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Yves Cochet, Devant l’effondrement, Essai de collapsologie

Yves Cochet, Devant l’effondrement, Essai de collapsologie, Editions Les liens qui libèrent, 2019, 252 pages.

 

Recension par Ivo Rens, juillet 2020.

 

C’est probablement le Rapport Meadows sur Les limites à la croissance, (1) paru en 1972, qui a relancé le thème ainsi que la conjecture de l’effondrement de notre système économique et même écologique. La notion d’effondrement, collapse en anglais, a donné naissance au terme de “collapsologie” qui apparaît, en français, en 2015, dans l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, d’ailleurs muni d’une postface par Yves Cochet. (2)

La fin du monde est un thème ancien puisqu’il remonte en tout cas aux apocalypses juives et chrétiennes. Depuis la révolution industrielle et la sécularisation de l’idée de progrès indéfini de l’espèce humaine, cette conjecture a été occultée dans les médias, mais elle n’en a pas moins préoccupé certains auteurs modernes ou contemporains, comme le signalent les écrits que nous lui avons consacrés dans les années 1970. (3)

 

Avant de publier Devant l’effondrement, Yves Cochet avait déjà abordé certains aspects de cette problématique comme le donnent à penser les titres de trois de ses ouvrages, Sauver la Terre, paru en 2003, Pétrole apocalypse, paru en 2005 et Où va le monde ? 2012-2022 : une décennie au-devant des catastrophes, publié avec Susan George, Jean-Pierre Dupuy et Serge Latouche en 2012.

Le dernier ouvrage d’Yves Cochet se divise en quatre parties bien distinctes intitulées respectivement “Avant l’effondrement”, “Le scénario central”, “Après l’effondrement” et “Le déni de l’effondrement aujourd’hui”.

Avant de retracer l’argumentation de notre auteur, ancien dirigeant écologiste français et ancien ministre de l’environnement, disons encore quelques mots sur ses références. Ce sont celles d’un intellectuel ayant une formation scientifique, puisqu’il est docteur en mathématiques, et une vision du monde qui doit beaucoup à deux penseurs bien différents, le philosophe ultra-pessimiste Günther Anders (4) et l’économiste dissident Nicholas Georgescu-Roegen (5), mathématicien comme lui. Ce qui frappe dans les différents thèmes qu’il aborde c’est l’ampleur de sa documentation tant en anglais qu’en français.

 

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La première partie de l’ouvrage est subdivisée en quatre chapitres intitulés respectivement 1 De quoi parle-t-on ? 2 Comment sommes-nous arrivés au bord de l’effondrement ? 3 Y a-t-il une bonne économie pour la planète et pour l’humanité ? 4 Les prémisses : la crise de 2008.

Dans son premier chapitre, l’auteur pose les fondements épistémologiques de son discours. L’auteur y présente le concept de transition de phase (6) que les écologues ont transposé de la physique aux écosystèmes pour expliciter le caractère critique de ces passages d’un état à l’autre ainsi que le concept de l’interaction spéculaire (7) proposé par René Girard et Jean-Louis Vullierme pour rendre compte de la dynamique fallacieuse des représentations que les hommes se font de leur situation historique. Il y esquisse aussi une interprétation thermodynamique de l’économie et une justification de la pertinence de l’application à l’histoire économique de la courbe en cloche formalisée vers 1840 par le mathématicien belge Pierre-François Verhulst. L’effondrement des sociétés humaines apparaissant probable, il s’interroge sur son déroulement, lent et catabolique ou rapide et catastrophique et se prononce pour la seconde option dans les termes qui suivent : “Mon hypothèse est que la vitesse de l’effondrement est une fonction de l’intégration, du couplage, de la connectivité. Selon cette hypothèse, l’effondrement de la société mondialisée est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030, à quelques années près.”

 

Le deuxième chapitre retrace les raisons qui condamnent l’humanité à la catastrophe. Depuis l’avènement des sociétés industrielles que Yves Cochet fait remonter au XVIIIe siècle – ce qui est historiquement contestable car elles ne se sont imposées à l’échelle mondiale qu’aux XIXe et XXe siècles – elles se sont toutes réclamées du productivisme, qu’elles fussent libérales ou marxistes. Or, vu le caractère limité des matières premières nécessaires aux sociétés industrielles, il est évident que “l’extension planétaire du mode de vie occidental est tout simplement impossible”. Et ce, d’autant plus que le productivisme qui domine nos sociétés industrielles a entraîné une dégradation dramatique de notre environnement naturel qu’attestent l’altération de la biodiversité et le changement climatique en cours, “au point que le maintien de la vie humaine sur terre n’est plus garanti à la fin du présent siècle.” Dans ces conditions, Yves Cochet ne pouvait qu’être favorable à l’idée de décroissance mais il observe que les “objecteurs de croissance” éludent trop souvent la question démographique qui est une question taboue en France, mais aussi au niveau international. Il parle certes de surpopulation, mais il aurait pu donner, nous semble-t-il des arguments autrement convaincants en faisant parler les chiffres en mathématicien qu’il est. Peut-être la raison de cette retenue réside-t-elle dans l’idée que l’auteur se fait de l’effondrement à venir. Pour lui, cette catastrophe entraînera une réduction drastique de la population humaine, mais dans des proportions, somme toute, limitées. “La vision du futur qui inspire ce livre est celle-ci : une évolution discontinuiste couplée à un modèle décroissant. Autrement dit, l’effondrement à venir s’accompagnera nécessairement d’une décroissance des niveaux de production et de consommation. Mais plus cette décroissance sera choisie, moins l’effondrement sera épouvantable. La décroissance est la politique de l’effondrement.” En somme, il estime possible d’accompagner et de modérer sinon de gérer l’effondrement !

 

Le troisième chapitre, consacré à l’économie se veut une boussole économique pour un monde nouveau dont l’auteur postule l’existence après l’effondrement qui vient. Il commence par une remise en cause de l’économie néoclassique, encore dominante, qui est tributaire d’un modèle mécaniste périmé car ses postulats sont antérieurs à la thermodynamique et à la science écologique. Parmi les dissidents de la science économique, le premier qu’il cite est Nicholas Georgescu-Roegen, mais il s’attarde à examiner ses apports au travers de deux de ses disciples hétérodoxes, Herman Daly et Charles A.S. Hall, et particulièrement au travers de ce dernier. De ce fait, il se concentre sur les problèmes énergétiques à l’échelle de la planète et tend à sous-estimer les problèmes des autres ressources matérielles qui, chez Georgescu-Roegen sont tout aussi importants quant à leur accessibilité et à leur dissipation.  Toutefois, pour Herman Daly, Charles S.A. Hall et Yves Cochet, “l’économie est un sous-système enchassé (embedded) dans le système primaire fini et non croissant de la planète Terre”, ce qui est bien un des fondements de la pensée de Georgescu-Roegen.

Yves Cochet se fonde sur les analyses de ce dernier et de René Passet pour opter résolument en faveur de la décroissance. Mais il omet totalement de développer le rôle clé que joue l’entropie dans la conception bioéconomique de Georges-Roegen qui seule rend compte de la flèche du temps et de l’impossibilité de prédire l’avenir.

 

Le quatrième chapitre consacrée aux prémices de l’effondrement : la crise de 2008. Yves Cochet attribue la cause première de cette crise à la hausse du cours du baril de pétrole à New York.  Viennent ensuite aux Etats-Unis, les défauts de remboursement des ménages, les défauts de remboursements des banques, la titrisation des emprunts immobiliers, l’immense dette des EEUU. Pourtant, c’est dans ce chapitre que l’auteur rend justice aux matières premières autres que le pétrole dont dépendent nos sociétés industrielles. Ces métaux et métalloïdes, extraits le plus souvent dans des mines, sont absolument nécessaires aux sociétés industrielles. “Les profils temporels de production des grandes mines du monde ressemblent à la courbe en cloche de la production de pétrole : cela croît pendant un certain temps jusqu’à atteindre un maximum, avant de décroître inexorablement.”

 

 

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La deuxième partie de l’ouvrage, intitulé “La fin du monde tel que nous le connaissons”, qui porte sur l’effondrement et ses suites, est de loin la partie de l’ouvrage où l’auteur prend le plus de risques car il conjecture un effondrement mondial dramatique prochain et inévitable, dont les causes sont plurielles, qui peut donc s’amorcer dans des circonstances fort diverses et donner lieu à des scénarios multiples et dissemblables. Pour lui, il s’agit d’un événement sans précédent pour l’espèce humaine, qui pourrait d’ailleurs aboutir à sa disparition, mais dont un seul événement du passé peut donner une idée, à savoir la survenue de la peste noire en Europe en 1348 qui réduisit en cinq ans d’un tiers la population européenne.

Nous nous proposons de citer ci-après de larges passages de ce chapitre afin d’éviter autant que faire se peut de mésinterpréter ses conjectures.

“La période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), et le début d’une renaissance (2040-2050). (8)

 

Mais, comment expliquer que rien ne puisse prévenir pareil désastre ? “Paradoxalement, alors que l’effondrement se compose d’événements qui sont tous d’origine anthropique, les humains, quelle que soit leur situation de pouvoir, ne peuvent plus modifier que marginalement la trajectoire fatale qui y conduit. En effet, au-delà de la profonde perturbation de la dynamique des grands cycles naturels du système Terre, une autre cause parallèle, purement psychologique, renforce cette avancée vers l’effondrement. Il s’agit du système de croyances actuellement prédominant dans le monde : le modèle libéral-productiviste. Cette idéologie est si prégnante, si invasive, qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parvient à le remplacer tant que ne s’est pas produit l’événement exceptionnel de l’effondrement imminent, dû au triple crunch énergétique, climatique et alimentaire.” (9)

 

Pour Yves Cochet, les scénarios de l’effondrement sont légion : Ce pourrait être “une tension internationale aboutissant à l’utilisation d’armes nucléaires, rayant de la carte plusieurs grandes villes du monde, tandis qu’un nuage de poussières et de cendres envahira l’atmosphère pendant des années et que l’amincissement de la couche d’ozone conduira les humains à être brûlés par les UV, la diminution du flux solaire ayant en parallèle un impact catastrophique sur les cultures.”  Ce pourrait être aussi “une souche virulente aussi mortelle qu’Ebola et aussi contagieuse que la grippe” se propageant rapidement au monde entier sans qu’une réponse sanitaire puisse lui être opposée. Ce pourrait être encore “le franchissement d’un seuil de raréfaction des pollinisateurs sous l’effet conjoint de la transformation des habitats, de l’excès de pesticides et de la prolifération d’espèces invasives” qui ferait “chuter brusquement la production agricole, provoquant des famines massives”. On pourrait concevoir que l’amorce en soit “le déclin accéléré de l’approvisionnement en pétrole après le passage du Pic Hubbert”(10) mondial provoquant “une panique sur les marchés des matières premières et une pénurie de carburants, dont les conséquences se diffuseraient bientôt aux autres volets cruciaux de l’économie mondiale : la fourniture d’électricité, les communications, les transports, l’eau courante et les services régaliens des Etats.” Ce pourrait être aussi “un nouveau choc systémique global de très grande ampleur au sein du système bancaire, monétaire et de crédits” qui prolongerait “ses effets dans les chaînes de production mondiale de biens et de services, par contagion croisée intensifiante entre le système financier et les réseaux de production et de commerce”. Ce pourrait être encore “un relargage massif et brusque de méthane dans l’atmosphère dû à la fonte des pergélisols arctiques et sibériens ou à la libération des hydrates de méthane sous-marins, au point que la température moyenne de la Terre augmentera de plus de 1 °C en quelques années”. L’effondrement pourrait être causé par “l’explosion d’une bombe thermonucléaire à haute altitude au-dessus de territoires cruciaux comme les Etats-Unis d’Amérique ou de l’Europe” qui créerait “une impulsion électromagnétique capable de paralyser toute l’alimentation électrique du continent pendant plusieurs mois”. Ou bien, “le basculement dans la mer d’Amundsen des glaciers de Pine Island”, en Antarctique, entraînant ”une montée du niveau de la mer de 3 mètres, submergeant toutes les villes côtières de la planète”. Ou encore, “le brusque arrêt du Gulf Stream marquant la fin de l’Europe tempérée”. Ou enfin, “la déforestation rapide pour pallier le manque d’énergies fossiles en déplétion accélérée” antraînant “la chute de la civilisation occidentale par pénurie de bois.” (11) Pour l’auteur, cette liste n’est d’ailleurs nullement exhaustive !

 

Une fois amorcé l’effondrement se traduira en d’innombrables troubles. “Hélas, il est à craindre que les trois raisons majeures qui, historiquement, ont fait baisser le nombre d’humains se combineront pendant ce sombre futur : les guerres, les épidémies et les famines”. (12) Et voici ce que Yves Cochet conjecture quant à l’effet de l’effondrement sur les populations humaines : “Notre hypothèse est que moins de la moitié de ces populations survivra, soit environ trois milliards d’êtres humains sur terre et une trentaine de millions sur le territoire actuel de la France”. (13) On comprend que l’auteur avoue avoir rédigé cet ouvrage d’une main tremblante ! (14) Dans cet ouvrage, l’auteur parle beaucoup de la mort d’innombrables humains, il traite aussi du traumatisme des survivants mais, sauf erreur, il n’évoque jamais les indicibles souffrances des uns et des autres non plus que celles des animaux.

 

Après une période de chaos, pendant laquelle les restes de l’ancien monde, ses Etats et ses institutions internationales, auront disparu, la société s’organisera en biorégions politiques qui ne seront pas nécessairement isolées ni indépendantes les unes des autres, un peu à l’image peut-être de ce que furent les cités-Etats germaniques ou italiennes du XVIIIe siècle.

Le territoire actuel de la France métropolitaine sera divisé en lieux sûrs, les biorégions, et en zones abandonnées – nous y reviendrons. Chaque biorégion constituera un micro-Etat simple muni d’une assemblée et d’un gouvernement, lequel détiendra le monopole de la violence physique légitime. (15)

“Si l’effondrement systémique mondial imminent n’entraîne pas la disparition de l’espèce humaine, les habitants de la France dans la seconde moitié du XXIe siècle pourraient bénéficier de trois sources principales d’énergies renouvelables thermiques, produites localement : le bois de chauffage, le charbon de bois et le biogaz.” (16) La consommation sera régulée par un rationnement généralisé. L’alimentation sera plus végétale, plus locale et plus saisonnière. La mobilité sera tributaire de la marche à pied, de la bicyclette, de la traction animale, de la voile et des embarcations à rames. Il est possible qu’on restaure un système de voies ferrées avec des locomotives rudimentaires à vapeur, alimentées au charbon de bois ainsi que des trains de draisines à pédalier et/ou à voile. Dans ces sociétés du futur, il n’y aura pas de production d’électricité et donc pas d’appareillages électriques. L’auteur semble admettre que la production de bicyclette n’est guère envisageable dans pareil environnement. Il préconise donc d’“anticiper dès aujourd’hui la fabrication massive de bicyclettes afin d’en disposer en abondance en 2050” ! (17)

En revanche, le sort des centrales nucléaires vouées à l’abandon posera un problème dont l’auteur ne donne pas la solution. “Il se pourrait… que, lors de la débâcle des services, la sécurité et la sûreté des 450 réacteurs nucléaires existants dans le monde – dont 58 en France aujourd’hui – deviennent défaillantes par manque de personnel.” (18) C’est là un legs empoisonné aux générations futures qui devront bien le gérer. Il semble que les emplacements de ces centrales constitueront quelques-unes des zones abandonnées mentionnées par l’auteur aux côtés des biorégions.

 

L’apparition de cette utopie écologiste au terme de l’apocalypse laisse rêveur. Comment penser que les drames inouïs endurés par les humains pendant l’effondrement ne les aura pas gravement traumatisés et rendus asociaux et encore plus violents plutôt que de les avoir purgés de leurs passions pour la puissance, la domination et la compétition ?

 

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La fin du livre d’Yves Cochet nous semble d’intérêt très inégal. La troisième partie intitulée “Après l’effondrement” est un peu en porte-à-faux parce que l’auteur n’écrit pas après l’effondrement mais bien avant. La quatrième partie intitulée “Le déni de l’effondrement aujourd’hui” est autrement passionnant ainsi d’ailleurs que le chapitre intitulé “Quelques controverses” qui lui est lié.

L’auteur évoque les “cris d’alarme” lancés ces derniers temps par des personnalités scientifiques, les “marches pour le climat” organisées dans de nombreux pays par des jeunes qui s’inquiètent du monde dont ils vont hériter et qui réclament diverses actions de l’Etat ou des Etats, en croyant encore pouvoir éviter l’effondrement global.

A ces initiatives alarmistes, respectables certes, mais désuètes, il oppose les prises de positions catastrophistes de plusieurs auteurs, dans le nouveau cadre “anthropocénique”, (19) ainsi que leurs premières propositions ou tentatives d’action. Lui-même se présente comme catastrophiste en précisant bien qu’il ne peut pas prouver l’imminence de la catastrophe, mais seulement son extrême probabilité. “Il existe – écrit-il – une rupture ontologique, épistémologique et politique entre un scénario alarmiste quelconque et un scénario catastrophiste.” (20)

S’inspirant de Günther Anders, Yves Cochet écrit : “l’effondrement global ne peut être saisi dans toute son ampleur ni affronté proportionnellement, parce que son immensité dépasse les capacités cognitives de l’esprit humain. Il s’agit d’un phénomène supraliminaire, supérieur à tout ce que le processus d’hominisation a connu depuis un million d’années.” (21)

Parmi les catastrophistes, c’est dans la mouvance des tenants de l’anthropocène qu’il trouve les discours et les comportements les plus prometteurs. Rappelons que le terme d’anthropocène vient d’un article des géologues Paul Crutzen et F. Stoermer datant de 2000. (22) Selon ces auteurs, depuis que l’impact de l’espèce humaine sur le système Terre revêt une dimension géologique mesurable, il sied de ne plus parler d’holocène mais bien d’anthropocène. Certes, la date à laquelle l’anthropocène a succédé à l’holocène fait débat mais, pour Yves Cochet, qu’on choisisse le milieu du XIXe ou celui du XXe siècle, elle signale le triomphe de l’industrialisation du monde. Et de citer un article signé par le spécialiste américain du changement climatique Will Steffen qui, parlant de l’origine historique de l’anthropocène écrit : “C’est une défaillance politique, un choix opéré pendant le XIXe siècle européen : le choix du feu.” (23)

Face aux prévisions catastrophistes, Yves Cochet dénonce l’indifférence et l’immobilisme des sciences humaines et sociales (SHS) et particulièrement de la science politique. “Toutes les SHS sont « humanistes », au sens où l’anthropocentrisme est la valeur suprême : Ni les non-humains ni les écosystèmes ou l’écosphère ne sont pris en compte pour eux-mêmes ou en relation partenariale avec les humains.” (24)

Certes, parmi les catastrophistes même acquis à la notion d’anthropocène, certains mettent leurs espoirs dans des procédés technologiques de très grande ampleur relevant de ce que l’on appelle la géo-ingénierie. “Le dérèglement climatique devenant de plus en plus sensible et terrible, il est probable que ce seront les populations elles-mêmes qui réclameront la mise en œuvre des technologies globales de géo-ingénierie, en une sorte de dernier recours pour retrouver des situations météorologiques moins extrêmes. Un élan vers le pire.” (25)

Le catastrophisme d’Yves Cochet qui postule un effondrement possible dès 2020 et certain avant 2030 a comme première conséquence éthique de l’amener “à tout faire pour minimiser le nombre de morts. J’insiste : s’il m’était donné d’influencer les comportements afin que le nombre de morts des années 2020 soit de 49% de la population mondiale plutôt que de 50%, je serais en droit d’être fier.” (25)

Mais, dans l’ordre politique, son action s’oriente vers la promotion d’actions locales visant à permettre la survie du plus grand nombre possible dans les biorégions à venir.

Hormis cela, elle consiste aussi à propager sa vision, certes assez terrifiante, de l’avenir ce qu’il fait notamment au moyen de l’Institut Momentum fondée en 2011 par Agnès Sinaï, une spécialiste de la décroissance, et qu’il préside actuellement.

 

Que dire de pareil catastrophisme sinon que, paradoxalement, il est relativement optimiste puisqu’il conjecture une renaissance de l’humanité dans quelques décennies ?

Toutefois, l’auteur passe comme chats sur braises sur le problème du devenir des centrales nucléaires et des déchets radioactifs dont la dangerosité est malheureusement fort durable. Et puis, dans la mesure où son rêve austère de microrégions désindustrialisées est tributaire de bicyclettes importées de notre monde industriel, il nous paraît, sur ce point en tout cas, peu conséquent et peu crédible.

 

 

(1) Meadows, Donella H., Meadows, Dennis L., Randers, Jørgen, Behrens, William W., III, The Limits to Growth: A Report for the Club of Rome’s Project on the Predicament of Mankind, A Potomac Associates Book, 1972. Traduction française par Janine Delaunay, Halte à la croissance, Les limites à la croissance, Collection Ecologie Fayard, Paris 1972.

 

 

(2) Pablo Servigne et Rapahaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Editions du Seuil, Collection Anthropocène, 299 pages. Ce livre, comme celui d’Yves Cochet, est marqué par l’ouvrage de Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

 

(3)  Ivo Rens et Jacques Grinevald, “Réflexions sur le catastrophisme actuel, en Pour une histoire qualitative”, Etudes offertes à Sven Stelling Michaud, Presses universitaires romandes, Genève, 1975, p. 283 à 321.

Ivo Rens, “Remarques sur la clôture du temps dans le monachisme médiéval et dans le mouvement écologique contemporain”, Rapport présenté au Xème Congrès mondial de l’Association internationale de science politique à Edimbourg en août 1976, Res Publica , Bruxelles, 1977, p.135 à 146.

 

 

(4) Gunther Anders, est notamment l’auteur de Hiroshima ist überall, 1995, Hiroshima est partout, Le Seuil, Paris, 2008 et Die Antiquiertheit des Menschen, Band 1, 1956, Band 2, 1980, L’Obsolescence de l’homme, t. 1 : Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, trad. Christophe David, Paris, éditions Ivrea et éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2002, t. 2. L’Obsolescence de l’homme, t. 2 : Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, trad. Christophe David, Paris, Éditions Fario, 2011.

 

(5) Nicholas Georgescu-Roegen est notamment l’auteur de The Entropy Law and the Economic Process, Harvard University Press, Cambridge, Massachussetts, 1974 et de Demain la décroissance, Entropie, Ecologie, Economie, Editions Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1979.

 

(6) Comme celles du passage de l’eau de l’état liquide à l’état solide ou à l’état gazeux.

 

(7) Pour ces auteurs, les rapports sociaux ont une dimension intersubjective, fondée sur la spécularité des relations avec l’autre. Le terme spéculaire vient du latin spécularis qui signifie “en miroir”.

 

(8) Yves Cochet, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, 2019, p.115.

 

 

(9) Ibidem, p.116.

 

(10)  Marion King Hubbert a été le premier géologue à formaliser en 1956 une théorie du pic pétrolier en se focalisant sur la production américaine. Ici, il s’agit du pic de la production mondiale sur une courbe en cloche.

 

 

(11) Yves Cochet, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, 2019, p. 125.

 

(12) Ibidem, p. 122.

 

(13) Ibidem, pp. 125,6.

 

(14) Ibidem, p.120.

 

(15) Ibidem, p. 127.

 

(16) Ibidem, p. 130.

 

(17) Ibidem, p. 143.

 

(18) Ibidem, p. 134.

 

(19) Will Steffen et al., Global Change and the Earth System, 2003; Antony D. Barnosky, Elizabeth Hadly et al. “Approaching a state shift in Earth’s Biosphere”, Nature, June 7, 2012; Wille Steffen, Katherine Richardson, Johan Rockström et al. “Planetary Boundries: Guiding Human Development on a Changing Planet”, Science, February 13, 2015, Clive Hamilton, “The Anthropocene as Rupture” The Anthropocene Review, February 22, 2016.

 

(20) Ibidem, p. 200.

 

(21)  Ibidem, p. 198.

 

(22)  Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer,  “The “Anthropocene” , p. 17-18. IGBP, 2000.

 

 

(23) Ibidem, p. 230. Will Steffen et al. “The Trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration”, The Anthropocene Review, No 2, 2015, pp. 81-98.

 

(24) Ibidem, p 207.

 

(25) Ibidem, p. 231.

 

(26) Ibidem, p. 222.

 

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Reprise de l’électrification nucléaire du pays

Reprise de l’électrification nucléaire du pays
Rien ne change, l’État se moque des conséquences sociales et écologiques de ses choix

Pierre Péguin
Docteur ès sciences
juin 2020

Alors que les déchets nucléaires s’accumulent et saturent les sites de stockage sans qu’existe aucune solution satisfaisante pour leur gestion à long terme ; alors que la filière française vieillissante, avec des cœurs fissurés et des éléments de construction mal en point tels que les générateurs de vapeur ou les diesels de secours, inquiète même des responsables du lobby, l’État relance sa politique d’électrification nucléaire du pays.
Pourtant le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, a exprimé son souci de la « situation très préoccupante » de la filière nucléaire française (1) , et du « déficit de culture de précaution » (2). Nous pouvons donc légitimement nous inquiéter de l’éventualité d’une catastrophe atomique.
Mais l’État aux mains du lobby de l’atome, s’obstine, il met en place les dispositifs favorables à la poursuite et donc à la relance de la production d’électricité nucléaire. Cette activité est visiblement plus importante aux yeux du pouvoir que la sécurité de la population qu’il est sensé protéger. La dégradation de services publics, en particulier hospitaliers dont on a cruellement mesuré l’insuffisance de moyens face au covid19, a déjà illustré le manque d’intérêt de nos gouvernants pour la protection et le bien-être de leurs concitoyens.

Décisions récentes pour la relance de la consommation d’électricité nécessaire à la survie de l’électronucléaire
Elles concernent essentiellement la promotion de la voiture dite « propre » d’une part, et d’autre part la promotion des chauffages électriques pour des logements moins bien isolés.

Bonus « écologique » pour un véhicule électrique ou hybride
Plan de soutien à l’automobile, présenté le 26 mai par le Président de la République, mesures pour faciliter l’achat de véhicules électriques, bonus « écologique » et prime à la conversion pour remplacer un véhicule condamné à la casse.
Mais ce plan est-il vraiment écologique ? Le soutien à l’achat de voitures n’est-il pas en contradiction avec le souci de développer les transports en commun, le train en particulier qui à ce jour n’a pas obtenu d’aide, alors que les milliards vont arroser également l’aéronautique?
La voiture prétendue « propre » l’est-elle vraiment ? Certes elle semble moins polluer que les véhicules à moteur thermique, mais la pollution n’est que déplacée vers toute la chaîne du combustible nucléaire, de la mine d’uranium à La Hague en passant par Malvesi, Tricastin, Marcoule, etc. ; et avec la création de déchets radioactifs pour des milliers d’années qu’on ne sait pas gérer ; et avec des réacteurs à démanteler pendant des dizaines d’années.
EDF livrant une électricité à 70 % d’origine atomique, les véhicules « propres » roulent en fait au nucléaire, est-ce mieux que le pétrole ?

Et envoyer des véhicules encore utilisables à la casse pour obtenir la prime à la conversion n’est-ce pas justement anti-écologique, alors que nous appelons à l’utilisation d’objets durables et réparables?
La fabrication d’un véhicule neuf et de ses batteries n’est-elle pas très coûteuse en énergie et en matériaux dont certains de plus en plus rares?
Quant à la production des particules fines, l’avantage de l’électricité est peut-être bien un leurre : d’après « Transitions et Energies » du 18 mars, Pneus et freins pollueraient bien plus que les moteurs. Les moteurs diesel, et essence ne représenteraient qu’une part limitée des émissions de particules fines émises par tous les types de véhicules, car provenant avant tout de l’abrasion des pneumatiques et des systèmes de freinage.

8 milliards d’euros sont consacrés à ce plan d’aide à l’achat de véhicules « propres ». Si on y ajoute ceux d’un montant comparable versés à Areva/Orano et EDF pour les sauver de la faillite, ainsi que le versement à EDF de la coquette somme de plus de 3 milliards d’€ pour « manque à gagner » dû à l’arrêt de la centrale de Fessenheim (3), on voit bien quel est l’un des soucis majeurs du gouvernement !
On en vient à rêver de tout ce qu’on pourrait faire avec ces sommes considérables si elles étaient consacrées à de véritables choix sociaux et écologiques, comme par exemple la rénovation des logements anciens, la généralisation de chauffe-eaux solaires, etc. toutes activités génératrices de nombreux emplois décentralisés ! ….

Ce plan d’aide à l’achat de véhicules prétendus « propres », est un choix anti-écologique destiné à soutenir la production d’électricité nucléaire, et en même temps permettant de satisfaire le lobby de l’automobile.
D’ailleurs le coût élevé de ces véhicules les réservent aux voitures secondaires des couches aisées de la population à nouveau subventionnées….

La relance incroyable du chauffage électrique !


L’arnaque (4) : L’État, en changeant un simple coefficient, relance la pose de radiateurs électriques dans les logements qui pourront même être moins bien isolés. Les factures de chauffage des gens modestes qui les habiteront vont s’envoler, voilà une mesure antiécologique et antisociale de plus.
En quoi consiste l’entourloupe ? Sous l’impulsion de consignes européennes, les consommations d’énergie pour le chauffage et l’eau chaude avaient été limitées à 50Kwh/m2 de logement, ces 50kwh étant comptés en énergie primaire, c.a.d. en énergie nécessaire à leur production. Cela a enfin ramené l’électricité à leur réalité, car il faut en effet fournir 3 kwh en chaleur pour pouvoir en produire 1 consommable du fait du mauvais rendement des réacteurs et des centrales thermiques, chaque kwh électrique consommé est alors compté comme 2,58 kwh (coefficient bien favorable le plus juste serait plutôt de 2,7), contre 1 pour ceux d’origine renouvelable ou pour le gaz brûlé sur place plus efficace. Cela a mis un frein au chauffage électrique au profit des pompes à chaleur et des chauffages au gaz. Et bien il suffit de diminuer arbitrairement ce coefficient à 2,3 pour que chauffage et eau chaude électriques puissent à nouveau passer sous la barre du 50Kwh/m2, et ce, même dans les logements moins bien isolés.

Ainsi l’exception française de chauffage électrique des logements et de l’eau sanitaire est maintenue, malgré le non sens écologique et économique qu’elle constitue. C’est aussi un plan antisocial, un défi aux classes populaires. Comment paieront-elles les factures de chauffage électrique de plus en plus élevées (avec l’augmentation en cours des tarifs) au point parfois de ne plus pouvoir se chauffer ?

En guise de commentaires
Nos voisins européens dont la plupart ont quitté ou sont en voie de quitter le nucléaire, sans pour autant retourner à la bougie et à la caverne, procèdent autrement. Aucun d’entre eux ne favorise la production de chaleur par l’électricité, mais ils développent la production d’énergie renouvelable pour l’eau chaude et l’électricité. En Espagne par exemple aucun permis de construire n’est accordé s’il ne comprend pas un système solaire ; ou encore en Allemagne qui produit son électricité à plus de 45 % par des renouvelables, et qui investit dans la production d’hydrogène « Vert », on observe bien plus d’équipements solaires qu’en France pourtant bien plus ensoleillée.

Retenons donc que si beaucoup de pays voisins se préoccupent de diminuer leurs émissions de CO2, ils le font sans nucléaire, tandis que la France, 9 ans après la catastrophe de Fukushima toujours incontrôlable, (5) s’obstine dans une technologie périmée, lourde, coûteuse et surtout dangereuse. Elle s’obstine à prendre des mesures favorables à la surconsommation d’électricité, alors qu’à nos yeux l’arrêt indispensable de la production d’électricité atomique nécessite en priorité des mesures de sobriété.

Nous risquons de nous retrouver en situation d’avoir à subir une catastrophe comparable à celle de Fukushima. Il est criminel d’ignorer pareil risque.
Non seulement l’Etat ne se soucie pas réellement de prendre des mesures alliant l’écologie et le social, mais en plus il nous maintient sous la menace de la catastrophe nucléaire tant redoutée.

Pourtant on sait maintenant que la fin du nucléaire est mondialement programmée, (6) et qu’il n’est pas une solution contre le réchauffement climatique » (7).

Une seule urgence : l’arrêt du nucléaire dans les plus brefs délais. (8)

 

Notes

(1) https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/pour-le-gendarme-du-nucleaire-la-filiere-francaise-est-dans-une-situation-tres-preoccupante-1142556

(2) https://www.lemonde.fr/energies/article/2020/05/28/le-gendarme-du-nucleaire-s-%20inquiete-d-un-recul-de-la-rigueur-dans-l-exploitation-des-%20centrales_6041023_1653054.html

(3) Alors qu’EDF aurait eu beaucoup à investir pour assurer plus longtemps le fonctionnement des 2 réacteurs de cette centrale. Il s’agit bien d’un cadeau déguisé pour échapper à la surveillance de l’Europe préservant « la concurrence libre et non faussée ». Cela veut dire aussi que ce cadeau sera renouvelé à tout nouvel arrêt de centrale….)

(4) « Si la transition écologique par le nucléaire est le choix de la technocratie française, il faut le dire clairement » https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/28/energie-si-la-transition-ecologique-par-le-nucleaire-est-le-choix-de-la-technocratie-francaise-il-faut-le-dire-clairement_6031208_3232.html
Voir aussi, https://www.batiactu.com/edito/acteurs-vent-debout-face-a-rede nition-niveau-bbc- 58949.php?,MD5email=7a2b62c8e205e645d1cbd48f8a6d7387&utm_source=news_actu&utm_ medium=edito&utm_content=article

(5) Voilà 9 ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima se développe et s’aggrave, contaminant toujours plus de territoires, d’habitants. Les autorités japonaises veulent reverser dans le Pacifique les quantités astronomiques d’eau radioactive stockée dans des milliers de réservoirs autour de la centrale accidentée. Quant au démantèlement de cette dernière, il durera au moins une cinquantaine d’années https://bit.ly/3cjcfCn, tandis que la décontamination des sols paraît impossible : https://www.soil-journal.net/5/333/2019

(6) La fin programmée de l’énergie nucléaire dans le monde,
https://www.trahnsitionsenergies.com/ n-energie-nucleaire-monde/, Et extrait de la lettre de l’Observatoire du nucléaire: « Concurrencé par les renouvelables, le nucléaire décline dans le monde, voir Reporterre, 19 décembre 2019 : https://bit.ly/32ccnid et le World Nuclear Industry Status Report qui, sous la direction de Mycle Schneider, analyse l’état de l’industrie nucléaire dans le monde et, cette année, consacre un nouveau chapitre à l’évaluation de l’option nucléaire comme moyen de combattre l’urgence climatique ».

(7) https://www.liberation.fr/planete/2019/12/17/le-nucleaire-une-option-de-plus-en-plus-fumeuse-contre-le-rechauffement_1769816

(8) L’arrêt immédiat du nucléaire français est techniquement possible à l’échelle européenne http://collectif-adn.fr/2019/arret-immediat-europe.htm

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Incendies à Tchernobyl : quels impacts en Auvergne-Rhône-Alpes ?

15 avril 2020 à 16:07

par Florient Deligia

Source : https://www.lyoncapitale.fr/actualite/incendies-a-tchernobyl-quels-impacts-en-auvergne-rhone-alpes/

À partir du 4 avril, des incendies ont eu lieu dans des forêts à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl. La fumée radioactive dégagée a-t-elle eu un impact dans la région Auvergne-Rhône-Alpes ? 

Durant près de dix jours, des incendies ont eu lieu dans des forêts en bordure de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine. Les fumées qui s’en dégageaient pouvaient être radioactives. Rapidement, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) s’est emparée du dossier pour surveiller l’évolution de la situation.

« Ces incendies ont entraîné une augmentation ponctuelle de plus de 700 fois de la concentration en césium 137 (NDLR : un élément radioactif) dans l’air de la ville de Kiev située à plus de 100 kilomètres au sud de la centrale de Tchernobyl« , précise la CRIIRAD, qui s’interroge sur l’exposition des pompiers et habitants à proximité.

Selon la CRIIRAD, les masses d’air en provenance de la zone ont pu atteindre la France « en début de semaine dernière« , « mais avec des niveaux de contamination très faibles et difficiles à mesurer« . L’analyse des balises de surveillance exploitée par la CRIIRAD à Montélimar et Romans-sur-Isère dans la Drôme montre que « l’activité volumique du césium 137 dans l’air ambiant est restée très faible, en dessous des limites de détection« . La CRIIRAD poursuit sa surveillance, tout en constatant que les dernières images satellites montrent que les incendies à proximité de la centrale sont circonscrits.

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Derrière le confinement sanitaire, le risque nucléaire…

Malgré les efforts de l’État, le nucléaire est en difficulté, et si notre confinement en accroissait la dangerosité?

 

Pierre Péguin

Docteur ès sciences

mars 2020

Avant le confinement, et malgré une actualité chargée (retraite, virus menaçant), le nucléaire était resté dans l’actualité et dans les préoccupations des gouvernants. Il a fallu en effet sauver de la faillite EDF et Areva/Orano, à coups de milliards et de restructurations (1), et ce dans un contexte international de déclin de la production d’électricité nucléaire (malgré quelques îlots de résistance en Chine, Russie, Inde). Celle-ci nécessitant un haut niveau de technologie, une capacité de financement très importante, n’ayant pu se développer que dans des pays industrialisés, elle ne représente plus que 10 % de l’électricité consommée dans le monde, soit que 2 % de l’énergie totale consommée, tandis que la part des renouvelables plus rentable croit rapidement (2).

On verra dans ce qui suit que cela n’a pas découragé nos dirigeants, s’appuyant avec opportunisme sur le fait que cette technologie serait prétendue non carbonée, et serait un levier pour limiter le taux de rejet de CO2….. Sauf qu’elle peut provoquer une catastrophe impossible à maîtriser, et qu’elle engendre en fonctionnant des déchets radioactifs à gérer jusqu’à la fin des temps à notre échelle, et pour lesquels aucune réelle solution n’existe (3)… Le nucléaire n’est-il pas la plus mauvaise solution pour faire bouillir l’eau alimentant les alternateurs ?

On connaît déjà le serpent de mer du fiasco des EPR de Flamanville et de Finlande dont délais et coûts ont été multipliés par 3 ou 4 sans que pour autant ils puissent fonctionner…. La mise à l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim, a ouvert une brèche dans le bloc intouchable du nucléaire (4); la décision en avait été prise et reportée depuis plusieurs années sous Hollande pour ces vieux réacteurs dont la dangerosité est dénoncée aussi par la Suisse et l’Allemagne.

Quant aux riverains du bas-Rhône, ils ont eu à commenter la suspension du projet de construction à Marcoule du réacteur Astrid, dont la mouvance écologique se réjouit, mais qui inquiète les personnels et les collectivités qui vivent des générosités de l’électronucléaire.

Cette décision est à nos yeux très importante car elle repousse (on espère aux calandres grecques) la filière des réacteurs à neutrons rapides, l’une des deux filières portées par le CEA, filière très difficile à maîtriser (voir les multiples arrêts et difficultés des gouffres financiers qu’ont été les fiascos de Phenix et superphenix). Il s’agit d’une technologie particulièrement délicate, dangereuse car alimentée au plutonium extrait des combustibles usés à la Hague, lié à l’uranium dit « appauvri » dont les stocks s’accumulent au Tricastin à la sortie de l’usine d’enrichissement.

Quant à l’autre enfant chéri du CEA, la fusion nucleaire dont la construction en cours du monstrueux Iter à Cadarache (5) illustre une fois de plus le gaspillage de fonds public et les dégâts écologiques d’un projet qui a toutes chances de se terminer par un fiasco de plus, mais dont la dimension internationale empêche tout arrêt du projet…. .

Que peut signifier la décision de renoncer, provisoirement au moins, à Astrid ? Nous nous interrogeons encore sur cette excellente nouvelle qui nous a surpris, est-ce la résolution d’une lutte interne d’influence entre les cadres polytechniciens du corps des ponts qui tiennent EDF sur ceux du corps des mines qui tiennent le CEA? Est-ce que face aux difficultés économiques, l’État est obligé de sauver EDF empêtré dans ses dettes et ses projets pourris de construction à Hinkley Point en Angleterre, incapable d’assurer financièrement le « grand carénage » qui pourrait lui permettre d’obtenir de prolonger la vie des réacteurs au-delà de 40 ans, ni de construire de nouveaux EPR pour maintenir la production d’électricité nucléaire, et encore moins de provisionner suffisamment pour le démantèlement inévitable des installations ?

Pour un pouvoir pronucléaire la situation est évidemment inacceptable…

Pour sauver EDF, électrification à tout prix, et assurer

ainsi l’avenir du nucléaire français. Il semble bien qu’en effet la seule façon pour nos nucléocrates de sauver le nucléaire français soit de conforter EDF

qui aurait pu être mis en faillite sans l’aide de l’État aux frais du contribuable. Des décisions récentes le laissent penser.

Ainsi l’État annonce le versement à EDF de la coquette somme de plus de 3 milliards d’€ pour manque à gagner dû à l’arrêt de Fessenheim. Somme considérable, alors qu’EDF aurait eu beaucoup à investir pour assurer le fonctionnement de ces 2 réacteurs plus longtemps. Il s’agit bien d’un cadeau déguisé, pour échapper à la surveillance de l’Europe préservant « la concurrence libre et non faussée ». Cela veux dire aussi que ce cadeau sera renouvelé à tout nouvel arrêt de centrale….

Et dans le même temps un programme d’accaparement de terres autour des centrales est lancé, montrant par là qu’EDF, Etat dans l’État, a une politique d’extension à très long terme de la pieuvre atomique (6)

Mais le plus important pour assurer l’avenir de l’électricité atomique est d’en développer à tout prix l’utilisation, notre société doit grâce au nucléaire s’electrifier le plus possible, prétenduement au nom de la lutte contre le réchauffement climatique! Notons que tous nos pays voisins ont le même objectif de réduire leurs emissions de gaz à effet de serre, mais…. en renonçant au nucléaire (probablement font-ils le choix du retour à la caverne et à la bougie…). Et bonne nouvelle l’Europe a refusé que le nucléaire soit reconnu équivalent aux énergies renouvelables, et puisse donc être soutenu comme elles, comme le revendiquait la France !

Et qu’en est-il de la sobriété nécessaire ? On en est loin : L’État français nous a déjà habitué à favoriser la surconsommation d’électricité et son gaspillage pour assurer le financement de l’électronucléaire. Ce fut d’abord la promotion du chauffage électrique, ainsi que de l’eau chaude et de la cuisine électriques provoquant les plus importantes pointes de consommation de l’Europe en fin de journée (pointes que le nucléaire fonctionnant en base ne peut assurer, et qui sont donc couvertes par le thermique et les renouvelables d’Allemagne et des autres pays voisins). Ce fut le cas aussi qu’a constitué la propagande pour la climatisation par Pompes à chaleur promue grâce aux étés chauds (mais là encore pas de chance, la canicule ne permettant plus le refroidissement des réacteurs par l’eau de fleuves, ce sont fréquemment les renouvelables étrangers qui soutiennent le réseau).

Et depuis peu tout est fait pour lancer la voiture électrique avec de coquettes subventions, bien qu’elle ne soit pas vraiment écologique du fait des batteries. De plus elle parait émettre presqu’autant de particules fines que les voitures à essence ou diesel (7). Son utilisation a des limites et son succès se fait attendre…

Mais la nucléocratie ne baisse pas les bras, elle vient d’imposer une arnaque pour relancer le chauffage électrique (8)! Voila que l’État en changeant un simple coefficient relance la pose de radiateurs électriques dans les logements même mal isolés.

En quoi consiste l’entourloupe ?  Sous l’impulsion de consignes européennes, les consommations d’énergie avaient été récemment limitées à 50Kwh/m² de logement, ce qui a limité le chauffage électrique au profit des pompes à chaleur et des chauffages au gaz. En effet du fait du mauvais rendement des réacteurs, l’utilisation de chaque Kwh électrique correspond à 3 fois plus de chaleur produite pour faire bouillir l’eau alimentant les alternateurs (les 2/3 de la chaleur étant donc rejetés dans l’environnement !). Un coefficient de 2,58 déjà bien favorable à l’électricité fut attribué à la consommation de Kwh électriques, de 1 pour le gaz bien plus efficace, et de 1 aux renouvelables bien sûr. Et bien il suffit de diminuer encore et arbitrairement ce coefficient à 2,3 pour que chauffage et eau chaude électriques puissent à nouveau passer sous la barre du 50Kwh/m², et même dans les logements mal isolés.

Retenons donc que si beaucoup de pays voisins se préoccupent de diminuer leurs emissions de CO2, ils le font sans nucléaire, tandis que la France, 9 ans après la catastrophe de Fukushima toujours incontrolable (9), s’obstine dans une technologie périmée, lourde, coûteuse et surtout dangereuse, elle s’obstine à prendre des mesures favorables à la surconsommation d’électricité, alors qu’à nos yeux l’arrêt indispensable de la production d’électricité atomique nécessite des mesures de sobriété et de production renouvelables.

Le risque de nous retrouver en situation d’avoir à subir une catastrophe comparable à celle de Fukushima impose d’appeler à l’arrêt quasi immédiat du nucléaire. Et c’est possible :

Pour l’arrêt indispensable quasi immédiat du nucléaire, .

Lorsqu’un immeuble se fissure sous l’effet de séisme ou de travaux et menace de s’effondrer, doit-on attendre longuement que soient réunies de bonnes conditions de relogement pour évacuer l’immeuble ? Non on évacue en extrême urgence. Il en est de même pour ces vieux réacteurs dont les cœurs, les générateurs de vapeur, se fissurent et subissent bien d’autres défauts alarmant. L’arrêt du nucléaire est à effectuer quasi immédiatement, avant la catastrophe de plus en plus probable.

Et c’est possible, oui contrairement à ce qu’on nous raconte, et bien que rien ne soit fait en ce sens en France, c’est possible : Le réseau interconnecté européen relie des capacités de production sous utilisées d’électricité, supérieures aux besoins, pouvant soutenir le réseau francais défaillant (10). Et tant pis si en transition vers plus de sobriété et de renouvelables, on brûle provisoirement plus de fossiles si cela permet à l’Europe occidentale de ne pas avoir à subir la catastrophe à venir.

On ne peut accepter que soit reconnu officiellement que la catastrophe est possible, que soit organisé sa gestion éventuelle, et continuer comme si de rien n’était. n’est-ce pas criminel ?

Et l’épidémie de virus en cours rend la gestion des installations atomiques difficile et de plus en plus dangereuse.

Les centrales sont gérées par de petites équipes de travailleurs spécialisés, et ce, qu’elles soient en production ou à l’arrêt, il faut toujours veiller au refroidissement du cœur pour en éviter la fusion catastrophique. EDF aura beau restreindre les équipes, allonger le temps de travail, il n’est pas exclu que la pénurie de personnel touché par le virus crée des situations de risques accrus (11), d’autant que le parc est déjà en mauvais état, et que les incidents de fonctionnement se multiplient.

Dès maintenant, Flamanville est à l’arrêt, le retraitement à la Hague est arrété (12). D’autres sites suivront.

Mais imaginons ce que serait la situation si un accident ou une catastrophe atomique survenait dans la situation actuelle de confinement et de système hospitalier débordé ! N’est-il pas criminel de poursuivre la production d’électricité nucléaire ?

Et par ailleurs le confinement imposé contre la propagation du virus n’est-il pas une répétition générale de ce qui se passerait après l’accident nucléaire : confinement, contrôle des déplacements, messages du gouvernement sur les portables, état d’urgence sanitaire.
les autorités civiles et militaires vont certainement tirer de bons enseignements de cette expérience grandeur nature (même si virus et

radioactivité ne se gèrent pas de la même façon)… pour savoir comment la population se comporte.
Et dans le même temps le fichage des antinucléaires s’organise (13
).

(1)EDF, « un fiasco industriel, économique et financier », Le Monde, 13 décembre 2019 : https://bit.ly/32cti49 . Et quand l’État reprend en main EDF avec son projet « Hercule » La Tribune, 11 décembre 2019 : https://bit.ly/2V8UOOx

(2) La fin programmée de l’énergie nucléaire dans le monde, https://www.trahnsitionsenergies.com/fin-energie-nucleaire-monde/,

Et extrait de la lettre de l’Observatoire du nucléaire: « Concurrencé par les renouvelables, le nucléaire décline dans le monde, voir Reporterre, 19 décembre 2019 : https://bit.ly/32ccnid et le World Nuclear Industry Status Report qui, sous la direction de Mycle Schneider, analyse l’état de l’industrie nucléaire dans le monde et, cette année, consacre un nouveau chapitre à l’évaluation de l’option nucléaire comme moyen de combattre l’urgence climatique ».

(3) Déchets nucléaires : une étude émet des doutes sur le conditionnement à Bure : Le Quotidien, 27 janvier 2020 : https://bit.ly/2wQePzf

(4) Yves Marignac https://savoie-antinucleaire.fr/2020/02/22/lindustrie-nucleaire-refuse-lidee-dun-declin/, (5) « Soleil trompeur – Iter ou le fantasme de l’énergie illimitée », Isabelle Bourboulon, ed les Petits

matins, 2020.
(6) EDF achète des terres. Partout en France, EDF prospecte et cherche à accumuler des hectares autour

de sites déjà nucléaires (mais pas que) https://lundi.am/Des-terres-pas-du-nucleaire,

(7) d’après Transitions et Energies du 18 mars, Particules fines: Pneus et freins polluent bien plus que les moteurs thermiques. Les moteurs diesel, et essence ne représentent qu’une part limitée des émissions de particules fines ; elles sont émises par tous les types de véhicules, à moteur diesel, à moteur essence et à moteur électrique, car provenant avant tout de l’abrasion des pneumatiques et des systèmes de freinage.

(8) « Si la transition écologique par le nucléaire est le choix de la technocratie française, il faut le dire clairement » https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/28/energie-si-la-transition-ecologique-par-le-nucleaire-est-le-choix-de-la-technocratie-francaise-il-faut-le-dire-clairement_6031208_3232.html,
Voir aussi, https://www.batiactu.com/edito/acteurs-vent-debout-face-a-redefinition-niveau-bbc-58949.php?,MD5email=7a2b62c8e205e645d1cbd48f8a6d7387&utm_source=news_actu&utm_medium=edito&utm_content=article,

(9) 9 ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima se développe et s’aggrave, contaminant toujours plus de territoires, d’habitants. Les autorités japonaises veulent reverser dans le Pacifique les quantités astronomiques d’eau radioactive stockée dans des milliers de réservoirs autour de la centrale accidentée. Quant au démantèlement de cette dernière, il durera au moins une cinquantaine d’années https://bit.ly/3cjcfCn, tandis que la décontamination des sols paraît impossible : https://www.soil- journal.net/5/333/2019

(10) L’arrêt immédiat du nucléaire est techniquement possible à l’échelle européenne http://collectif-adn.fr/2019/arret-immediat-europe.html

(11) Coronavirus : comment maintenir le nucléaire sans le personnel ?http://coordination- antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2020/03/17/Coronavirus-%3A-comment-maintenir-le- nucleaire-sans-le-personnel,
L’entêtement du gouvernement et de EDF nous menace.

(12) Orano à arrêté les activités de retraitement à La Hague. Toutefois, la réception des combustibles usés et l‘expédition du plutonium vers Marcoule. Continuent.

https://actu.fr/normandie/beaumont-hague_50041/coronavirus-orano-hague-met-larret- installations_32342507.html

C’est une bonne nouvelle car avec l’arrêt du retraitement la Hague cesse de rejeter 90% de l’ensemble du tritium rejeté par les installations nucléaires françaises : Note de la CRIIRAD – 21/06/2019, https://www.criirad.org/actualites/dossier2019/Note_CRIIRAD_tritium.pdf.

(13) Fichage des antinucléaires, https://reporterre.net/Un-decret-risque-de-renforcer-le-fichage-des- antinucleaires Un décret pris par le gouvernement a transformé une instance chargée de filtrer les entrées sur les sites nucléaires en cellule de renseignement sur les antinucléaires (notons le parallèle avec la récente création du service de gendarmerie Déméter pour surveiller les opposants à l’agroindustrie….).

 

 

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Et si le nucléaire était encore beaucoup plus mortifère qu’on ne l’imagine ?

Est-ce pour cela que le mensonge et l’omerta accompagnent depuis ses débuts la saga atomique ?

Savons-nous combien de victimes sont dues aux technologies atomiques qu’elles soient civiles ou militaires, depuis le début de leur développement ?

Pierre Péguin, automne 2019.

Qu’est-ce qui nous pousse à un décompte morbide des victimes du nucléaire ?

C’est d’abord l’observation d’une véritable épidémie de cancers, leucémies et autres pathologies depuis les années 70 qui touche tous les âges, et qui paraît même s’aggraver. Demandons-nous comment expliquer ce qui se passe. A notre avis il s’agit essentiellement de la dégradation de notre environnement par deux principaux co-responsables : la chimie (agriculture, nourriture, dans la maison, etc.), et la radioactivité dont on ne le sait pas assez qu’elle touche insidieusement tout le vivant.

C’est aussi l’alarme lancée par certains médias (bien peu nombreux!) en 2003, alarme restée confidentielle. Ainsi le journal belge Le Soir du 12 février 2003 titre: « Morbide bilan nucléaire : soixante millions de morts depuis 1945 ». L’auteur de l’article, Christophe Schoune, ajoute : « C’est une solide dose de poil à gratter que quarante-six scientifiques viennent de glisser dans la boîte aux lettres de diverses institutions internationales, dont la Commission européenne. Le premier rapport du Comité européen sur les risques de l’irradiations CERI (1) remet en cause les normes et méthodes d’évaluation qui ont prévalu jusqu’à présent en matière de radioprotection. Sollicitée et financée par le groupe Verts européens, il y a cinq ans, l’élaboration de cette étude a été coordonnée par le chimiste anglais Chris Busby et a rassemblé une palette d’experts indépendants du monde entier».

La création du CERI reposait sur le fait « qu’il existait suffisamment de preuves démontrant qu’une exposition de faible dose due à des radio-éléments artificiels provoquait des problèmes de santé, et que les modèles conventionnels de la Commission Internationale de Protection contre les Radiations (CIPR) n’ont aucunement prévu ces effets. »

C’est pourquoi, en 2001, des membres du Parlement Européen ont décidé de soutenir la rédaction du rapport « Etude des effets sanitaires de l’exposition aux faibles doses de radiation ionisante à des fins de radioprotection », Rapport CERI publié en 2003 (1).

Comment les organismes internationaux ont-ils procédé jusque là? Et en quoi il fallait remettre en cause les bases officielles de la radioprotection.

L’UNSCEAR (2) structure chargée de dire la connaissance scientifique officielle du lobby international, et ce, sans contestation possible (!), reprend les résultats recueillis par les américains dans le suivi sanitaire des irradiés d’Hiroshima et Nagasaki qui ont survécu aux explosions. Les troupes d’occupation avaient pour mission de bloquer toute intervention d’expert indépendant, de façon à contrôler strictement la collecte et la diffusion édulcorée des résultats. Il fallait à tout prix éviter une accusation de crime contre l’humanité et prétendre que ces bombardements étaient indispensables pour mettre un terme à la guerre. En fait d’après des analyses historiques (3), la reddition du Japon a été repoussée pour laisser le temps d’effecteur les bombardements criminels, et montrer ainsi à l’URSS la supériorité des US, c’était le début de la guerre froide.

Cela a permis à la CIPR (4) de préconiser des normes laxistes de protection basées sur le suivi de l’agonie de survivants positionnés à différentes distances du cœur de l’explosion. Outre le fait que le secret a entouré ces observations, et que de plus les structures internationales de sureté nucléaire sont verrouillées sans contrôle démocratique, les experts du CERI ont critiqué la démarche scientifique pour les raisons suivantes.

– Les survivants ont dû être parmi les plus résistants des habitants de ces villes, les plus fragiles (jeunes, femmes enceintes, etc.) étant déjà tués beaucoup plus facilement. La « cohorte » suivie n’est donc pas représentative d’une population moyenne. ,

– Il s’est agi au Japon d’irradiation violente (rayonnement gamma pour l’essentiel), alors que le fonctionnement actuel des réacteurs engendre des quantités importantes de radioéléments dont la contamination interne à petite dose est d’autant plus dangereuse qu’ils peuvent se comporter chimiquement comme des élèments nécessaires à la vie et prendre leur place dans nos organismes ( Césium 137, strontium 90, iode 131, etc. ). Il n’est donc pas possible de donner du crédit à l’extrapolation vers les faibles doses de la relation linéaire liant le nombre de victimes à la dose reçue. L’existence d’un seuil en-dessous duquel l’irradiation serait inoffensive n’est pas crédible non plus, or on trouve encore des textes annonçant qu’au dessous de 100msv il n’y a pas d’effets prouvés !

– La comparaison avec la radioactivité naturelle n’a pas de sens, la radioactivité artificielle est composée d’éléments qui n’existent pas à l’état naturel, éléments qui entrent dans le cycle de la vie et contaminent les organismes vivants.

– Les calculs officiels de prennent pas en compte les graves conséquences de la contamination interne (5). Ils ne tiennent pas compte des autres pathologies provoquées par la radioactivité, ni des effets génétiques transmissibles, ni encore des fausse-couches ou des bébés mort-nés. Ils ont pu ainsi faire l’impasse sur les effets à long terme des contaminations par de faibles doses, et sur les conséquences de transmission génétique d’altérations. Et c’était avant la découverte de l’ADN, en 1953.

– Les fortes doses tuent, les faibles doses agissent à plus long terme, elles abîment les cellules, créent des radicaux libres et provoquent des mutations. Elles tuent aussi, mais à terme.

Le modèle CIPR fait comme si l’irradiation était répartie uniformement sur le corps, pas de distinction entre l’irradiation et la contamination entaînant une concentration de radioactivité localisée sur certains organes.

Quelle est la démarche du CERI ?

En comparaison, la démarche du CERI est justifiée par l’observation de ce qui se passe réellement. Il existe de nombreuses données d’études épidémiologiques étrangères (en France on se garde bien d’en faire, bien sûr) montrant une augmentation de la morbidité et de la mortalité par cancers, associée à des rejets radioactifs : taux de cancers et de leucémies dans des populations vivant à proximité de sites nucléaires ; cas des travailleurs du nucléaire ; corrélation entre l’épidémie de cancers du sein et les essais nucléaires en atmosphère ; ou encore les conséquences des catastrophes (par exemple les enfants leucémiques biélorusses après Tchernobyl).

Et si seuls les cancers et leucémies sont pris en compte par les structures officielles, le CERI a analysé les différentes pathologies supportées par les victimes. Les atteintes générales à la santé, dont on souffre pendant toute sa vie, sont sans doute plus difficiles à quantifier, mais cette difficulté ne signifie pas que les rayonnements n’ont aucun effet sur ces paramètres.

Ont également été pris en compte les données sur l’augmentation des taux de mortalité infantile et d’enfants morts-nés , suite aux retombées globales des essais nucléaires en atmosphère ou aux contaminations des régions touchées par les catastrophes. Là où les données précises manquaient, il a fallu extrapoler à partir d’autres indicateurs. L’évaluation des risques liés à une exposition aux radiations, telle qu’adoptée aujourd’hui par les experts en radioprotection et qui sert de base à la législation européenne en vigueur, est donc grossièrement insuffisante et scientifiquement obsolète.

En savoir plus sur la démarche du CERI,

Le CERI ne se contente pas d’analyser les insuffisances du modèle adopté par les experts officiels pour rendre compte des effets de la radioactivité sur l’homme ; il en propose une approche nouvelle. Il se base sur toutes les données épidémiologiques disponibles et introduit pour le calcul des doses reçues des facteurs de pondération biologiques et biophysiques qui rendent compte des effets au niveau cellulaire pour tous les types d’irradiation et notamment par contamination interne.

Ainsi, les effets d’une contamination par des particules radioactives microscopiques (notamment de plutonium ou d’uranium appauvri) se révèlent 100 à 1’000 fois plus graves que prévu par les instances officielles. De même, l’exposition à certains radio-isotopes artificiels comme le cesium 137, ou encore le strontium 90 l’iode 131, rejetés par l’industrie nucléaire, est largement plus dommageable qu’envisagé à ce jour. Les scientifiques du CERI recommandent en conclusion des valeurs-limites plus sévères pour les doses reçues par le public et les travailleurs du nucléaire et, en conséquence, une réévaluation des exigences légales à l’égard de l’industrie nucléaire.

Quels sont les résultats de cette étude aux conclusions surprenantes ? L’impact total sur la santé humaine jusqu’en 2000 est calculée et comparée avec les données officielles 60 fois plus faibles !

Total des morts par cancers : 61 619 512, (CIPR  : 1 173 606),
Total des cancers : 123 239 024 ,(CIPR : 2 350 000),
Mortalité infantile : 1 600 000, (non prise en compte par la CIPR),
Mort foetale : 1 880 000, (non prise en compte par la CIPR),
Perte de la qualité de vie : 10%, (non prise en compte par la CIPR).

Conséquence « logique » pour ces experts : il importe de réduire la dose maximale de rayonnement admissible à 0,1 millisievert (contre 1 mSv actuellement) pour chaque être humain. « Cela fait quinze ans que je collecte et j’analyse l’impact des radiations à faible dose », commente le biologiste russe Alexey Yablokov, coauteur de l’étude. « Ces données m’ont convaincu que les standards internationaux ont jusqu’à présent reflété davantage les intérêts de l’industrie nucléaire que le souci réel de la santé humaine ».

A chaque problème, à chaque accident ou catastrophe, tout est fait pour que ne soit pas remis en cause le nucléaire, et ce, au mépris de la vie et de la santé des populations (6). Cette maîtrise criminelle de l’information a pu être appelée « Comédie Atomique » (7) ou encore « négationnisme » (3) bien que ce terme soit connoté.

Réaction de l’IRSN Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire(8)

Deux ans plus tard l’IRSN, institut hexagonal, a publié un contre-rapport. Il conteste le mode de calcul retenu par le CERI, souligne des « incohérences » dans son raisonnement et prétend qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause le système actuel de radioprotection. Mais il reconnaît en même temps que « certains composants de ce système pourraient probablement être améliorés en s’intéressant de façon plus explicite et systématique aux incertitudes liées à la détermination de la dose après contamination interne. » Celle-ci désigne les radionucléides inhalés ou ingérés.

Cet aveu est un événement, tant les positions paraissaient intangibles. Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN jusqu’en 2016, a reconnu que «l’impact des contaminations internes aux faibles doses mérite des investigations« , et appelé à des études complémentaires (bonne façon d’enterrer le problème comme d’habitude, car d’après Chris Busby coordinateur du CERI les données recueillies depuis Tchernobyl sont déjà suffisamment claires pour invalider le modèle du lobby et pour fonder la radioprotection sur la biologie plutôt que sur la physique…).

Les malheurs subis par les populations de Biélorussie ne sont pas reconnus par l’IRSN pour qui les pathologies cardio-vasculaires et les troubles du comportement constatés chez les enfants de Biélorussie, les baisses de fertilité qui touchent les adultes pourraient être dues à la peur du nucléaire, la nucléophobie, au tabac et à l’alcool. « Il faut tirer ça au clair sans préjuger du résultat », indique Jacques Repussard. En distillant le doute sur l’origine des problèmes, technique habituelle (10), les nucléocrates en viennent même à refuser les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants. Choix criminel (6) pour sauver le nucléaire.

Cancer et leucémies sont des maladies dont la multiplication est liée à l’ère atomique. Mais la radioactivité engendre bien d’autres pathologies.

Les essais nucléaires entraînent des retombées radioactives et la dispersion de radioéléments sur l’ensemble de la planète, et s’ils ont été terriblement préjudiciables à la santé dans les zones d’essai, tout notre environnement est plus ou moins contaminé, l’ADN de tout le vivant est touché. Quant à la production d’électricité nucléaire, elle fabrique énormément de ces radioéléments artificiels, en relâche en permanence par ses rejets autorisés (iode, tritium, etc.) et surtout par ses accidents et catastrophes.

D’après Michel Fernex (11), « il existe une augmentation statistiquement démontrée du nombre de  leucémies aigües chez les enfants de moins de 5 ans dans un rayon de 5 km autour des centrales nucléaires en fonctionnement normal. Celles-ci sont autorisées à rejeter dans l’air et dans l’eau des particules radioactives qui contaminent durablement la région. Ces autorisations sont éthiquement inacceptables ». C’est d’ailleurs dès 1958, qu’Alice Stewart présentait le fait que de très faibles doses de rayonnements ionisants sont cancérigènes pour le fœtus pendant la grossesse.

Les normes « admissibles » fixées par les institutions sous l’influence des lobbies pro-nucléaires ne protègent pas les travailleurs, ni les populations.

EN GUISE DE CONCLUSION

Ne nous faisons pas d’illusions, les organismes officiels de protection contre les rayonnements ont en fait pour rôle de protéger l’industrie de l’atome plutôt que la santé des populations (7). On retrouve finalement ce que Royer (3) a appelé le négationnisme nucléaire. Tout est fait pour cacher la gravité des dégâts de cette technologie qu’elle soit civile ou militaire. L’acharnement du lobby à prétendre que les pathologies liées aux contaminations radioactives sont dues pour l’essentiel à la « nucléophobie » est honteuse, l’obligation à faire vivre les populations dans le « jardin nucléaire » en application du programme Ethos-Core (6), allant jusqu’à supprimer les cures de pectines pouvant alléger les souffrances des enfants contaminés, est criminelle. Cela montre ce qui nous attend en cas de catastrophe en France ou en Belgique.

Un combat auprès des médias est nécessaire pour que soit enfin révélée la véritable nature du nucléaire, une technologie mortifère au service des puissants de ce monde, qu’il faut arrêter de toute urgence. La désinformation,le mensonge sont la règle du nucléaire héritier de la fabrication de la bombe. Caractéristique logique d’une technologie sophistiquée et dangereuse qui ne peut survivre que par des fonds publics colossaux, devant exclure le citoyen de l’information.

En ont été particulièrement victimes les militaires des essais nucléaires ; les populations d’Algérie, du Pacifique, de Polynésie; les populations des sites de guerre de Bosnie, Kosowo, Irak, Afghanistan ; les Européens occidentaux suite à Winsdcale, en 1957 ; les populations de Biélorussie et d’Ukraine (1986) et du Japon (2011), les populationd voisines des installations nucléaires, et toute la planète du fait des essais nucléaires atmosphériques. Comme les temps de latence sont relativement longs chez les adultes, les effets se sont manifestés avec plus de retard qu’à Tchernobyl où une population enfantine importante a été touchée.

Le système actuel de définition des normes de protection repose sur l’étude de la cohorte des survivants d’Hiroshima-Nagasaki. Il est certain que la tragédie de Tchernobyl a montré, une fois de plus, les limites de ce système. A Hiroshime-Nagasaki les personnes n’ont pas pu subir une contamination interne chronique pour l’excellente raison qu’il n’y a qu’1 kilogramme de matière qui a fissionné. A Tchernobyl on parle en tonnes et de millions de personnes dont l’immense majorité n’ont pas été irradiées mais contaminées.

D’après le CERI le nucléaire est responsable de 61,6 millions de morts par cancers de 1945 à 2000, contre 1,1 million selon les sources officielles, le nombre de cancers est pour sa part évalué à 123,2 millions contre 2,3 et l’étude estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et foetale (3,4 millions).

Et aujourd’hui 20 ans plus tard à combien de victimes serions-nous, 70 millions ? La mortalité infantile, indicateur de la pollution radioactive, augmente dans le monde.

Alors pourquoi s’encombrer d’une telle technologie aussi dangereuse, lourde, coûteuse, alors qu’elle n’assure que 2 % de toute l’énergie consommée dans le monde, ce qui est dérisoire. Qu’est-ce qui pousse l’État et le lobby français à s’entêter dans cette voie contrairement à nos voisins européens ? La « grandeur » de la France est-elle à ce prix, et cette grandeur contribue-t-elle au bien vivre ? Le prétexte climatique n’est-il pas un faux prétexte ? Nous laisserons-nous longtemps manœuvrer par le complexe militaro-techico-politique ?

Il est temps d’exiger l’arrêt du nucléaire en extrème urgence (11).

On trouvera en annexe des compléments relatifs à Tchernobyl, Fukushima et aux pathologies liées à la radioactivité.

En Annexe

Après Tchernobyl

La contamination radioactive due à Tchernobyl est plus dangereuse que celle de Hiroshima et Nagasaki, tant parce que la quantité des radionucléides rejetés par la Catastrophe dans la biosphère est des milliers de fois supérieure, qu’à cause de la nature des radionucléides. En effet l’industrie nucléaire génère des éléments qui n’existent pratiquement pas dans la nature et qui sont métabolisés dans le cycle de la vie tels que le césium 137ou encore le strontium 90, prenant la place du potassium et du calcium dans les organismes vivants. Les conséquences génétiques de la catastrophe de Tchernobyl toucheront pendant des siècles des centaines de millions de personnes, parmi lesquelles:

· celles qui ont subi le premier choc radiologique par les radionucléides de courte période dans le monde entier, en 1986. c’est le cas de l’iode 131 qui provoque de multiples pathologies de la thyroide ;

· celles qui vivent, et vivront dans les territoires contaminés par les catastrophes ou sur les sites de guerre ayant subi les explosions d’obus à tête d’uranium, pendant des milliers d’années;

· les enfants et descendants des géniteurs irradiés et ce pendant des générations (même en vivant loin des territoires contaminés).

Le professeur Youri Bandajevsky a effectué de nombreuses recherches sur les effets de la contamination des enfants des territoires du Bélarus contaminés. Il a établi que les enfants avaient des problèmes cardiaques en fonction de leur teneur en Césium 137,menaçant le pronostic vital, notamment des arythmies, une insuffisance cardiaque (angine) et des crises cardiaques (infarctus) pouvant entraîner la mort. Ces recherches ont d’ailleurs abouti à ce qu’il soit jeté en prison pendant plusieurs années par le Gouvernement biélorusse : il n’a été libéré que suite à une pression massive de l’Union européenne et à la délivrance d’un passeport européen.

Mais l’Institut Belrad, soutenu à bout de bras par ETB (12) continue à fournir aux enfants des cures à base de pectine, et ce malgré l’hositilité du pouvoir Biélorusse encouragé par l’action criminelle du lobby nucléaire français (13) pour qui ces traitements sont inutiles puisque Tchernobyl n’aurait fait que peu de victimes. D’après le programme Ethos/Core (14) il est possible de vivre dans le « jardin nucléaire »…..

Mais si le lobby concède qu’il y aurait pu y avoir quelques milliers de victimes, la compilation de 5000 documents a permis à l’Université de médecine de New-York (15) d’estimer le nombre de décès attribuables aux retombées de l’accident de Tchernobyl, entre 1986 et 2004 à un million, dans le monde entier.

Après Fukushima La catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi a été évaluée au niveau 7 comme Tchernobyl, niveau utilisé pour décrire un « rejet majeur de matières radioactives avec des effets considérables sur la santé générale et l’environnement qui nécessite la mise en œuvre de contre-mesures planifiées et étendues ».

Environ 32 millions de personnes au Japon, soit un quart de la population du pays, ont été affectées par la radioactivité émise par l’accident nucléaire de Fukushima, selon un nouveau rapport de Green Cross, montrant une nouvelle fois le risque inconsidéré de l’énergie nucléaire. Le comité ECRR a décidé de publier la présentation de Bandajevsky, lors de la conférence de 2009 à Lesbos, au sujet des populations vivant dans les territoires contaminés de Fukushima (16).

Il reste que cette catastrophe diffère de celle de Tchernobyl en ce que la fusion des cœurs, constituant le corium, font que la catastrophe perdure sans contrôle possible de leur évolution.

Les pathologies engendrées par la radioactivité outre cancer et leucémies,

Passons les en revue même si c’est rébarbatif. Elles sont multiples et s’il faut en retenir quelque chose, c’est qu’au delà de l’épidémie de cancers et de leucémies, les contaminations radioactives entraînent de toutes façons une altération du système immunitaire fragilisant la résistances aux agressions sanitaires et un vieillissement prématuré, au point que les enfants de Biélorussie contaminés ont des pathologies de vieux !

Mais retenir aussi que les altérations subies sont transmissibles aux descendances. Les enfants de « liquidateurs » survivants ou de « vétérans » nés après coup et loin des zones contaminées en subissent les conséquences. Quant aux jeunes filles touchées par Fukushima, elles savent qu’elles auront de mal à se marier.

Cela commence par un affaiblissement général de l’état de santé lié à la détérioration de l’ADN des cellules, se produisant dès les faibles doses dues à l’exposition aux retombées radioactives des bombes atomiques (2400 ont explosé à titre d’essais !), et à celles des catastrophes nucléaires. Il faut y ajouter les contaminations par les rejets autorisés en fonctionnement « normal » des centrales et des centres nucléaires tels que la Hague, Sellafield, Cadarache. Cet affaiblissement peut conduire non seulement à un vieillissement précoce, mais à diverses maladies : système cardiovasculaire, glandulaire tel que thyroïde ce qui entraîne pathologies et retards mentaux, affections neurologique, du foie, du pancréas, des reins, d’où diabète, stérilité, etc.

Ces données ne résument pas tous les problèmes dont souffrent les personnes irradiés on contaninées. Il reste les maladies liées à l’atteinte du système immunitaire, le “Sida de Tchernobyl”, les maladies auto-immunes, les hypothyroïdies, les diabètes sucrés type I et type II, et d’autres maladies endocriniennes, y compris la stérilité, des maladies digestives, gastrites et ulcères duodénaux, le retard pour la cicatrisation des plaies ou pour la réparation des fractures .

La majorité de ces maladies touchent davantage les jeunes. Mais aussi, pour tous, après un temps de latence de quelques années, on constate des atteintes du système nerveux central, troubles neuro-psychiques, états dépressifs fréquents pouvant conduire au suicide, schizophrénie cinq fois plus fréquente chez les irradiés ou contaminés que dans la population non irradiée et non contaminée. Également difficultés à penser, perte de mémoire, fatigue intense et persistante (syndrome de fatigue chronique), impuissance sexuelle, douleurs neuro-musculaires et articulaires.

Les mêmes effets ont été reconnus chez les vétérans des guerres où des soldats ont été exposés aux aérosols des explosions d’obus à tête d’uranium (dit uranium appauvri) notamment en Serbie. On peut retrouver ces symptômes chez des militaires qui ont participé aux essais nucléaires.

Mais pour le lobby c’est simple, « circulez il n’y a rien à voir », cela est dû à la peur du nucléaire, la nucléophobie qui provoque ces dommages. C’est donc simplement psychologique, et si votre gamin est malade c’est parce qu’il est sensible à votre stress, ou si dans les hopitaux d’Irak les naissances de monstres affreux se multiplient, c’est encore la faute des parents et non de la pollution par les poussières d’uranium…..

Pour en savoir plus, consulter (17).

A propos des faibles doses de contamination, (d’après Michel Fernex (18), à Biederthal, le 15 septembre 2015).  

Dès 1958, Alice Stewart (qui fut la première présidente du CERI à sa création) porte à la connaissance de la communauté scientifique et du public le fait que de très faibles doses de rayonnements ionisants sont cancérigènes pour le fœtus pendant la grossesse. On découvre une augmentation de l’incidence des cancers et notamment des leucémies aiguës des enfants étant nés ou habitant autour des centrales nucléaires.

Autour de la centrale atomique de Krümmel en Allemagne, l’incidence des leucémies de l’enfant a nettement augmenté 5 ans après la mise en route de la centrale en 1983. Une pétition avec 10’000 signatures de citoyens inquiets a demandé une enquête et une étude épidémiologique de grande envergure a été initiée. Les chercheurs ont étudié l’incidence des leucémies autour de 16 centrales atomiques allemandes. Cette étude finalement publiée en 2007 montre que ces centrales, situées dans des environnements très différents, s’accompagnent d’une augmentation statistiquement significative du nombre de leucémies aigües chez le jeune enfant (moins de 5 ans) dans un rayon de 5 km autour des centrales.

Les sites de retraitement des déchets nucléaires sont source d’une augmentation des leucémies aigües et d’autres cancers dans un bien plus vaste territoire qu’autour des centrales atomiques. C’est le cas du site de Sellafield en Grande Bretagne. L’augmentation des leucémies aigües autour du site de retraitement de La Hague en France a été démontrée par le professeur Jean-François Viel, qui a été sanctionné pour cette révélation.

Qu’en est-il de la descendance d’adultes ayant été irradiés. D’après les études du Pr Goncharova (19)sur des rongeurs et des poissons, il n’y a pas d’adaptation génétique à l’effet mutagène des rayonnements: la fréquence des mutations continue à croître dans les générations successives au delà de la 10ème génération.

Michel Fernex a fait état d’observations sur un insecte , le « papillon bleu », dont les malformations présentes sur la 1ere génération irradiée, augmentent sur les générations suivantes au point qu’à la 10ième plus de la moitié des papillons sont touchés…

Et voila pourquoi les enfants et petits enfants des vétérans ou des liquidateurs de Tchernobyl sont touchés, comme le sont les descendants des populations contaminées… (voir les naissances monstrueuses dans les hopitaux irakiens des zones de guerre contaminées par les obus à terre d’uranium).

(1) CERI (Comité Européen sur le risque de l’irradiation, créé en 1997 à l’initative d’Alice Stewart) Recommandations 2003 du CERI, traduit par Françoise Dupont et Paul Lannoye, disponible en librairie, ed Frison-Roche, 2004.

(2) UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, créé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1955) C’est l’instance de l’ONU qui «  dit la science », qui en a le monopole sans contestation possible. Ses membres sont nommés par les Etats, ils sont choisis évidemment pour porter la parole officielle et neutraliser toute remise en cause (par exemple nier l’effet des contaminations par de faibles doses).

(3)  Le monde comme projet Manhattan , Jean-Marc Royer, ed le passager clandestin, 2017

CIPR  La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, en anglais International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant la mesure de l’exposition aux rayonnements ionisants et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations. Issue de la création en 1928 du Comité international de protection contre les rayons X et le radium, elle est formellement fondée sous son actuelle appellation en 1950. Toujours de jure une association-fille de la Société internationale de radiologie, son domaine d’intérêt ne se limite plus à la protection dans le secteur médical : ses travaux englobent aujourd’hui l’ensemble des aspects de la protection contre les radiations (ou radioprotection), par exemple la sécurité des travailleurs du nucléaire ou la protection de la population. Désormais, la CIPR émet également des recommandations dans le domaine de la radiopharmaceutique. Elle fonde ses préconisations sur la base des indications fournies par l’UNSCAER.

(5) Irradiation ou contamination. Il convient de bien faire la différence entre l’irradiation, rayonnement que le corps reçoit de l’extérieur, et la contamination qui concerne l’ingestion ou l’absorption par l’air, l’eau, la nourriture, les blessures, de radioélements qui en se désintégrant détruisent ou modifient les cellules voisines.

(6) Vivre dans « le jardin nucléaire » avec Ethos, un crime contre l’humanité, Pierre Péguin 2016 https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un-crime-contre-lhumanite/, ou http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2016/11/07/Vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-Ethos-un-crime-contre-l-humanite,

(7« La Comédie Atomique », Yves Lenoir, ed La découverte, 2016

(8) IRSN: L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) C’ est l’expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques. Ne comptons pas trop sur ce comité de l’IRSN pour reélement nous protéger même si des associations y participent voire s’y compromettent (l’ACRO, France Nature Environnement, Ligue nationale contre le cancer).

(9) <La science asservie>, Annie Thébaud-Mony, ed La découverte, 2014. Comment les lobbies instaurent la « stratégie du doute » pour nier les risques industriels (amiante, plomb, nucléaire, pesticides, etc.) et leurs conséquences.

(10) Chernobyl : Consequences of the catastrophe for people and the environment, Alexey Yablokov (Vassili Nesterenko et Alexey Nesterenko, publication de l’Académie des sciences de New York (NYAS), Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1181, Wiley-Blackwell, avril 2010) fait état d’un nombre de décès attribuables aux retombées de l’accident de Tchernobyl, entre 1986 et 2004 de 985.000, dans le monde entier.

(11)L’Arrêt immédiat du nucléaire est techniquement possible à l’échelle européenne par Élisabeth Brenière et François Vallet. Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/2019/Arret_immediat_Europe.pdf,

(12) ETB (Enfants Tchernobyl Bélarus, site http://enfants-tchernobyl-belarus.org

(13) Le CEPN, Centre d’Étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, représente le lobby nucléaire français il rassemble : EDF, AREVA, CEA, l’IRSN ! Les membres de ces structures sont tous issus du même moule, cooptés ou nommés hors de tout processus démocratique, ils sont interchangeables. Ainsi Jacques Lochard fut directeur du CEPN et vice président de la CIPR.… Et c’est le CEPN qui a obtenu de l’Europe un financement pour développer les programmes Ethos et Core en Biélorussie destinés à convaincre les populations de vivre en zones contaminées par Tchernobyl, avec tous les risques que cela comporte, programmes que le CEPN applique maintenant à Fukushima. C’est un véritable crime contre l’humanité.

(14) De la pectine de pommesà Ethos et au crime contre l’humanité ! Par Annie et Pierre Péguin natureetprogres.org/wp-content/uploads/articles/article80.pdf Les enfants particulièrement touchés par les catastrophes nucléaires, peuvent être soulagés par des cures de pectine, mais….. cela pourrait porter atteinte à l’image du nucléaire….

(15) Tchernobyl : Publication de l’Académie des sciences de New York (NYAS), Chernobyl : Consequences of the catastrophe for people and the environment, Alexey Yablokov (Vassili Nesterenko et Alexey Nesterenko. Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1181, Wiley-Blackwell, avril 2010).

(16) Bandajevsky, Actes de la 3e Conférence internationale du Comité européen sur le risque de rayonnement, Lesbos Grèce, 5-9 mai 2009.

(17) Monique Sené, risques liés à une exposition aux radiations ionisantes autres que le cancer, Physicienne nucléaire. Directrice de la Gazette nucléaire.

(18) Michel Fernex, professeur émérite de la faculté de médecine de l’université de Bâle. Biederthal, 15 septembre 2015 Excès de mortalité par leucémies aigües chez les enfants autour des centrales nucléaires en état de marche normal.

(19 Pr Goncharova, avril 1997, colloque organisé à Genève par le centre universitaire d’écologie humaines et des sciences de l’environnement et publié dans les actes du colloque (avril 1998) « Ecologie humaine après Tchernobyl –Minsk ».

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Après le séisme du 11 novembre en Ardèche, qu’en est-il du nucléaire régional ?

par Pierre Péguin,

physicien

le 14 novembre 2019, Pierre Péguin, du Collectif Halte Aux Nucléaires Gard (CHANG).

Lundi 11 en fin de matinée, un séisme d’une magnitude de 5,4 sur l’echelle de Richter a gravement touché la ville du Teil en Ardèche (en face de Montélimar à une dizaine de kms des réacteurs de Cruas, à une trentaine de ceux du Tricastin, et à une quarantaine du site nucléaire de Marcoule qui, facteur aggravant, y reçoit et conditionne le plutonium destiné aux réacteurs « moxés » (1)). C’est le séisme le plus important survenu en France en seize ans. Au delà des victimes (1 mort et des blessés) les habitants de la région se sont immédiatement inquiété du risque de catastrophe atomique et de l’état des centrales nucléaires.

Rappels sur le risque sismique

La région du bas Rhône est une zone de risque sismique important. Sous la pression de la plaque tectonique Afrique sur la plaque Europe, la région est très ssurée avec trois grandes failles qui partent de la Méditerranée vers le nord de l’Europe, et de nombreuses failles transversales. Il en résulte un grand risque sismique illustré par le séisme dévastateur de 1909 de Lambesc, en Provence, de magnitude 6,2. Notons aussi Le séisme de Clansayes en juin 1772 (à 14km de Tricastin) dont les répliques durèrent longtemps.

En remontant sur des milliers et des dizaines de milliers d’années, la paléosismologie a révélé l’existence de tremblements de terre d’intensité ou de magnitude très supérieures à celles révélées sur la séquence historique. Nous ne sommes donc pas à l’abri de secousses bien plus fortes que celles prévues.

Les raisons légitimes de l’inquiétude de la population

Les réacteurs de Cruas et Tricastin ont été construits sur la base d’un risque sismique d’une magnitude de 4,7 avec une majoration de sécurité, de magnitude 5,2. Cela nous paraît tout à fait insuffisant, la vallée du Rhône étant particulièrement exposée.

– A la vétusté des équipements , aussi bien à Cruas qu’au Tricastin, s’ajoute de graves défauts déjà identifiés tels que les fissures des cœurs de réacteur, les soudures des échangeurs de chaleur, la corrosion des circuits, ou même le risque d’indisponibilité des groupes électrogènes de secours. Tout cela inquiète légitimement sur les possibles dégradations dues au tremblement de terre.

– Il n’y a pas que les bâtiments et les équipements des réacteurs qui peuvent être atteints par un séisme et mettre en danger leur fonctionnement. La rupture de barrage en amont, la rupture de la digue le long du Rhône qui protège le Tricastin peuvent avoir pour conséquence l’inondation des installations comme cela s’est produit à Fukushima. Cela a d’ailleurs été dénoncé par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire).

Comment est gérée l’activité du nucléaire suite au seisme (3).

La centrale de Cruas comprend quatre réacteurs (915 MW chacun) et représente environ 5% de la production nucléaire française, EDF doit désormais procéder à son

examen. Cruas 1 avait été stoppé début septembre pour des travaux de maintenance. Cruas 2, 3 et 4 ont été arrêtés dès lundi soir, avec l’intention de les redémarrer dès vendredi soir. Mais EDF a averti ensuite que le redémarrage pourrait être retardé, en raison « de la durée du processus de contrôle en cours ». « EDF devra vérifier, entre autres, l’absence de fissures, de fuites au niveau des joints, voir si les ancrages ont été endommagés ou si les équipements ont besoin de nouveaux essais ». Nous apprenons ce jour qu’EDF a prolongé les arrêts des quatre réacteurs et en prévoit les redémarrages échelonnés entre le 2 et 19 décembre.

Deux réacteurs de Tricastin sur les quatre sont également arrêtés:

https://www.services-rte.com/fr/visualisez-les-donnees-publiees-par-rte/production- realisee-par-groupe.html, tandis que l’usine d’enrichissement GB2 n’est pas en fonctionnement.

Questions et commentaires. Si au premier abord la magnitude de 5,4 dépasse la marge de sécurité fixée à 5,2, l’exploitant prétend qu’il ne faut considérer que les ondes de surface qui n’auraient atteint que la magnitude de 4,5. Attendons à ce sujet d’en savoir plus.

Dès l’annonce du séisme, la CRIIRAD (2) en situation de vigilance renforcée a confirmé que ses balises de surveillance en continu de la radioactivité atmosphérique en Vallée du Rhône (Valence, Montélimar, Saint-Marcel d’Ardèche, Avignon) n’ont mis en évidence aucune contamination ou élévation anormale du rayonnement ambiant.

Mais on peut se poser des questions sur ce qui a été annoncé jusqu’à présent, ou pas, par EDF et l’ASN :

– Pourquoi le dépassement de seuil n’a été détecté que par un seul des cinq capteurs du site de Cruas? Quelle est la valeur détectée par ce capteur et par les autres ?

– Pourquoi les réacteurs en fonctionnement au moment du séisme n’ont pas été arrêtés instantanément, alors qu’un dépassement de seuil avait été détecté ; est-ce conforme aux règles de sûreté qu’un dépassement de seuil mesuré par un capteur sismique n’entraîne pas la mise à l’arrêt automatique des réacteurs du site ?

– Et la gestion du réacteur Cruas 4 pose question. IL a fonctionné à puissance réduite (360 à 420 MW) depuis le 13 octobre avec des oscillations de puissance irrégulières. Le 9 novembre, entre 3h et 5h du matin, le réacteur a été mis à l’arrêt (4) jusqu’au 10 novembre pour remonter en puissance jusqu’à 400 MW environ. Le 11 novembre, à 17h, il a été arrêté progressivement.

Que s’est-il réellement passé pendant près d’un mois pour que le réacteur N°4 fonctionne à puissance réduite avec cet arrêt en urgence? EDF faisait-elle des essais? Est-ce « normal » et autorisé par l’ASN de faire fonctionner un réacteur de 900 MW au tiers de sa puissance pendant une période aussi longue ? L’ASN était-elle au courant ?

ON ne peut donc, décemment, se contenter du message rassurant de ces dernières heures « aucune incidence n’est à craindre, ni sur la production d’électricité ni sur la sûreté des installations des centrales du Tricastin et de Cruas ».

Tout cela nous montre une fois de plus qu’on frôle le risque de catastrophe atomique! Jusque là nous avons eu de la chance, mais jusqu’à quand ?

Quand les décideurs comprendront-ils qu’ils n’ont pas le droit d’exposer les populations à de tels dangers. Ces dangers imposés sans débat démocratique, ne se justifient pas. Ils imposent l’arrêt des vieux réacteurs de notre région en extrême urgence, pendant qu’il en est encore temps.

(1) une bonne partie des plus vieux réacteurs, ceux de 900MW peuvent utiliser un « combustible » conditionné à Marcoule appelé MOX, mélange d’oxydes d’uranium dit « appauvri » et de plutonium, ce qui les rend plus dangereux.

(2) CRIIRAD, Communiqué du 12 novembre 2019 13H, Site http://www.criirad.org

communiqué de presse STOP nucléaire Drôme Ardèche (collectif ADN) – 11 novembre 2019 18h

(3) La consultation du site internet de RTE indique en temps réel l’état de fonctionnement de l’ensemble des moyens de production d’électricité en France : https://www.services- rte.com/fr/visualisez-les-donnees-publiees-par-rte/production-realisee-par-groupe.html

(4)Le CAN du Sud Est indique sur son site internet qu’il y a eu un arrêt en urgence du réacteur N°4 le 9 novembre : http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php? post/2019/11/10/Centrale-atomique-de-Cruas-%3A-arr%C3%AAt-d-urgence-d-un-r %C3%A9acteur-nucl%C3%A9aire

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Le nucléaire national va de plus en plus mal, le danger qui nous menace s’accroît

Pierre Péguin, septembre 2019

Les mauvaises nouvelles de l’industrie nucléaire s’accumulent et nous ne pouvons que nous en réjouir, nous qui en annonçons depuis longtemps la faillite inexorable, les dégâts avérés sur la santé des populations et des travailleurs, et qui en revendiquons l’arrêt au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard pour une catastrophe. Mais les conséquences et les dangers liés à la gestion irresponsable du nucléaire sont de plus en plus graves.

Signe des temps, des grands médias jusque là discrets sur les difficultés du complexe électro nucléaire s’ouvrent maintenant à ses déboires qui s’ajoutent les uns aux autre : Fiasco de l’EPR de Flamanvile et de celui de Finlande qui déconsidèrent définitivement les « fleurons de notre industrie », malfaçons frauduleuses des pièces élaborées par Framatome au Creusot, quasi faillite d’EDF et d’Areva engagés dans des programmes insensés, mais sauvés par l’État à coup de milliards et de restructurations (Areva/Orano, casse d’EDF en préparation).

Ajoutons les surcoûts et retards considérables des équipements en construction à Cadarache qui sont peu médiatisés: C’est d’abord le cas d’ITER, gigantesque machine destinée à essayer de rendre crédible la fusion nucléaire (1). On pense qu’il ne sera qu’un échec de plus, après avoir englouti des sommes considérables, et provoqué tant de dégâts écologiques. Et c’est aussi le cas du réacteur Jules Horowitz (2) annoncé pour un coût d’un demi milliard, et qui en est maintenant à 4 fois plus…..

Mais la nouvelle la plus surprenante reste celle de l’abandon du projet de réacteur de 4ème génération, Astrid (3), dit « réacteur à neutrons rapides » ou « RNR ». Sa réalisation préparée par le CEA (4) était prévue à Marcoule, et près d’un milliard d’€ lui ont déjà été consacrés. Astrid s’inscrivait dans la filière des « surgénérateurs » dont on connaît les déboires, Phenix à Marcoule et Superphenix à Morestel.

Cette filière est conçue pour fonctionner avec l’uranium dit « appauvri » dont on accumule des stocks (5), et avec le plutonium, matériau de la plus haute dangerosité, extrait à la Hague (6). Sa technologie est encore plus pointue et dangereuse que celle des réacteurs actuels à eau pressurisée (7). La dangerosité est d’autant plus grande que c’est le sodium liquide qui en assure le refroidissement, alors que celui-ci brûle au contact de l’air et explose au contact de l’eau. L’abandon du projet Astrid, après l’arrêt définitif du réacteur Monju au Japon, signe la fin (provisoire?) de cette filière, c’est une excellente nouvelle pour la sécurité des populations !

Cet abandon est tout de même surprenant : En effet c’est depuis une soixantaine d’années, que le CEA travaille sur deux filières « du futur » destinées à maintenir la France au top de la technologie : La fusion nucléaire dont ITER est l’énorme avatar, et la surgénération promise à illustrer « le nucléaire durable » dont Astrid devait être le prototype, et démontrer l’excellence d’un système fonctionnant sur lui même pour produire de l’énergie à profusion.

On ne croirait donc plus en haut lieu à ce rêve de l’électricité abondante et pas chère ? Il y aurait-il perte d’influence du CEA et de ses cadres issus du Corps des Mines, face à un chef de gouvernement énarque et à EDF aux mains du Corps des Ponts? La nucléocratie en serait-elle réduite à prendre en compte la réalité économique d’une technologie devenant de plus en plus onéreuse et non compétitive face aux renouvelables dans le marché européen de l’énergie électrique (8)?

Ce qui est moins surprenant est le projet de casser EDF pour séparer les activités rentables, telles que les renouvelables dont le très rentable hydraulique, activités privatisables, de celle justement qui ne l’est pas, le nucléaire, qui nécessite des apports financiers tellement importants que seul l’État peut les couvrir et en assurer le fonctionnement. Une fois de plus nos gouvernements au service du libéralisme s’illustrent dans la privatisation de secteurs publics lucratifs (cf les autoroutes) pour ne garder que ceux qui ont besoin d’être refinancés.

Au delà de la ponction sur les impôts, les tarifs d’électricité sont appelés à augmenter sensiblement. Il y aura dans l’avenir à assurer les coûts faramineux du démantèlement des réacteurs et des usines atomiques, et celui de la gestion des déchets radioactifs pour bien longtemps. De plus aucune société d’assurance ne peut prendre en charge le risque atomique, cela ne peut rester qu’à la charge de l’État…. N’est-ce pas la démonstration de ce que le nucléaire est la plus mauvaise, la plus chère, et la plus dangereuse façon de faire bouillir l’eau nécessaire aux alternateurs produisant l’électricité ?

Mais ne chantons pas victoire trop vite, le nucléaire militaire ne baisse pas la garde et au contraire se modernise dans le cadre de la programmation militaire pluriannuelle, tandis que les menaces internationales de conflit sont de retour, Trump ayant rallumé la mèche (9).

Et surtout nous sommes entrés dans une phase de dangers accrus pour notre sécurité. Le fonctionnement de nos équipements était déjà inquiétant, et nous avions eu la chance d’échapper jusque là à la catastrophe, mais la déliquescence actuelle du nucléaire en accroît fortement les dangers.

En quoi l’industrie nucléaire devient-elle de plus en plus dangereuse ?

Chacun sait qu’elle l’est déjà. La dispersion planétaire de multiples radioéléments par vents et eaux contribue à l’épidémie de cancers et de maladies graves qui sévit depuis quelques dizaines d’années. Ces contaminants radioactifs issus des nombreuses bombes atomiques explosées (plus de 2000), et des catastrophes et multiples difficultés de fonctionnement des réacteurs et usines nucléaires, ont touché l’ADN de tout le vivant et dont les altérations sont transmissibles.

Pour illustrer les effets de la contamination généralisée de notre environnement, un cabinet d’étude le CERI (10) a évalué, à la demande de députés écologiques européens, la mortalité liée au nucléaire depuis son origine à 61 millions de victimes, et c’était en 2003. Combien aujourd’hui car l’épidémie perdure plus que jamais.

Mais de nos jours nous avons de plus en plus à craindre une catastrophe atomique en France qui bouleverserait complètement nos vies, comme cela se passe en Biélorussie et au Japon suite à Tchernobyl et Fukushima (11). Nous avons déjà frôlé ce processus, par exemple au Blayais en 99, et avons eu la chance d’y échapper, mais jusqu’à quand ?

Les budgets consacrés à l’entretien se restreignent, les temps d’arrêts imposés aux sous-traitants pour leurs interventions dans les réacteurs se retrécissent et obligent en quelque sorte à bâcler le travail. Les travaux sont confiés aux entreprises les « moins dis-antes », voire les moins compétentes, et les moins regardantes sur les doses reçues par leurs personnels intérimaires dont le suivi médical n’est pas assuré. Quant aux agents d’EDF qui perdent en compétence et en fierté de leur travail, ne sont-ils pas menacés par le découragement et risquent-ils de manquer de vigilance ? Tout cela avec des équipements vieillissants dont une partie des éléments ont été élaborés au Creusot sans respect des normes de qualité.

Dialogue imaginaire pour répondre à un pro nucléaire, même si on n’y connaît rien mais qu’on en a compris le danger:

– Le pro-nuc : Mais on ne peut pas se passer du nucléaire,

– Et bien retournons à la caverne et à la bougie comme tous les autres pays européens voisins qui, à part la Belgique, en sont tous sortis ou finissent d’en sortir comme l’Allemagne,

– Oui, mais il va falloir brûler plus de fossiles pour compenser, bonjour l’effet de serre !

Si peu, le climat n’est qu’un prétexte (13). le nucléaire ne fournit dans le monde que 10 % de l’électricité, soit 2 % de l’énergie totale consommée, l’augmentation de 2 % de consommation d’énergie fossile peut facilement être compensée par des mesures de sobriété et par le développement des renouvelables. C’est vrai qu’en France l’État nous a mis dans une situation critique unique au monde, le nucléaire produisant près des 3/4 de l’électricité. Mais ces 3/4 d’électricité ne sont finalement que 11 % de

l’énergie totale consommée. Nous gaspillons tant d’énergie qu’il ne serait pas difficile de l’économiser autant et ainsi faire reculer le risque de catastrophe.

Peut-être, mais en tout cas cette conversion prendra du temps, ce que tu racontes n’est pas pour demain !

Bon alors prenons l’exemple d’un immeuble dont on s’aperçoit qu’il menace de s’éffondrer, comme à Marseille, doit-on attendre plusieurs années de construire de nouveaux logements bien étudiés pour évacuer ? Non bien sûr, on évacue immédiatement.

Ne sommes-nous pas dans la même situation avec le risque de catastrophe qui peut survenir dès demain ? Donc je revendique d’arrêter immédiatement.

Et à part la bougie et la caverne dont tu parlais, comment ferons-nous en France pour assurer nos besoins légitimes et le fonctionnement de la société, des hôpitaux?

Mais on sait maintenant que les capacités de production européennes d’électricité sont excédentaires, elles peuvent couvrir provisoirement nos besoins en attendant qu’une vraie politique de sobriété et de développement des renouvelables nous rendent autonomes. On en bénéficie déjà pour assurer nos pointes de consommation, ce sont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et autres qui soutiennent notre réseau électrique, car là encore seule la France a des pointes aussi importantes tant est grand le gaspillage de consommation électrique.

Que ce dialogue possible ne nous fasse pas oublier que

– de toutes façons on ne sortira jamais du nucléaire car il faudra en assurer le démantèlement pendant des dizaines d’années, et en gérer les déchets pendant des millénaires !

– Et même après son arrêt les risques perdurent dans la gestion des déchets, et du démantèlement. En particulier les piscines de refroidissement des combustibles usés sont très fragiles face à des séismes ou des attaques, la destruction de l’une d’entre elles aurait des conséquences terribles.

– Enfin le militaire qui nous maintient au bord de cataclysmes (9) par l’existence d’armes atomiques pouvant tout détruire.

Cela montre bien que l’existence même du nucléaire est absurde, insensée ! Vouloir en faire un outil pour contenir le bouleversement climatique est un bluff (12) que nous avons à dénoncer.

Revendiquons l’arrêt du nucléaire dans notre pays le plus nucléarisé du monde par habitant, et dont la gestion de nos équipements vieillissants en aggrave dangereusement les risques. La surcapacité de production électrique européenne et l’interconnexion des réseaux rend cet arrêt possible (13).

(1) ITER, https://apag2.wordpress.com/2018/08/02/iter-tritium-danger-%e2%80%a8larnaque- mortifere-du-lobby-du-nucleaire/

(2) Réacteur Jules Horowitz, destiné à des études de matériaux devant résister aux conditions de fonctionnement des réacteurs, et à l’élaboration de radioélèments commandés par certains secteurs tels que la médecine, Cadarache.

(3) ASTRID, https://www.youtube.com/watch?v=KLbjyYfsgSA, https://apag2.wordpress.com/2018/02/08/astrid-le-cea-en-di culte/

(4) CEA, Commissariat à l’Energie Atomique dont les cadres pour l’essentiel sont issus d’X corps des Mines, tandis qu’EDF est plutôt aux mains du corps des Ponts

(5) Uranium appauvri. C’est dans l’usine d’enrichissement duTricastin qu’est préparé l’uranium « enrichi » en isotope ssible U235 destiné à être utilisé dans les réacteurs, cet enrichissement entraine la production d’uranium dit « appauvri » en U235 en grande quantité (7 fois plus).

Les stocks s’accumulent inutilisés sauf par l’armement militaire! http://coordination- antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/02/02/A-propos-de-l-uranium-dit-appauvri,

(6) Plutonium. C’est dans l’usine de retraitement de la Hague, haut lieu d’intense pollution radioactive, qu’est extrait le plutonium du combustible usé des réacteurs en fonctionnement. Le plutonium n’existe pratiquement pas à l’état naturel, c’est la pire substance jamais élaborée par les humains par son extrème radio- et chimico- toxicité, et par sa très longue durée de vie (période d’un peu pkus de 24,000 ans).

(7) PWR, les réacteurs en fonctionnement en France, réacteurs à eau sous pression, ont été construits sous licence Westinghouse. Signe des temps, l’entreprise Westinghouse a fait récemment faillite.

(8) « Le nucléaire trop lourd et coûteux pour sauver le climat », selon un rapport de l’agence Reuters du 24 sept 2019, et bien d’autres articles.

(9 ) « Le monde au bord de la crise nucléaire » par Jacques Hubert-Rodier un article des Echos Publié le 20/09/19

« L’abandon des grands traités de réduction et d’élimination des armes nucléaires conclus entre la Russie et les Etats-Unis fait peser une grave menace sur le monde. Le monde se rapproche dangereusement d’une situation de crise nucléaire, comme ce fut le cas à Cuba dans les années 1960 ou en Europe avec l’installation de missiles soviétiques SS-20 et de Pershing américains. »

(10) CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation, recommandations 2003. * ( 11) Ethos– https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-

ethos-un-crime-contre-lhumanite, (12) Blu s et mythes du nucléaire. Le prétexte du climat

Jean-Luc Pasquinet, Edition Libre et solidaire, date de parution : 17 octobre 2019. (13) L’Arrêt immédiat du nucléaire est techniquement

possible à l’échelle européenne par Élisabeth Brenière et François Vallet Arrêt du Nucléaire (ADN) http://collectif-adn.fr/2019/Arret_immediat_Europe.pdf,

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Unité 3 de Fukushima Daiichi : le transfert du combustible de la piscine a commencé

Pierre Fetet

http://www.fukushima-blog.com

27 mai 2019

(Résumé de l’article par son auteur)

 

Quand le bâtiment réacteur n°3 de Fukushima Daiichi a explosé le 14 mars 2011, il y avait 566 assemblages dans la piscine de refroidissement : 514 de combustible usé et 52 de combustible neuf. Depuis, ces 100 tonnes de combustible sont restées une menace dans un bâtiment déstructuré, malgré l’habillage récent, sans enceinte de confinement. Avec quelques années de retard par rapport aux prévisions, Tepco vient de commencer à retirer ces assemblages pour les transférer dans la piscine commune du site.

Or, malgré tous ses efforts de communication, Tepco n’a jamais expliqué la succession d’explosions qui ont eu lieu en 2011 dans ce bâtiment réacteur n°3 en provoquant l’émoi du monde entier. L’opérateur n’a pas plus montré l’état des combustibles de la piscine de refroidissement, sinon par de rares photos prises à quelques endroits de la piscine. C’est pourquoi il est intéressant de suivre l’évolution de ce transfert d’assemblages, opération qui est programmée pour durer deux ans.

 

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Bure : pourquoi le projet d’enfouissement des déchets nucléaires est si contesté

Bure-pourquoi-le-projet-d-enfouissement-des-dechets-nucleaires-est-si-conteste

par Thomas Liabot

Source : https://www.lejdd.fr/Societe/bure-pourquoi-le-projet-denfouissement-des-dechets-nucleaires-est-si-conteste-3581618

22 février 2018

Nous reproduisons ci-après un article certes ancien et dépassé, mais nous engageons nos lecteurs à consulter le site cité dans Liens ci-contre ainsi que les articles que nous avons publiés sur le sujet, notamment celui de Hans Zumkeller, Le projet CIGEO d’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires à Bure. IR

Les gendarmes ont évacué jeudi matin des opposants au site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure (Meuse). Retour sur les contours de ce projet décrié.
Cinq cents gendarmes ont été déployés mercredi à Bure (Meuse) pour « mettre fin à l’occupation illégale » du Bois Lejuc, épicentre de la lutte contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires. Ils mettent ainsi à exécution une décision de justice prise en avril par le Tribunal de grande instance de Bar-le-Duc ordonnant l’expulsion des occupants de cette zone. « Il n’est pas question que nulle part il y ait des zones de non droit », a insisté jeudi matin le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner. Voici ce qu’il faut savoir de ce projet.
Un chantier à 25 milliards d’euros
Le projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), contre lequel se battent les opposants expulsés du site par la gendarmerie jeudi, consiste à enfouir à 500 mètres sous terre des déchets nucléaires très radioactifs ou à vie longue. Après le vote en 1991 de la Loi Bataille, qui a défini un calendrier pour gérer à long terme les déchets radioactifs, plusieurs options et sites ont été étudiés.
Le site de Bure a été choisi en 1998 pour l’implantation d’un laboratoire souterrain, dont la construction a commencé deux ans après. En 2006, une loi, complétée en 2016, a retenu la solution du stockage réversible en couche géologique profonde.
Au total, ce projet va coûter 25 milliards d’euros. Le site d’enfouissement aura une durée de vie de 100 ans environ et devra être scellé autour de 2130.
80.000 m3 de déchets radioactifs à 500m de profondeur
Cigéo se prépare à accueillir 80.000 m3 de déchets : 10.000 m3 de déchets hautement radioactifs et 70.000 de déchets de moyenne activité à vie longue. Selon l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), ils représentent moins de 10% de la totalité des déchets produits mais forment plus de 99% de la radioactivité totale. En clair, ce sont les déchets les plus toxiques de France, ceux qui ne peuvent être traités, qui seront enfouis. On estime que leur durée de vie avoisine les 100.000 ans.
Pour l’instant, les déchets déjà produits sont stockés sur le site d’Areva à La Hague (Manche). Désormais, ils seront vitrifiés puis insérés dans de gros cylindres métalliques sur place, où ils devront passer 40 à 50 ans afin de refroidir suffisamment pour être entreposés en sous-sol.
A partir de 2030 environ et après accord du Parlement, les premiers déchets radioactifs arriveront à Bure en train. Ils seront ensuite acheminés dans les entrailles de la terre – à 490m de profondeur – avec un funiculaire via un tunnel en pente à 12%, sur 5 km Là, chaque « colis », de 500 à 600 kg pièce, sera entreposé dans la zone de stockage, vaste de 15 km2. Les déchets les plus dangereux seront introduits dans des alvéoles courant sur 100 m dans la roche argileuse.
Des arguments pour et contre
Enfouir des déchets nucléaires radioactifs n’est « pas une solution entièrement satisfaisante » mais c’est la « moins mauvaise », avait estimé Nicolas Hulot en novembre dernier. L’industrie nucléaire « nous laisse un tragique héritage de déchets à très haute intensité de radioactivité et de durée de vie très longue », et « que cela me déplaise ou pas, ils sont là, donc il va bien falloir qu’on s’en occupe », avait-il ajouté au Sénat lors d’une séance de questions au gouvernement.
Cet été, le directeur de Cigéo, Frédéric Launeau, avait assuré sur Europe 1 que « le projet s’appuie sur la géologie » : « La strate argileuse dans laquelle seront stockés les déchets est quasi imperméable. L’enfouissement permettra d’étaler dans un temps long le retour dans la biosphère de la radioactivité. »
Les détracteurs de ce projet pointent au contraire « l’insécurité géologique » : « Nul ne peut dire comment réagira la strate argileuse », pointe par exemple Greenpeace. « On préfère nous faire croire que l’on a trouvé une solution à la gestion des déchets radioactifs en les enfouissant en profondeur. Mais ce n’est pas le cas », avait aussi critiqué Jacques Leray, porte-parole du Cedra (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs), sur Europe 1.
« En choisissant d’enfouir, on nie le problème lié au fonctionnement de l’industrie nucléaire. Et on ne fait pas confiance à l’espèce humaine, ni aux progrès de la science. La technologie peut évoluer et permettre dans plusieurs dizaines d’années de trouver une meilleure manière de traiter ce type de déchets, d’autant que l’enfouissement est irréversible », estime-t-il.
D’autant plus que courant janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à Cigéo de revoir sa copie pour les déchets les plus inflammables. « Si ce sujet n’est pas traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne sera pas autorisé par l’ASN », avait indiqué le président de cette dernière, Pierre-Franck Chevet, dans un entretien au Monde.
(avec AFP)

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Baster sur Bure ?

Nous reproduisons ci-après un échange de correspondance informatique entre le représentant du blog de l’APAG2 et celui du blog Biosphère. Le point de vue des écologistes qui publia le 23 février 2018 un article intitulé “Les zadistes à Bure, c’est un combat perdu d’avance”

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/02/23/les-zadistes-a-bure-cest-un-combat-perdu-davance/

 

Ivo Rens à Michel Sourrouille (biosphere@ouvaton.org)

16 mars 2018

 

Bonsoir !

Je suis très affligé de l’article que vous avez publié sous le titre “Les Zadistes à Bure, c’est un combat perdu d’avance”.

D’abord, qu’un combat soit perdu d’avance n’est ni moralement, ni politiquement, un argument responsable.

Le problème du stockage des déchets mérite d’être discuté sérieusement.

Il y a des solutions autrement moins risquées que celles retenues par la nucléocratie française.

En témoigne l’article de Hervé Kempf du 16 février 2018 que j’ai reproduit sur le blog de l’APAG2 :

https://apag2.wordpress.com/2018/02/19/dechets-nucleaires-il-faut-que-letat-cesse-de-mentir/

J’avais publié sur ce même blog, le 12 février 2014, un article qui me semble important de Hans Zumkeller.

Cet article est intitulé “Le projet CIGEO d’enfouissement en profondeur des déchets nucléaires à Bure : Comment l’aventurisme des nucléocrates s’apprête à engager la France dans un désastre sans précédent qui pourrait bien, un jour, être qualifié de crime contre la biosphère”. En voici le lien :

https://apag2.wordpress.com/2014/02/12/cigeo/

Dans cet article une solution nettement moins risquée est esquissée qui consisterait à entreposer ces déchets sous terre, mais dans des falaises qui demeureront accessibles dans les décennies et les siècles à venir, contrairement à l’enfouissement en profondeur à Bure dont les risques sont immenses.

Il me semble que votre blog aurait avantage à dialoguer avec Hervé Kempf et Hans Zumkeller.

Bien cordialement,

Ivo Rens

Professeur honoraire

Université de Genève.

 

Michel Sourrouille à Ivo Rens

17 mars 2018

Bonjour Ivo

Soucieux de permettre une réflexion approfondie de nos lecteurs, nous avons repris sur notre blog l’argumentaire que tu nous a envoyé :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2018/03/17/pour-une-alternative-a-lenfouissement-a-bure/

Cependant mettre des déchets à très longue vie dans des piscines ou dans des grottes ne dit rien sur les possibilités humaines de maintenance des lieux pendant des centaines d’années. La question reste donc entière : vaut-il mieux des déchets toxiques à 500 mètres sous terre ou à l’air libre pendant une période qui dépasse nos capacités socio-économiques ? Qu’est-ce qui est le plus risqué ?

Bien à toi, 
Michel Sourrouille

 

 

Ivo Rens à Michel Sourrouille

17 mars 2018

Bonjour Michel,

Je pense que vous avez bien fait de placer les deux documents que je vous ai signalés sur votre blog.

Mais ce que vous m’écrivez me paraît indiquer que  l’argumentaire développé par Hans Zumkeller ne vous a pas convaincu : Les colis de déchets placés à 500 mètres sous terre ne resteront pas en l’état bien longtemps. Ils surchaufferont, pollueront durablement le sous-sol et réapparaîtront dans les nappes phréatiques, dans les sources et dans la terre arable qui sera durablement affectée d’une contamination radioactive.

Si les autorités françaises avaient écouté l’avertissement solennel que l’Association pour l’Appel de Genève lui avait adressé en 1978 au sujet du SuperPhénix, elles se seraient épargnées le coût de ce surgénérateur géant estimé par la Cour des comptes, en 1997, à 60 milliards de francs  français (soit quelque 9,1 milliards d’euros), estimation probablement largement sous-évaluée et ne tenant pas compte du démantèlement toujours en cours de cette installation. Je reconnais toutefois que grâce à l’abandon de ce surgénérateur géant, la France et l’Europe occidentale s’en tirent indemnes sur le plan radiologique !

En présence de pareils risques, la seule position responsable est un refus intransigeant.

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