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Nucléaire. Chronique d’un fiasco technologique

Campus, magazine scientifique de l’Université de Genève

 

Telle est la manchette qui orne la couverture du numéro 125 de Campus, le magazine scientifique de l’Université de Genève, publié en juin 2016.

Annonçant un dossier comportant une série d’articles consacrés à ce sujet, Campus annonce, toujours sur sa couverture que “l’abandon programmé de l’énergie nucléaire sanctionne ce qui apparaît avec le recul comme une erreur technologique”. (1)

 

 

“Le nucléaire est un choix technologique erroné qui a coûté (et qui coûtera encore) des sommes pharaoniques pour un résultat très médiocre.”

Cette déclaration du professeur Walter Wildi, professeur honoraire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève et ancien membre de la Commission fédérale pour la sécurité des installations nucléaires de 1997 à 2007, tient lieu de titre au premier de ces articles qui est constitué d’une interview de cette personnalité. Toutefois, l’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Le professeur Wildi y relate, à grands traits, l’histoire du nucléaire en Suisse. Celle-ci débute en 1946 avec la décision du Conseil fédéral de mettre sur pied une commission chargée d’étudier les possibilités d’équiper la Confédération de l’arme nucléaire, option qui ne sera abandonnée officiellement qu’en 1988 !

Entretemps, la priorité fut donnée de développer “l’atome pour la paix”, selon la formule lancée par le Président Eisenhower devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 décembre 1953. Et, dans les années 1960, la Suisse décida de construire un réacteur expérimental, non sans arrière-pensée militaire. Ce réacteur divergea à l’automne 1968 et connut un accident grave, à savoir la fusion partielle de son cœur, en janvier 1969. Heureusement qu’il s’agissait d’un tout petit réacteur et qu’il avait été installé dans une caverne sur la commune de Lucens, dans le canton de Vaud. La contamination radioactive qui en résulta fut pratiquement confinée à la caverne…

En 1969 également, fut inauguré le premier réacteur commercial suisse, sous licence Westinghouse, dit Beznau I, dans le canton d’Argovie, qui est actuellement le plus ancien réacteur nucléaire au monde encore en activité.

Le professeur Wildi explique que, dans leur grande majorité, les physiciens n’ont jamais considéré les réacteurs nucléaires comme étant un sujet d’intérêt scientifique particulier, ce qui explique que cette technologie datant des années 1950 n’ait pas connu de percée scientifique majeure. Le projet de réacteur européen EPR en est, d’après lui, l’illustration. Quant au projet international de fusion thermonucléaire contrôlée appelé ITER, “il se fait toujours attendre” dit le professeur Wildi, mais en aucun cas il ne produira de l’électricité.(2)

Pour lui, si le basculement de l’énergie nucléaire vers les énergies renouvelables se heurte à des retards, c’est parce que les géologues se sont “royalement trompés” dans leurs évaluations des réserves disponibles d’hydrocarbure, comme l’atteste le développement des forages à fracturation hydraulique.

L’interview du professeur Wildi se déplace ensuite sur les problèmes consécutifs à l’arrêt des réacteurs, à savoir leur démantèlement et surtout le stockage des déchets radioactifs. Le stockage à l’écart de la biosphère pour de nombreux millénaires se justifie surtout par le fait que ces déchets sont susceptibles d’être utilisés pour la fabrication de bombes dites sales. “C’est pourquoi la Confédération planche depuis des années sur un projet de stockage en site géologique profond qui devrait aboutir à l’ouverture d’un site pour les déchets faiblement radioactifs vers 2050 et à celle d’un autre pour les déchets hautement radioactifs vers 2060. C’est un programme qui remonte à 1978 mais, depuis, on va d’échec en échec faute de vision globale.” Le coût actuel de ces opérations n’a cessé d’exploser, il est actuellement estimé à 21 milliards de francs.

Malgré sa brièveté, cette interview d’un expert ayant fait montre d’intégrité scientifique et de responsabilité éthique en démissionnant en 2012 du Comité consultatif « Gestion des déchets », explicite à lui seul déjà, les annonces de la page de couverture du numéro de juin 2016 de Campus.

 

Désastres chroniques. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima. Tu me fonds le cœur !

Tel est le titre du deuxième article constitué par une interview du professeur Martin Pohl, du Département de physique nucléaire et corpusculaire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Chacune de ces catastrophes a eu, selon le professeur Pohl, des conséquences environnementales et sanitaires très diverses.

En 1978, la première, qui se trouve être la moins grave des trois, a tout de même causé l’évacuation de 140’000 personnes habitant à moins de vingt miles – soit quelque 32 kilomètres – de la centrale, en Pennsylvanie.

En 1986, la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine, a entraîné l’évacuation de la ville de Pripiat et la constitution d’une zone d’exclusion de 10 kilomètres autour de la centrale, zone ensuite portée à 30 kilomètres. Quant au nombre de victimes, le professeur Martin Pohl ne mentionne malheureusement pas les contestations tenaces qui opposent aujourd’hui encore les responsables de l’AIEA, l’agence internationale de promotion de l’industrie nucléaire, et les nombreuses instances critiques qui parlent de plusieurs dizaines de milliers de morts, voire davantage, parmi les innombrables “liquidateurs” de l’accident, sans compter les autres victimes.

En 2011, la catastrophe de Fukushima due à la conjonction de deux catastrophes naturelles – un tremblement de terre et un tsunami – provoque la fusion des cœurs de trois des six réacteurs de cette centrale. Les autorités parviennent à évacuer quelque 200’000 personnes. Et le professeur Pohl d’affirmer : “Aucune mort n’est imputable à une irradiation excessive.” C’est sans doute exact pour mars 2011. Mais en 2016, une source non partisane, Le Point, rapporte : “Les statistiques du ministère de la Santé japonais évoquent, pour l’heure, le chiffre de 1’700 cancers mortels directement liés à la catastrophe nucléaire. Un chiffre « sous-estimé », à en croire plusieurs ONG, car cette province est peuplée de 9 millions d’habitants.” (3)

Quant aux conséquences de la pollution radioactive de l’Océan Pacifique, toujours en cours, le professeur Pohl n’en parle pas, probablement parce qu’elles sont encore largement inconnues.

 

Lucens sonne le glas des ambitions nucléaires suisses

Tel est le titre du troisième article, titre que corrige aussitôt le sous-titre : cet accident mit fin à l’ambition de fabriquer une centrale nucléaire 100% helvétique.

La professeur Wildi en a déjà parlé dans le premier des articles du dossier dont nous rendons compte.

Mais ce troisième article, qui ne procède pas d’une interview et qui n’est d’ailleurs pas signé, révèle que l’origine du projet réside dans la proposition d’un professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), formulée en 1956, à l’effet de remplacer le système de chauffage obsolète de son institut par un réacteur nucléaire qui fournirait non seulement la chaleur, mais en outre l’électricité nécessaire à l’EPFZ. Ledit réacteur devait être installé dans une caverne à une profondeur de 42 mètres, directement sous l’EPFZ. Heureusement pour cette vénérable Ecole, les suites qui furent données dans les années 1960 à ce projet aboutirent à la caverne de Lucens et à l’accident nucléaire de janvier 1969.

Il fallut cinq ans pour décontaminer l’intérieur de la caverne et démanteler le réacteur.

Il n’en reste pas moins que l’accident de Lucens figure parmi les dix avaries nucléaires les plus graves enregistrées dans le monde.

 

La petite histoire du mini-réacteur genevois

Le quatrième article, également non signé, de ce dossier est consacré au petit réacteur de recherche acquis par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et mis à la disposition de l’Université de Genève qui fonctionna de 1958 à 1989.

Ce réacteur fonctionna pendant tout ce laps de temps sans problème, mais à l’insu des habitants du quartier de la Jonction, à Genève. L’article ne signale pas les problèmes de tous ordres que pose la présence de pareille installation dans une ville à l’insu de la population.

 

Le sol garde le souvenir de la folie atomique

Cet article est issu d’une interview de M. Jean-Luc Loizeau, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas révélée.

Le souvenir en question est celui des “isotopes exotiques” de plutonium, d’américium, de cobalt et de quantité de produits de fission issus des explosions d’armes atomiques, mais aussi du fonctionnement normal et surtout accidentel de l’industrie nucléaire. Certains d’entre eux ont une demi-vie de quelques jours ou de quelques mois après quoi ils disparaissent ; d’autres ont une demi-vie de plusieurs siècles, millénaires ou millions d’années et laissent des traces durables dans le sol. Elles intéressent les géologues.

“Une partie de notre travail consiste à analyser des carottes de sédiments afin de reconstituer les conditions environnementales du passé récent. Et, dans les lacs suisses par exemple, nous retrouvons toujours des dépôts laissés par les essais nucléaires atmosphériques des années 1960, l’accident de Tchernobyl de 1986 et, plus localement, des rejets effectués par les centrales situées sur des affluents. Ces signaux, qui ne présentent plus aucun danger, ont un côté pratique : ils nous aident à dater les couches que nous étudions.”

Le plus dangereux des isotopes issus des explosions voulues ou accidentelles est le plutonium 239 dont la demi-vie est de 24’000 ans. “Issu essentiellement des essais nucléaires atmosphériques, sa présence dans les sédiments un peu partout dans le monde, même à des concentrations très faibles, pourrait bien survivre à l’humanité.”

 

Les atouts du modèle énergétique genevois

Cet article s’articule sur des déclarations du professeur Bernard Lachal, physicien de formation, professeur à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. Comme il ne porte qu’accessoirement sur le nucléaire, nous n’en retiendrons ici que la déclaration suivante du professeur Lachal.

“Il ne faut pas se précipiter. Les centrales sont là et elles vont continuer à fournir de l’énergie pendant dix ou vingt ans. Tout comme le fossile, nous en aurons besoin pour fournir l’électricité nécessaire à la transition. Il ne s’agit pas de basculer d’un système à l’autre du jour au lendemain, mais de monter progressivement en puissance en jouant sur différents tableaux et en progressant au cas par cas, jusqu’à parvenir à un approvisionnement énergétique 100% renouvelable.”

Selon ce professeur en tout cas, la Suisse ne doit pas se presser car les risques d’accident ou de sabotage ne la menaceraient pas !

 

Conclusion

Ce dossier est bienvenu. Il s’accompagne de photos, de notes marginales et d’une carte du nucléaire en Suisse pleins d’enseignements. Mais seul le premier article, dû au professeur Wildi, justifie pleinement le titre et le sous-titre accrocheurs de la version papier du numéro 125 de Campus.

 

Ivo Rens

Juillet 2016

 

 

(1) Le contenu de ces articles est accessible en ligne sur le site de Campus, sous un titre sobrement intitulé “Dossier” qui ne signale nullement ce qu’annonce la couverture de l’édition sur papier ! Trois autres titres d’articles tiennent la vedette dans la présentation numérique de ce numéro, à savoir “L’abolition vue de l’intérieur”, sur l’esclavage, “Le logiciel qui élague l’arbre de vie” et “En Suisse, on ne retient plus son dernier souffle”.

 

(2) On regrette que l’interviewer n’ait pas interrogé plus avant le professeur Wildi sur les aléas de la construction à Cadarache, dans le Midi de la France, du projet pharaonique ITER de fusion thermonucléaire contrôlée. Selon d’autres physiciens que nous connaissons, ce projet est en difficulté, ce tokamak géant risque de ne jamais pouvoir fonctionner et les chances qu’il débouche, comme prévu, sur la mise au point d’une nouvelle filière de production de courant électrique sont proches de zéro.

On regrette surtout que l’interviewer n’ait pas consulté le professeur Wildi sur la filière des surgénérateurs, qui date aussi des années 1950, et que la Suisse n’a pas adoptée mais que d’autres pays continuent à explorer, dont la France avec son projet Astrid en voie de réalisation à Marcoule.

 

(3) http://www.lepoint.fr/monde/fukushima-5-ans-apres-l-effarant-bilan-11-03-2016-2024557_24.php

 

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Incompétence et irresponsabilité dans le nucléaire I

Interview de Jean-Pierre Petit, physicien des plasmas

Ancien Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique

Première partie

Décembre 2015

APAG2 : Jean-Pierre Petit nous attendons depuis des mois que vous puissiez installer sur le net de nouvelles vidéos concernant le nucléaire.

J.-P. Petit : Il peut sembler étrange que je ne trouve pas de temps pour faire ce travail, mais je suis terriblement pris par le travail que représente la publication de mes travaux de cosmologie.

APAG2 : Pourquoi cela représente-t-il pour vous une priorité ?

J.-P. Petit : Les lecteurs trouveront dans la vidéo ci-après une réponse à cette question.

https://www.youtube.com/watch?v=5h_yCOYnAeU

Cette vidéo faisait suite à une première vidéo sur ce sujet que j’avais mise en ligne il y a deux ans et qui a reçu à ce jour 125’000 visites. Mais je vais tenter d’aborder quelques questions touchant au nucléaire. Avant tout cela je voudrais souligner l’efficacité d’un impact à travers des vidéos. C’est beaucoup plus important que l’impact de la chose écrite. Ce qui est intéressant c’est la pérennité du message. On le voit à travers la constance de l’accroissement des visites, qui se maintient. La croissance et linéaire en fonction du temps.

APAG2 : Un effet de bouche à oreille ?

J.-P. Petit : Peut-être. Toujours est-il que ces vidéos ne sombrent pas dans l’oubli comme des articles installés dans un site Internet. C’est la raison pour laquelle, quand j’aurai le temps de le faire, je concentrerai tous mes efforts sur ce type de média. Pour bien faire il est bon d’illustrer ces vidéos avec des images et c’est cela qui prend du temps.

APAG2 : C’est ce que vous avez fait avec vos cinq vidéos sur ce tokamak international géant qu’est ITER.

https://www.youtube.com/watch?v=Fi_uurHZY-g&index=1&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=JBn4lzAo5g8&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo&index=2

https://www.youtube.com/watch?v=cxz8W_n-FBI&index=3&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=eJJrMaJiFAI&index=4&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

https://www.youtube.com/watch?v=9vwGo2npm94&index=5&list=PLfdj8oy5zeoEyEgTusYRznnwptG_n-OVo

J.-P. Petit : Ces vidéos soulignent l’importance de la communication scientifique. Ceux qui ont regardé toutes ces vidéos ont pu se rendre compte qu’on ne pouvait pas exposer tout cela en 10 ou 20 minutes. ITER est un objet assez complexe, beaucoup plus compliqué, dans ses principes de fonctionnement, qu’un réacteur à fission.

APAG2 : C’est ce qui fait qu’ITER a été protégé par sa complexité.

J.-P. Petit : C’est pire encore. D’après les informations que nous recueillons par la bande, à part une infime partie de spécialistes je peux vous dire que nombre des personnes qui étaient impliquées dans le projet n’ont compris quels étaient ses tenants et aboutissants qu’en regardant ces vidéos.

APAG2 : C’est à ce point ?

J.-P. Petit : Vous savez peut être que, selon des clauses du contrat qui liaient les différents pays, si le site d’ITER était français, par contre les directeurs successifs devaient être japonais. Il y a donc eu deux directeurs nippons successifs, Ikeda et Motojima. Mais quand ce dernier a terminé son mandat on n’a trouvé aucun Japonais acceptant de prendre sa suite.

APAG2 : Pourquoi ?

J.-P. Petit : Pour un Japonais, devenir directeur du projet ITER peut sembler être une sinécure. On atterrit dans une région du monde la plus agréable qui soit, le salaire et les avantages doivent être conséquents, etc.

APAG2 : Mais ….

J.-P. Petit: Mais il y a tout le reste. Le directeur du projet ITER réalise vite plusieurs choses. D’abord il ne maîtrise pas du tout ce qu’il est censé diriger. Ensuite ITER n’a pas de directeur scientifique sur lequel il puisse s’appuyer.

APAG2 : C’est invraisemblable.

J.-P. Petit: Mais c’est la stricte vérité. Depuis 2011 vous n’avez jamais vu quelqu’un s’exprimer en disant “ en tant que directeur scientifique du projet …”. Un de mes amis, dînait un jour dans un restaurant d’Aix en Provence, à une table voisine de celle où Motojima était attablé avec des visiteurs. Il a pu l’entendre dire, en anglais, qu’il regrettait amèrement s’être fichu dans un tel panier de crabes.

APAG2 : Mais, qui dirige ITER ?

Bigot
Bernard Bigot

J.-P. Petit : Bernard Bigot, du CEA, a en principe pris la suite de Motojima… Dans les faits personne ne dirige ITER. C’est un bateau ivre. Un article était paru dans le New York Times il y a deux ans dont l’auteur disait qu’il avait vu Motojima à Cadarache évoluer au milieu des responsables des différents pays et de différents départements. Le Japonais bouchonnait comme il pouvait. A un moment le journaliste lui avait demandé pourquoi, confronté à deux choix techniques possibles, il n’avait pas usé de ses prérogatives de directeur pour trancher. Mais Motojima lui avait répondu : “ si je faisais cela, on m’accuserait de vouloir imposer ce choix”.

APAG2 : Autrement dit, ITER est une … démocratie.

J.-P. Petit : ITER est un énorme fromage dans lesquels croquent tous les sous-traitants. Je vais même aller plus loin : au sein du projet, personne n’y croit plus. Vis-à-vis de l’extérieur, tout relevait non d’un discours scientifiquement et technique construit, mais de l’expression du service de communication très offensif : ça a marché pendant un certain temps. Vous vous rappelez, c’était “ le soleil dans une bouteille”.

APAG2 : Mais vous avez ruiné cette politique.

J.-P. Petit : En expliquant tout simplement sur quels principes reposait ce projet. Maintenant c’est irréversible. Si vous composez ITER Youtube sur Google la première vidéo sur laquelle vous atterrissez est la mienne, avec 85’000 visites et, sur la page on trouve deux autres vidéos, extraites de la série de cinq. On peut donc considérer que parmi les internautes il y a nécessairement des ingénieurs, des journalistes, des politiques et des étrangers qui ont vu ces vidéos. Je regrette de ne pas avoir le temps de produire une version anglophone. Il y a bien un système de sous-titrage Youtube, en 37 langues, mais pour ce faire il faut se livrer à quelques manipulations. Ceci étant, je pense que maintenant celui qui a pris la suite de Motojima, Bernard Bigot, qui est chimiste de formation et est essentiellement un politique, sait dans quoi il s’est fourré.

APAG2 : Bigot a été récemment annoncé que le démarrage d’ITER serait différé de six années.

J.-P. Petit : Le projet va sûrement finir en eau de boudin, tout simplement. Les Français ont depuis cette année des problèmes d’une autre nature, politiques et de sécurité. On oubliera peut être ITER. Au passage je voudrais préciser une donnée technique qui n’est pas exposée dans les vidéos. ITER n’est pas un générateur d’électricité. Ce serait tout au plus un démonstrateur de production d’énergie par fusion, d’abord pendant un temps important, bien plus important que le temps de fonctionnement du JET, qui se limitait à quelques secondes puis.

APAG2 : Rappelez-nous ce qu’est le JET.
JET

J.-P. Petit : JET est un acronyme pour Jet European Torus. C’est une machine installée à Culham, Angleterre. Sa construction a débuté en 1979 et le début des essais se situe en 1983. Comme ITER, c’est un tokamak. On concentre l’obtention de fortes puissances issues de la fusion sur cette machine, mais une puissance comparable a été obtenue à la même époque sur la machine TFTR (Tokamak Fusion Test Reactor) de Princeton, USA. Les recherches sur cette machine ont été suspendues parce que les Américains ne croyaient pas, dès le départ, qu’on puisse un jour convertir les tokamaks en générateurs de puissance électrique.

APAG2 : Le JET a permis d’obtenir quoi au juste ?

J.-P. Petit : Le JET est équipé de bobinages non supraconducteurs, ce qui limite la durée de fonctionnement de ceux-ci à 20 secondes, à cause du dégagement de chaleur par effet Joule. Le record détenu par cette machine est constitué par le rapport puissance produite par les réactions de fusion sur puissance injectée. Soit 15 mégawatts contre 25 mégawatts, ce qui donne un rapport Q = 0,6. C’est sur cette base qu’on a conçu le projet ITER. A pleine puissance le JET a fonctionné avec un mélange deutérium-tritium.

APAG2 : C’est le mélange pour la fusion thermonucléaire. Toutes les vidéos qui présentent la fusion commencent par cela.

J.-P. Petit : Tous les essais, à commencer par ceux du JET ont été basés sur une fusion deutérium-deutérium, lequel est facile à extraire de l’eau du robinet et n’est pas radioactif. Pour fonctionner avec ce mélange il faut simplement porter la chambre à plus haute température. Mais pour obtenir la pleine puissance dans une machine à fusion il faut passer au mélange deutérium tritium. On a toujours limité ces essais au tritium au strict minimum.

APAG2 : Pourquoi ?

J.-P. Petit : Pour deux raisons. La première est que le tritium est radioactif et qu’en utilisant ce second isotope de l’hydrogène à la place du deutérium, qui ne l’est pas, on va immanquablement contaminer des éléments du réacteur, qu’il s’agisse de la chambre ou du groupe de pompage. La seconde est qu’on ne dispose pas de réserves illimitées en tritium. Le projet ITER a été entièrement fondé sur le fait que les réacteurs qui produisaient du tritium (essentiellement les réacteurs CANDU canadiens, où le fluide de refroidissement, faisant aussi office de modérateur était de l’eau lourde) avaient permis de constituer un stock. Or vous savez peut être que la demi-vie du tritium est de 12 ans. Donc, inexorablement, tous les douze ans le stock diminue de moitié. Donc, pour maintenir ce stock il faut l’entretenir. Or tous les réacteurs canadiens sont en cours de démantèlement. Un spécialiste fusion, faisant partie d’ITER Organization a signalé ce problème lors de la réunion qui se tient chaque années au laboratoire de Princeton, USA. Il a même fixé une date limite au-delà de laquelle il n’y aurait plus assez de tritium pour assurer le bon déroulement du projet.

APAG2 : N’y a-t-il pas d’autres moyens de produire du tritium ?

J.-P. Petit : Oui, mais avec une production beaucoup plus faible. Mais dans ce cas le projet ITER aurait un terrible concurrent, immédiatement prioritaire : l’armée. En effet les têtes thermonucléaires doivent contenir une charge de tritium gazeux, sous haute pression, allant de 1 à 4 grammes, indispensable pour assurer le bon rendement des bombes. Pour les bombes à neutrons cette charge se compte en dizaines de grammes.

APAG2 : Visiblement c’est une accumulation de problèmes et de retards. Mais il y a une chose que je voudrais comprendre. A supposer qu’ITER fonctionne, on ne peut pas envisager de l’alimenter avec ce tritium produit par des réacteurs.

J.-P. Petit : Sur le plan énergétique ça serait une absurdité. Si on vise un fonctionnement axé sur la production d’énergie il faudrait que par la suite le Tokamak ITER fonctionne impérativement en surgénérateur, en produisant plus de tritium qu’il n’en consomme.

APAG2 : Quel est alors le processus ?

J.-P. Petit : Il faut utiliser des couvertures en lithium. ITER produit des neutrons. La réaction est alors neutron + lithium > tritium + hélium.

APAG2 : Il y a une chose qui m’échappe. La réaction deutérium + tritium ne produit qu’un unique neutron. Donc on ne peut pas envisager qu’ITER produise à partir de ces neutrons de fusion plus de tritium qu’il n’en consomme. Il y en a, forcément, qui vont se perdre ?

J.-P. Petit : Exact. Il faut donc une substance qui multiplie les neutrons, et c’est la couverture, la première paroi, qui est en béryllium, substance ultra toxique, et qui fond à 1280°. Si ITER fonctionne un jour il a été prévu de tester ce système de régénération de tritrium à l’aide de cellules tritigènes qui seraient installées tout autour de la chambre.On n’en installerait qu’une, mais un générateur de puissance devait en comporter 400.

WCLL

Un type de cellule tritigène

APAG2 : En supposant que cette technique soit aussi maîtrisée, ITER pourrait alors devenir un générateur, comment cela se présenterait-il .

J.-P. Petit : Il s’agirait alors de l’engin DEMO.

 

Tokamaks

DEMO 

APAG2 : DEMO est aussi un tokamak ?

J.-P. Petit : On voit sur l’image qu’il s’agirait d’une machine plus imposante. Vous avez vu plus haut que le JET avait produit 15 mégawatts d’énergie de fusion. Les concepteurs du projet ITER ont visé 500 mégawatts pendant 400 secondes. DEMO, ça serait 2000 mégawatts d’énergie produite par les réactions de fusion. Il ne s’agit pas, je tiens à le préciser de 2000 mégawatts électriques. La puissance électrique se situe au bout d’une chaine : énergie de fusion —> chaleur —> vapeur —> turbines entraînant des alternateurs. Au bout du compte, ces systèmes de transformation ayant un rendement de 35% Demo fournirait 700 mégawatts électriques, ce qui correspond à une unité modeste en matière d’électronucléaire. On lit que DEMO fonctionnerait en régime continu, mais les documents sont peu diserts sur la façon de procéder, vu qu’un tokamak ne peut pas fonctionner en régime permanent. C’est inhérent à son principe de fonctionnement.

APAG2 : Qu’entendez-vous par là ?

J.-P. Petit : Si vous avez regardé mes vidéos vous verrez qu’un Tokamak n’est pas conçu pour pouvoir fonctionner en régime permanent. Il est doté d’un aimant qui produit un champ qui monte lentement à 13 teslas. C’est cela qui crée le courant plasma, lequel crée le champ poloïdal, indispensable au confinement. Tant que le champ varie, le tokamak fonctionne. Mais après, il faut trouver quelque chose pour entretenir le courant de 15 millions d’ampères, qui se boucle dans le plasma, dans la chambre torique. Et pour cela on mettrait en jeu un système dit “current drive” où on serait censé mettre en mouvement les électrons avec un champ électromagnétique.

APAG2 : Est-ce opérationnel ?

J.-P. Petit : Non. Je dirai même qu’au sein du projet il y a une majorité de gens qui ne savent même pas qu’il existe ce problème. Si vous évoquiez cette question ceux-ci vous répondraient : “commençons d’abord par obtenir plusieurs minutes de fonctionnement. Après, on verra”. En vérité, personne dans le milieu ne croit plus au projet ITER.

APAG2 : Je note qu’on ne parle plus de DEMO.

J.-P. Petit : Bien sûr. La mise en route d’ITER est déjà suffisamment problématique. Tous ces projets ont été conçus sur le papier sur la base de nombreux choix qui ont été autant d’impasses. Il serait fastidieux de les énumérer tous. Je cite un exemple. Quand tout cela a été conçu tout le monde pensait que la première paroi, celle qui serait directement en contact avec le plasma, serait constituée par des tuiles à base de carbone. Or au moment même où le projet ITER connaissait son top départ les gens du CEA étaient arrivés à la conclusion, après des années de tests de longue durée (mais sans fusion) menées dans la machine Tore Supra que l’utilisation du carbone était à exclure parce que le carbone se révélait être une véritable éponge à hydrogène et à carbures de tous genres.

Tore-Supra

La chambre de Tore Supra

APAG2 : Et cela posait un problème ?

J.-P. Petit : Si on utilisait du tritium alors le revêtement de la chambre deviendrait radioactif.

APAG2 : Quelle a alors été la solution retenue ?

J.-P. Petit : Les tuiles à base de carbone présentaient un avantage : elles se sublimaient à 2500°. On les a remplacées par une couche de béryllium d’un centimètre d’épaisseur. Mais la température de fusion de celui-ci est nettement plus basse : 1280°.

APAG2 : Ce revêtement sera-t-il suffisant ?

J.-P. Petit : C’est très problématique. Des études ont montré que ce béryllium ne résisterait pas à l’impact d’une disruption majeure, équivalant à un coup de foudre de 11 millions d’ampères.

APAG2 : Si je comprends bien, le projet ITER a été basé sur de nombreuses hypothèses qui ont été infirmées par la suite. Quel a été l’impact de vos 5 vidéos ?

J.-P. Petit : Important, y compris à l’étranger. Je crois qu’il n’est pas exagéré peut dire qu’avec ces vidéos nous avons porté un coup fatal au projet. Quand j’avais diffusé au sein de la commission du budget de la commission européenne un rapport intitulé « ITER, chronique d’une faillite annoncée » (également publié dans la revue Nexus) le CEA avait mis en ligne sur son site en novembre 2011 un texte de 10 pages, en français et anglais, dénonçant mon incompétence. On pouvait y lire en particulier :

« Par un tel comportement intellectuellement malhonnête, Mr J.P Petit se disqualifie lui-même ipso facto du débat, qu’il soit scientifique ou sociétal ».

Le lecteur pourra constater que ce texte en décembre 2015 est toujours en ligne :

http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_vf.pdf

Sa version en anglais :

http://www-fusion-magnetique.cea.fr/en_savoir_plus/articles/disruptions/analyse_critiquearticle_petit_nexus_ve.pdf

Ce texte est d’un niveau lamentable, voir la mention des « lois ingénieur ». Personne au CEA n’a accepté de le cautionner ; la réponse de son service de communication ayant été « il s’agit d’un groupe de personnes qui ne tiennent pas à donner leur identité ». Logiquement, les vidéos attaquant le projet ITER aurait du provoquer une réponse cinglante. Mais ça a été le silence radio complet. Chique coupée. Les gens du CEA sont dans une situation qu’on appelle en termes échiquéens le zugzwang. C’est une position où quel que soit le choix du joueur il perd. Là, soit le texte me discréditant est maintenu, et cela détonne avec l’impact de mes écrits au niveau international, soit ils l’enlèvent et c’est reconnaître que ce texte ne tenait pas la route.

APAG2 : Vous dites au passage “nous” ?

J.-P. Petit : Je n’ai pas conçu ces documents seul. J’ai été aidé par des spécialistes fusion en particulier du CNRS. Des gens qui ont refusé de collaborer avec les deux projets français, ITER et Mégajoule, et qui ont été de ce fait “mis au placard”. Plus de crédits, plus rien. Ce gens dont les connaissances sont précieuses, ce sont des “senior researchers” qui sont condamnés à l’inactivité par manque de crédits. C’est lamentable.

 

APAG2 : Où en est le projet français Mégajoule ?

Megajoule

Mégajoule, un autre projet pharaonique

J.-P. Petit : C’est un autre projet qui n’aboutira pas. Il avait un frère jumeau, le NIF (National Ignition Fusion) américain. Tout est parti en fait de l’émergence des lasers superpuissants à Livermore, Califormie, en 1975-76. Dès cette date, ces lasers développaient, à l’unité, une puissance d’un térawatt, un million de mégawatts. Mais, ce qui est le plus important, ils apportaient une certaine énergie, en joules, sur la cible. Pendant 36 années les gens de Livermore ont poussé pour qu’un projet de fusion par laser voie le jour. L’aboutissement a été la campagne d’essai du NIF.

NIF

Un technicien dans la chambre au centre de laquelle on place la cible de 2 mm de diamètre sur laquelle se focalisent les 192 rayons laser.

 

APAG2 : Et où en est ce projet ?

J.-P. Petit : J’ai rendu compte en 2013 de son échec sur mon site, à la page :

http://www.jp-petit.org/nouv_f/NEXUS_jan_2013.html

Le NIF, projet initié en 1990, mettait en batterie 192 lasers, développant une puissance totale de 500 térawatts. Le dépôt d’énergie sur cible était de 0,18 mégajoule.

APAG2 : Pour obtenir la fusion, il fallait combien ?

J.-P. Petit : Le projet était aux USA chapeauté par le DOE, le Département de l’Energie. Etant donné le coût du projet, qui représentait plusieurs milliards de dollars, les responsables ont demandé à ce que des expérimentations soient menées pour déterminer ce chiffre. Cela a donné le projet ultra-secret Centurion Halite qui a été mené de 1978 à 1988 dans le site d’essais américains souterrains du Nevada. Pour ce faire on mettait à feu un engin à fission à proximité de cibles deutérium-tritium situées à des distances croissantes. Il était alors possible d’évaluer la puissance, sous forme de rayonnement X, nécessaire pour amener ce mélange à température de fusion.

APAG2 : Et le résultat a été ?

J.-P. Petit : On a obtenu le chiffre cherché : de 10 à 20 mégajoules.

APAG2 : A ce que je vois, c’est supérieur à ce que pouvaient produire ensemble ces 192 lasers.

J.-P. Petit : John Nuckolls, responsable du projet, imagina alors pour sauver celui-ci que la compression ne soit pas effectuée sur une bille de deutérium-tritium à l’état liquide, mais sur une couche de givre de DT solidifié, déposé sur la face interne d’une minuscule coque creuse.

APAG2 : Ca se compliquait.

J.-P. Petit : Et ça n’a pas marché et voici pourquoi. Il y a un fluide qui appuie sur un autre fluide et les deux ne sont pas de même densité. Se manifeste alors ce qu’on appelle l’instabilité de Raleigh-Taylor. Prenez un verre d’eau et déposez dessus un fluide plus dense. Il va donner naissance à des formations qui évoquent les villosités intestinales ou pour être plus précis les ronds de fumée qu’on peut former avec la bouche. Vous en trouverez aisément des images sur Internet.

Raleigh-Taylor

L’instabilité de Raleigh-Taylor

 Raleigh-Taylor-2

L’instabilité, simulée par ordinateur

APAG2 : Nuckolls connaissant bien le problème. L’échec du projet NIF est l’exemple parfait d’un projet entièrement fondé sur des simulations effectuées à l’aide d’ordinateurs très puissants. Nuckolls et ses collaborateurs étaient totalement convaincus que les expériences seraient conformes à ces prédictions fondées sur ces simulations. Il avait même dit, avant la campagne d’essais de 2012, que le problème se résumerait savoir quels seraient les ajustements des paramètres pilotant le programme pour que les simulations collent avec les résultats d’expérience.

APAG2 : Et alors ?

J.-P. Petit : La Nature a résolument refusé de se conformer aux prédictions issues des simulations. Les mesures ont révélé que l’instabilité de Raleigh Taylor jouait à fond et qu’il serait vain d’espérer réaliser une fusion auto-entretenue avec un tel montage.

APAG2 : Autrement dit le programme gérant les simulations n’était pas bon.

J.-P. Petit : D’autres chercheurs en étaient convaincus et demandaient à examiner celui-ci. Mais l’équipe de Nuckolls faisait barrage en invoquant le fait que ce programme relevait du secret défense. Quant à retourner à la compression d’une cible, cette fois sphérique, il fallait 55 fois plus de lasers.

APAG2 : J’imagine que c’est impossible à réaliser.

J.-P. Petit : Bien sûr. Il suffit d’aller voir, sur le net, à quoi ressemble ce banc laser comprenant 192 lasers. Vous imaginez un banc comportant mille lasers de ce genre.

APAG2 : N’est-il pas possible d’imaginer une autre façon d’obtenir la fusion par laser?

J.-P. Petit: Pas pour le moment. Ca n’a pas empêché les gens de la “com“ de nous présenter ce banc comme la préfiguration d’une centrale d’énergie basée sur la fusion par laser alors que ces lasers au néodyme ont un rendement de 1,5 %.

APAG2 : Est-ce qu’on ne pourrait pas accroître la puissance de ces lasers ?

J.-P. Petit : Avec de telles puissances c’est l’optique qui ne suit pas. Les lentilles reçoivent des puissances si importantes que l’indice de réfraction du verre en est affecté. C’est ce qu’on appelle de l’optique non linéaire.

APAG2 : Et alors ?

J.-P. Petit : Ces lentilles se brisent en mille morceaux.

APAG2 : Revenons à la France. Ce projet Mégajoule ne date pas d’hier. Les Français éteint-ils au courant ? Savaient-il que l’énergie à déposer sur la cible était au minimum de 10 mégajoules ?

J.-P. Petit : Oui, ils le savaient et ce point mérite d’être conté. Au début des années quatre-vingt un ingénieur militaire français se rend aux Etats Unis pour un colloque entre weapon designers, concepteurs d’armes, regroupant Américains, Anglais et Français. Il s’agit d’un colloque très fermé, évidemment. Et là notre gars drague une des Américaines et l’emmène dans un motel. Lui avait fait des essais de mesure de puissance émise par les engins à fission à Muroroa. Mais pas du tout dans le but de déterminer l’énergie requise pour provoquer la fusion dans une petite bille DT. La femme se méprend, croît qu’il s’occupe de l’équivalent du projet Centurion Halite, pour le France. Elle lui dit “pour la fusion, vous trouvez combien ? Nous on arrive à 10-20 mégajoules”.

APAG2 : Cette donnée était ultra secrète ?

J.-P. Petit : Absolument. Le type rentre en France et rend compte à sa hiérarchie. Cela revenait à condamner totalement le projet français de fusion par laser, le projet Mégajoule. Son supérieur lui demande :

  • Comment avez-vous eu cette information ?
  • C’est cette femme qui me l’a dit.
  • Elle vous a dit cela, dans quel contexte ?
  • Eh bien, nous étions dans ma chambre d’hôtel
  • Que faisiez vous dans cette chambre d’hôtel ?
  • C’est un peu délicat ….

 

Le supérieur en question hésite à transmettre l’information. Il demande au gars de lui rédiger un rapport, qu’il fait aussitôt classer secret défense.

 

APAG2 : Ce qui revient à l’envoyer aux oubliettes.

 

J.-P. Petit : Tout à fait. Et aujourd’hui nous nous retrouvons avec un projet à 6,6 milliards d’euros, avec 176 lasers au lieu de 192, dont on sait pertinemment qu’il n’aboutira pas.

 

APAG2 : ITER, Mégajoule, l’addition est lourde. Avec la situation de crise que connaît la France, c’est regrettable.

 

J.-P. Petit: Mais personne ne bougera, en particulier aucun scientifique en poste. De plus il faut toucher sa bille dans tous ces domaines. Vous trouverez sur le net des déclarations de gens qui, en l’occurrence ne sont pas des experts en matière de fusion. En dehors de ceux-là, dans cette sphère science il n’y a personne. Gardez aussi en tête que ce sont des projets qui s’étendent dans le temps sur plusieurs décennies. Ceux qui sont impliqués dedans savent que lorsque le bilan de l’échec devra être tiré beaucoup seront déjà … à la retraite. Bien peu ont le courage de remettre tout cela en question. A tous les niveaux de la hiérarchie on laisse courir, c’est tout.

 

APAG2 : On entend parfois des voies pour dire qu’on a trouvé telle ou telle solution miracle pour maitriser le problèmes des disruptions dans les tokamaks.

 

J.-P. Petit : Ce ne sont que des effets d’annonce. On brandit des recettes magiques qui ne sont que des vieilles lunes. A moins qu’on n’appuie des arguments sur des démonstrations s’appuyant sur des simulations

 

La prochaine fois je vous parlerai de la reprise, en France, du projet de surgénérateur et de la question du stockage des déchets nucléaires.

 

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par | décembre 17, 2015 · 10:59

EPR Flamanville: une anomalie pourrait condamner le réacteur

9 avril 2015
L’anomalie signalée mardi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la cuve du réacteur nucléaire en construction à Flamanville (Manche) risque de condamner ce réacteur ainsi que deux autres EPR en chantier en Chine, affirme jeudi l’organisation écologiste Greenpeace.
« Si les tests en cours confirment l’anomalie –et il y a de fortes probabilités qu’ils la confirment– ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer » car les cuves, dont l’acier fait l’objet de doutes, « sont a priori irremplaçables » une fois posées, a déclaré à l’AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France.
« Jamais au monde pour le moment on a réextrait une cuve sans détruire tout ce qu’il y a autour », affirme M. Rousselet.
Interrogé par l’AFP, le service de communication d’EDF, maître d’œuvre du chantier de Flamanville, a indiqué ne faire « aucun commentaire ».
« Les enjeux sont considérables », ajoute M. Rousselet, pour qui il s’agit du plus gros problème jamais relevé sur un EPR (réacteur pressurisé européen).
Mardi, l’ASN a annoncé qu’une « anomalie » avait été détectée à Flamanville « dans la composition de l’acier du couvercle de la cuve, et du fond de cuve », deux pièces appelées calottes.
Outre Flamanville, trois réacteurs EPR sont en construction dans le monde, en Chine et en Finlande. Or « certaines calottes des cuves des réacteurs de Taïshan 1 et 2 (Chine) ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale d’Areva, selon un procédé similaire à celui de la cuve de l’EPR de Flamanville », a précisé mercredi le gendarme du nucléaire dans un communiqué. Ce n’est pas le cas des calottes de la cuve de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui proviennent d’un autre fournisseur.
Areva doit réaliser d’ici octobre des expertises pour confirmer ou infirmer « l’anomalie » apparue au cours de « premières mesures ».

« Un couvercle de cuve, c’est des mois de fabrication, et des coûts astronomiques, donc ça pose un problème, mais c’est remplaçable. Mais les cuves c’est complètement inenvisageable », affirme le militant. Car « quand on pose une cuve, aussitôt on met une quantité d’éléments autour, y compris des éléments bétonnés pour la fixer », selon lui.
La cuve de Flamanville a été posée en janvier 2014 avant le démarrage de la centrale prévu en 2017. Celui de Taïshan 1 est annoncé pour fin 2015.
Selon Greenpeace, « la pièce étalon sur laquelle a été détectée l’anomalie est censée valider l’ensemble des calottes » fabriquées par Creusot Forge pour Flamanville et Taïshan, mais aussi pour des réacteurs qui ne sont pas encore commandés, comme Taïshan 3 et Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), pour lequel EDF n’a pas pris de décision définitive d’investissement.
Interrogée par l’AFP, Areva n’a « pas souhaité faire de commentaire ».
Selon Greenpeace, le géant du nucléaire, en difficultés financières, « a pris un risque industriel en décidant de faire une série de calottes » sur la base de ce même étalon.
« Sur le seul chantier EPR où Areva est maître d’œuvre, celui de Finlande, au lieu de faire les calottes en France, Areva les a fait faire par les Japonais et elles n’ont pas de problème », ajoute le militant de Greenpeace.
En 2014, Areva avait indiqué que la cuve de Flamanville avait été forgée à 80% chez Japan Steelworks et à 20% chez Areva au Creusot.
La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres de haut, est une pièce « particulièrement importante pour la sûreté » car elle « contient le combustible » et « participe à la seconde barrière de confinement de la radioactivité » après la gaine du combustible, selon l’ASN.

AFP

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