémoire, fatigue intense et persistante (syndrome de fatigue chronique), impuissance sexuelle, douleurs neuro-musculaires et articulaires.

Les mêmes effets ont été reconnus chez les vétérans des guerres où des soldats ont été exposés aux aérosols des explosions d’obus à tête d’uranium (dit uranium appauvri) notamment en Serbie. On peut retrouver ces symptômes chez des militaires qui ont participé aux essais nucléaires.

Mais pour le lobby c’est simple, « circulez il n’y a rien à voir », cela est dû à la peur du nucléaire, la nucléophobie qui provoque ces dommages. C’est donc simplement psychologique, et si votre gamin est malade c’est parce qu’il est sensible à votre stress, ou si dans les hopitaux d’Irak les naissances de monstres affreux se multiplient, c’est encore la faute des parents et non de la pollution par les poussières d’uranium…..

Pour en savoir plus, consulter (17).

A propos des faibles doses de contamination, (d’après Michel Fernex (18), à Biederthal, le 15 septembre 2015).  

Dès 1958, Alice Stewart (qui fut la première présidente du CERI à sa création) porte à la connaissance de la communauté scientifique et du public le fait que de très faibles doses de rayonnements ionisants sont cancérigènes pour le fœtus pendant la grossesse. On découvre une augmentation de l’incidence des cancers et notamment des leucémies aiguës des enfants étant nés ou habitant autour des centrales nucléaires.

Autour de la centrale atomique de Krümmel en Allemagne, l’incidence des leucémies de l’enfant a nettement augmenté 5 ans après la mise en route de la centrale en 1983. Une pétition avec 10’000 signatures de citoyens inquiets a demandé une enquête et une étude épidémiologique de grande envergure a été initiée. Les chercheurs ont étudié l’incidence des leucémies autour de 16 centrales atomiques allemandes. Cette étude finalement publiée en 2007 montre que ces centrales, situées dans des environnements très différents, s’accompagnent d’une augmentation statistiquement significative du nombre de leucémies aigües chez le jeune enfant (moins de 5 ans) dans un rayon de 5 km autour des centrales.

Les sites de retraitement des déchets nucléaires sont source d’une augmentation des leucémies aigües et d’autres cancers dans un bien plus vaste territoire qu’autour des centrales atomiques. C’est le cas du site de Sellafield en Grande Bretagne. L’augmentation des leucémies aigües autour du site de retraitement de La Hague en France a été démontrée par le professeur Jean-François Viel, qui a été sanctionné pour cette révélation.

Qu’en est-il de la descendance d’adultes ayant été irradiés. D’après les études du Pr Goncharova (19)sur des rongeurs et des poissons, il n’y a pas d’adaptation génétique à l’effet mutagène des rayonnements: la fréquence des mutations continue à croître dans les générations successives au delà de la 10ème génération.

Michel Fernex a fait état d’observations sur un insecte , le « papillon bleu », dont les malformations présentes sur la 1ere génération irradiée, augmentent sur les générations suivantes au point qu’à la 10ième plus de la moitié des papillons sont touchés…

Et voila pourquoi les enfants et petits enfants des vétérans ou des liquidateurs de Tchernobyl sont touchés, comme le sont les descendants des populations contaminées… (voir les naissances monstrueuses dans les hopitaux irakiens des zones de guerre contaminées par les obus à terre d’uranium).

(1) CERI (Comité Européen sur le risque de l’irradiation, créé en 1997 à l’initative d’Alice Stewart) Recommandations 2003 du CERI, traduit par Françoise Dupont et Paul Lannoye, disponible en librairie, ed Frison-Roche, 2004.

(2) UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955) C’est l’instance de l’ONU qui «  dit la science », qui en a le monopole sans contestation possible. Ses membres sont nommés par les Etats, ils sont choisis évidemment pour porter la parole officielle et neutraliser toute remise en cause (par exemple nier l’effet des contaminations par de faibles doses).

(3)  Le monde comme projet Manhattan , Jean-Marc Royer, ed le passager clandestin, 2017

CIPR  La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, en anglais International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant la mesure de l’exposition aux rayonnements ionisants et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations. Issue de la création en 1928 du Comité international de protection contre les rayons X et le radium, elle est formellement fondée sous son actuelle appellation en 1950. Toujours de jure une association-fille de la Société internationale de radiologie, son domaine d’intérêt ne se limite plus à la protection dans le secteur médical : ses travaux englobent aujourd’hui l’ensemble des aspects de la protection contre les radiations (ou radioprotection), par exemple la sécurité des travailleurs du nucléaire ou la protection de la population. Désormais, la CIPR émet également des recommandations dans le domaine de la radiopharmaceutique. Elle fonde ses préconisations sur la base des indications fournies par l’UNSCAER.

(5) Irradiation ou contamination. Il convient de bien faire la différence entre l’irradiation, rayonnement que le corps reçoit de l’extérieur, et la contamination qui concerne l’ingestion ou l’absorption par l’air, l’eau, la nourriture, les blessures, de radioélements qui en se désintégrant détruisent ou modifient les cellules voisines.

(6) Vivre dans « le jardin nucléaire » avec Ethos, un crime contre l’humanité, Pierre Péguin 2016 https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un-crime-contre-lhumanite/, ou http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/11/07/Vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-Ethos-un-crime-contre-l-humanite,

(7« La Comédie Atomique », Yves Lenoir, ed La découverte, 2016

(8) IRSN: L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) C’ est l’expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques. Ne comptons pas trop sur ce comité de l’IRSN pour reélement nous protéger même si des associations y participent voire s’y compromettent (l’ACRO, France Nature Environnement, Ligue nationale contre le cancer).

(9) <La science asservie>, Annie Thébaud-Mony, ed La découverte, 2014. Comment les lobbies instaurent la « stratégie du doute » pour nier les risques industriels (amiante, plomb, nucléaire, pesticides, etc.) et leurs conséquences.

(10) Chernobyl : Consequences of the catastrophe for people and the environment, Alexey Yablokov (Vassili Nesterenko et Alexey Nesterenko, publication de l’Académie des sciences de New York (NYAS), Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1181, Wiley-Blackwell, avril 2010) fait état d’un nombre de décès attribuables aux retombées de l’accident de Tchernobyl, entre 1986 et 2004 de 985.000, dans le monde entier.

(11)L’Arrêt immédiat du nucléaire est techniquement possible à l’échelle européenne par Élisabeth Brenière et François Vallet. Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/2019/Arret_immediat_Europe.pdf,

(12) ETB (Enfants Tchernobyl Bélarus, site http://enfants-tchernobyl-belarus.org

(13) Le CEPN, Centre d’Étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, représente le lobby nucléaire français il rassemble : EDF, AREVA, CEA, l’IRSN ! Les membres de ces structures sont tous issus du même moule, cooptés ou nommés hors de tout processus démocratique, ils sont interchangeables. Ainsi Jacques Lochard fut directeur du CEPN et vice président de la CIPR.… Et c’est le CEPN qui a obtenu de l’Europe un financement pour développer les programmes Ethos et Core en Biélorussie destinés à convaincre les populations de vivre en zones contaminées par Tchernobyl, avec tous les risques que cela comporte, programmes que le CEPN applique maintenant à Fukushima. C’est un véritable crime contre l’humanité.

(14) De la pectine de pommesà Ethos et au crime contre l’humanité ! Par Annie et Pierre Péguin natureetprogres.org/wp-content/uploads/articles/article80.pdf Les enfants particulièrement touchés par les catastrophes nucléaires, peuvent être soulagés par des cures de pectine, mais….. cela pourrait porter atteinte à l’image du nucléaire….

(15) Tchernobyl : Publication de l’Académie des sciences de New York (NYAS), Chernobyl : Consequences of the catastrophe for people and the environment, Alexey Yablokov (Vassili Nesterenko et Alexey Nesterenko. Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1181, Wiley-Blackwell, avril 2010).

(16) Bandajevsky, Actes de la 3e Conférence internationale du Comité européen sur le risque de rayonnement, Lesbos Grèce, 5-9 mai 2009.

(17) Monique Sené, risques liés à une exposition aux radiations ionisantes autres que le cancer, Physicienne nucléaire. Directrice de la Gazette nucléaire.

(18) Michel Fernex, professeur émérite de la faculté de médecine de l’université de Bâle. Biederthal, 15 septembre 2015 Excès de mortalité par leucémies aigües chez les enfants autour des centrales nucléaires en état de marche normal.

(19 Pr Goncharova, avril 1997, colloque organisé à Genève par le centre universitaire d’écologie humaines et des sciences de l’environnement et publié dans les actes du colloque (avril 1998) « Ecologie humaine après Tchernobyl –Minsk ».

Poster un commentaire

Classé dans Actions et Politiques, Catastrophes, en français, Uncategorized