Votation sur le NUCLEAIRE : Synthèse pour indécis

par

Paul Bonny

Crans-près-Céligny

 

 

En approchant des votations vitales pour l’avenir de notre pays, de nombreux avis ont pu s’exprimer sur le sujet du nucléaire. J’ai été frappé par l’usage fréquent des chiffres – CHF et KWh – dans les argumentations. Vous n’en trouverez pas ci-dessous, à part les 350’000 morts au Japon, sous les bombes dont l’efficacité donnera naissance à l’énergie nucléaire. A l’origine du nucléaire, il y a la radioactivité naturelle qu’on trouve dans l’environnement. Le génie humain s’est empressé de créer une radioactivité artificielle qui est redoutable. Invisible, inodore, elle a tué celle qui l’a découverte : Marie Curie. Ainsi que sa fille. L’OMS confirme la nocivité des rayonnements qui provoquent en outre des mutations chez l’homme et ses descendants (Rapport OMS 1957). Cette mise en garde de vingt généticiens de renommée mondiale provoque alors une vive réaction des promoteurs de « L’atome pour la Paix » : L’OMS sera désormais soumise à la censure de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique). Un accord signé en 1959 obligera ces deux organes de l’ONU ­– aux buts diamétralement opposés « à agir en coopération étroite ». Cet accord est toujours en vigueur et empêche l’OMS de remplir sa mission.

 

Les bombes atomiques expérimentales larguées sur Hiroshima et Nagasaki (350’000 morts) ont donné l’idée à des physiciens de domestiquer cette nouvelle énergie baptisée « Atome pour la Paix ». Désormais le nucléaire se forge une image trompeuse : pacifique, inépuisable, propre, bon marché, sans danger. On a fait passer des guillotines pour des couteaux suisses ! Et ça a marché ! En 1969, à Lucens (VD) la première centrale suisse frise l’explosion suite à une conduite obstruée. C’est le sauve-qui-peut et désormais on achètera nos centrales à l’étranger. Episode peu glorieux soigneusement camouflé (Secret défense – La Suisse prévoyait de fabriquer sa bombe atomique, avec les déchets). L’accident est néanmoins classé en 4e position sur 7 des accidents mondiaux. « Il est criminel de développer une technologie qu’on ne maîtrise pas, surtout quand elle engage les générations futures » Théodore Monod.

 

Un congrès d’experts de l’EPFL réunis les 26 et 27 juin 1990 a reconnu que la technologie nucléaire ne peut et ne doit pas être considérée comme maîtrisée. Après les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima (loin d’être maîtrisées) des progrès ont été réalisés, surtout dans la façon de gérer une catastrophe dont la probabilité augmente avec l’âge des centrales. En France, les consignes sont de s’enfermer chez soi et de s’y calfeutrer, les évacuations s’étant révélées impraticables. Les gens seront donc contaminés et devront attendre d’éventuelles consignes d’évacuation. La fameuse pastille d’iode distribuée n’est efficace que si on l’absorbe 48 h avant l’arrivée du nuage radioactif. C’est le temps qu’il faut pour saturer votre tyroïde en iode non radioactif, ce qui l’empêchera de fixer l’iode radioactif. Donc seuls ceux qui habitent à plus de deux mille km du sinistre pourront laisser au nuage le temps d’arriver, et seront protégés.

 

Au Japon, comme en Ukraine et au Belarus après Tchernobyl, la stratégie des autorités est identique : il faut faire accepter la contamination aux victimes. Tous les moyens sont bons grâce à l’intervention d’experts en processus psychologiques pour parvenir « à ajuster l’homme à un monde dans lequel l’énergie nucléaire est largement utilisée ».

J’ignore si les habitants de notre pays ont réellement pris conscience de l’importance du scrutin du 27 novembre. Peuvent-ils s’imaginer cloîtrés dans leur logis, dans l’attente d’un exode massif vers l’inconnu ? Il suffit d’une erreur humaine, d’une vanne bloquée, d’un attentat … J’ignore si les membres du gouvernement de ce pays sont réellement conscients des responsabilités écrasantes qu’ils prennent en nous incitant à faire confiance à une technologie peu fiable qui a déjà démontré l’ampleur des désastres dont elle est capable ?

Albert Jacquard (illustre généticien français) nous a pourtant prévenu: « On est en train d’organiser le suicide à long terme de l’humanité. Face à un tel danger, si nouveau, si pervers, seul un effort intellectuel permettra de se prémunir ».

 

 

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Impasse de l’atome

par

Philippe Bach

Editorial du Courrier

Genève, 17 novembre 2016

 

Deux sondages, trois avis? Les projections relatives à l’initiative des Verts et des milieux antinucléaires pour une sortie de l’énergie atomique dans un délai rapproché (treize ans) sont nimbées d’un certain flou artistique. L’étude de l’institut GFS réalisée pour la SSR mesure une baisse du soutien populaire (de 57% à 48%), tandis que le sondage Tamedia table sur une stabilité du «oui» à 57%.

Il nous faudra attendre le 27 novembre pour être définitivement fixés. Dans tous les cas, comme il s’agit d’une initiative populaire, il faudra atteindre la double majorité du peuple et des cantons. Une gageure. Et pourtant, ce vote est une chance qu’il serait bien opportun de saisir. Pour des raisons de risque technologique majeur, de filière en bout de course et de durabilité.

Le risque – que le lobby de l’atome minimise constamment – croît avec le vieillissement des centrales. Celles de la Suisse sont parmi les plus anciennes du monde. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les exploitants de Mühleberg se sont résolus à annoncer la fermeture de leur installation à l’horizon 2019. Les frais de re- mise à niveau n’en valaient plus la chandelle.

En cas d’avarie majeure d’une de ces centrales, c’est bien de la in de la Suisse que nous connaissons qu’il est question. Il suit de lire La Supplication, le magnifique ouvrage sur la catastrophe de Tchernobyl du Prix Nobel de littérature Svetlana Aleksievitch, pour avoir des frissons dans le dos à l’idée d’une telle perspective.

Deuxième raison: l’énergie atomique est onéreuse. Son coût est maintenu artificiellement bas par deux moyens. Une partie des coûts de développement a été pris en charge par l’Etat. Et, surtout, les exploitants n’ont pas à assumer le risque qu’il font porter sur la collectivité. Sils devaient s’acquit- ter d’une assurance RC en bonne et due forme, cela ferait longtemps que ces installations seraient fer- mées. Et l’on ne parle même pas du casse-tête que constitue la gestion des déchets radioactifs pour lesquels aucune solution n’a été trouvée, alors que cela fait des décennies que l’on cherche.

Enfin, troisièmement, cette filière est une scorie du passé, une impasse technologique. L’avenir est au solaire, à l’éolien, à la géothermie. En tentant d’exploiter ces centrales jusqu’au dernier kilowatt, coûte que coûte, le lobby de l’atome bloque, pour de basses raisons de gros sous, la transformation inéluctable de l’appareil industriel suisse. Une manière de s’accrocher au passé plutôt que de parier sur l’avenir. I

 

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Les Suisses pour une sortie du nucléaire, dit un nouveau sondage

Source : Agence télégraphique suisse

(ats / 04.11.2016 08h00)

 

 

A trois semaines de la votation, l’initiative des Verts « Sortir du nucléaire » tient le cap : 56% des Suisses diraient « oui », selon un deuxième sondage Tamedia. La part de votes favorables a légèrement augmenté.

 

 

Il y a deux semaines, ils étaient 55% à se dire convaincus par le texte des écologistes, qui demande une sortie programmée du nucléaire. Parmi les Suisses qui soutiennent l’initiative, 50% accepteraient clairement le texte, tandis que 6% mettraient « plutôt un oui » dans l’urne, révèle vendredi le sondage effectué par Tamedia.

 

 

La crainte d’une défaillance reste l’argument le plus cité en faveur d’un abandon du nucléaire (43%). Pour 25% des sondés, il faut limiter la durée de vie des centrales , sinon elles resteront actives pendant encore des décennies.

 

 

La question, toujours ouverte, de l’élimination des déchets radioactifs préoccupe quant à elle 20% de ceux qui approuveraient le texte. Enfin, 6% de ces votants estiment que le nucléaire n’est de toute façon plus rentable et que maintenir les centrales en vie coûtera cher.

 

 

Crainte du charbon

Dans le camp du « non », 37% des sondés rejetteraient nettement l’initiative et 6% diraient « plutôt non », des chiffres stables par rapport au premier sondage. Parmi ces opposants, un tiers estime que l’initiative menace l’approvisionnement en courant électrique sur le sol suisse . Un autre tiers considère que l’ énergie nucléaire est respectueuse de l’ environnement : un abandon prématuré de l’atome pousserait la Suisse à importer du courant provenant du charbon.

 

 

Plus d’un cinquième des opposants (21%) pense en outre qu’il est absurde de fixer une limite à l’ exploitation des centrales, car celle -ci doit dépendre de leur état. Enfin, 6% de ceux qui refusent le texte estiment que les centrales sont sûres (les exploitants étant contraints de les équiper en conséquence ) et 6% invoquent une facture salée pour le contribuable en cas de débranchement précipité.

 

 

D’après ce sondage mené en ligne les 31 octobre et 1er novembre, seul 1% des personnes interrogées sont encore indécises. Les résultats se basent sur 15’617 réponses pondérées selon des variables démographiques, géographiques et politiques . La marge d’erreur est de +/- 1,2%.

 

 

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Oui le 27 novembre à la sortie programmée nucléaire d’ici 2029

ATE Association Transports et Environnement (Suisse)

L’ATE Association transports et environnement oeuvre depuis 1979

en faveur d’ une mobilité d’avenir.

Oui le 27 novembre à la sortie programmée nucléaire d’ici 2029

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Le 27 novembre, nous serons appelés à décider si nous voulons renoncer à l’énergie nucléaire. L’initiative pour une sortie programmée demande d’interdire la construction et l’exploitation de nouvelles centrales nucléaires, ainsi que de limiter à 45 ans la durée d’exploitation des centrales nucléaires actuelles. En plus, l’initiative exige une transition énergétique basée sur des économies en énergie, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

 

L’ATE se bat pour des productions d’énergie modernes et entend résolument débarrasser la Suisse de méthodes dépassées, dangereuses et polluantes, dont fait le nucléaire partie. Si nous parvenons à remplacer le nucléaire par des sources d’énergie renouvelables, alors le transport ferroviaire sera encore plus écologique qu’aujourd’hui. Cela est aussi important en regard du nombre croissant de véhicules électriques sur la route. Car également pour le trafic, l’énergie nucléaire n’est pas une solution d’avenir.

 

Le tournant énergétique deviendra réalité uniquement si la Suisse met en œuvre une sortie programmée et graduelle du nucléaire. Les centrales nucléaires vieillissantes de la Suisse constituent un sérieux risque pour tous, pour l’environnement et pour notre économie. Elles ne peuvent être maintenues en état de fonctionner que par des investissements de plusieurs milliards de francs et encore, puisque pour certaines d’entre elles un rééquipement s’avère impossible. La centrale de Beznau I – le plus vieux réacteur du monde encore en service – en est un bon exemple: il est hors service depuis plus d’une année en raison de graves lacunes au niveau de la sécurité!

 

Selon les premiers sondages, nous pouvons gagner cette votation – n’oublions cependant pas que chaque voix compte!

 

Davantage d’informations à l’adresse: www.sortie-programmee-nucleaire.ch.

 

Avec mes meilleures salutations

Roger Nordmann

Oui à la sortie programmée du nucléaire Vice-Président de l’ATE

 

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Bure/Cigéo : la démocratie enfouie avec les déchets radioactifs

par Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

19 juillet 2016

Source : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article316

 

Les affirmations de M. Bouillon, président de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), dans sa tribune titrée « Stockage des déchets radioactifs : ne pas se tromper de débat » – Les Echos, 11 juillet 2016 (*) – méritent une sérieuse mise au point.

nucleaire-tue-avenir-d7229Le nucléaire irradie aussi la démocratie

  1. Bouillon prétend pour commencer que le projet Cigéo, qui consiste à enfouir sous terre les déchets radioactifs les plus dangereux, à Bure (Meuse), a pour but de « protéger l’homme et l’environnement de la dangerosité de ces déchets ».

C’est tout à fait faux. Ce projet n’existe que pour une raison : permettre aux industriels de l’atome de prétendre que la question des déchets nucléaires est « réglée », afin de se sentir fondés à… continuer à en produire.

Si encore M Bouillon se désolait de l’existence de l’industrie nucléaire, et demandait son arrêt le plus rapide possible, on pourrait éventuellement croire à sa bonne foi mais, comme d’ailleurs tous les promoteurs de l’enfouissement des déchets radioactifs, il est un fervent pronucléaire.

C’est donc avec le plus grand cynisme que M. Bouillon ose se poser… en défenseur des générations futures, en demandant : « Pourquoi serait-ce à nos arrière-petits-enfants de trouver une solution pour des déchets qu’ils n’ont pas produits ? ».

La vraie question, que l’auteur évite soigneusement de poser, est « Comment a-t-on pu accepter, et accepte-t-on encore, une industrie produisant des déchets qui vont mettre en danger nos descendants pour des centaines de générations ? »

Car, enfouissement ou pas, le problème va rester entier. M Bouillon tente d’ailleurs d’abuser l’opinion en écrivant à propos de ces déchets que « ce serait un pari fou que d’imaginer qu’ils seront toujours en sécurité dans des entrepôts de surface », comme si l’enfouissement réglait miraculeusement le problème.

En effet, une fois enfouis, ces déchets vont continuellement dégager des quantités immenses de chaleur mais aussi de gaz extrêmement dangereux et explosifs comme l’hydrogène, ces processus étant susceptibles de causer un désastre dont les conséquences seraient dramatiques y compris à la surface.

Pour tenter de parer ce phénomène, des infrastructures d’extraction de ces gaz sont supposées fonctionner… pendant des siècles. Il est évident que ce système sera mis en cause par « les aléas de la civilisation (guerres…) comme les éléments naturels » cités précisément par M. Bouillon pour tenter sans rire de justifier l’enfouissement.

Les prétentions des apprentis sorciers de l’atome sombrent même dans le ridicule et le tragique puisqu’un éboulement mortel s’est récemment produit (**) dans le laboratoire censé prouver la fiabilité de leur projet : comment croire que ces pieds-nickelés peuvent construire une installation fiable pour des centaines de milliers d’années ?

Le discrédit du projet Cigéo est enfin absolu lorsque l’on sait que, pour mieux verrouiller le processus, M. Bouillon est à la fois le président du conseil d’administration de l’Andra et le député désigné comme rapporteur de la récente proposition de loi sur l’enfouissement de ces déchets.

Jusqu’alors, les entreprises se contentaient de rédiger en coulisse les amendements, voire les projets de loi in extenso, à charge pour les parlementaires acquis à leur cause (***) de les faire adopter. Désormais, le mélange du genre est total.

Pour finir, il nous faut une bonne fois pour toute récuser le terme de « solution » pour les déchets radioactifs : il n’existe que des options, toutes mauvaises d’ailleurs. Peut-être sera-t-il possible d’en trouver une (un peu) moins mauvaise que les autres, mais seuls des gens ayant décidé ou soutenu l’arrêt du nucléaire pourront être crédibles pour faire ce choix : à défaut, il s’agira toujours de subterfuges pour promouvoir la continuation de l’industrie atomique.

Nous ne pouvons qu’inviter les citoyens, en particulier ceux de l’Est de la France, à se mobiliser en nombre pour soutenir les militants jeunes et moins jeunes, zadistes ou « à l’ancienne », qui tentent courageusement, malgré les coups de matraques et les gaz lacrymogènes, d’empêcher l’enfouissement simultané de la démocratie et des déchets nucléaires.

Stéphane Lhomme

Directeur de l’Observatoire du nucléaire

http://www.observatoire-du-nucleaire.org

 

(*) http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211111888974-stockage-des-dechets-radioactifs-ne-pas-se-tromper-de-debat-2013549.php

(**) http://www.leparisien.fr/faits-divers/eboulement-mortel-sur-le-site-de-stockage-de-dechets-nucleaires-de-bure-26-01-2016-5486845.php

(***) Souvent en échange de promesses d’embauches pour eux-mêmes ou leurs proches : l’affaire Barroso / Goldman Sachs n’est que l’illustration emblématique de ces pratiques nauséabondes.

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Votation fédérale du 27 novembre 2016 OUI à la sortie programmée du nucléaire

Source : https://www.sp-ps.ch/fr/campagnes/votations-du-27-novembre/oui-la-sortie-programmee-du-nucleaire

 

L’énergie atomique n’est pas rentable. Et Fukushima nous a définitivement convaincus d’une chose: les risques ne sont pas contrôlables. L’avenir appartient aux énergies renouvelables. A fortiori dans notre pays, qui exploite les plus vieilles centrales nucléaires du monde et dispose d’un potentiel gigantesque en termes d’énergies renouvelables. La sortie programmée du nucléaire complète la Stratégie énergétique 2050 avec la durée d’exploitation maximale, si importante, imposée pour les réacteurs atomiques. Elle ouvre ainsi la voie au tournant énergétique.

L’électricité d’origine nucléaire n’est pas rentable et elle est coûteuse

Elle est, aujourd’hui déjà, plus chère que l’électricité provenant de l’énergie hydraulique. Rien que pour les centrales de Gösgen et de Leibstadt, les investissements atteindront environ 1 milliard au cours des prochaines années. Mais les coûts de la désaffectation, pour laquelle les exploitants devraient se mettre ensemble pour constituer un fonds, sont encore plus élevés, raison pour laquelle les exploitants investissent de préférence dans la poursuite de l’exploitation non rentable en espérant une hausse des prix de l’électricité – ou la création d’une société de sauvegarde étatique.

Les centrales nucléaires plus que vétustes représentent une menace

La Suisse se permet le luxe d’exploiter le plus vieux parc de centrales nucléaires du monde. Beznau I, par exemple, est confrontée à de graves problèmes de sécurité. Les centrales nucléaires fonctionnent avec une radioactivité élevée, une charge de pression considérable et de hautes températures. Cela cause une grande usure du matériel et des machines. Des éléments de construction centraux, comme le réacteur, ne peuvent pas se régénérer. Avec nos centrales nucléaires, nous avons dépassé la limite de ce qui est techniquement faisable et supportable. Et le risque de voir un accident se produire aussi sur le territoire suisse a massivement augmenté. L’élimination sécurisée des déchets constitue elle aussi un problème irrésolu.

La sortie programmée crée de la sécurité en matière de planification

La Stratégie énergétique 2050 indique à la Suisse la bonne voie à suivre pour son avenir énergétique. D’ici à 2050, notre approvisionnement en énergie doit reposer en majeure partie sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, les centrales nucléaires doivent donc être débranchées. Le Parlement n’a pas su saisir l’occasion qui s’offrait à lui de réglementer cette partie centrale de la nouvelle stratégie énergétique de façon contraignante. Seule une nouvelle interdiction a été ancrée dans la loi. Il manque toutefois des réglementations sur la mise hors service progressive des centrales nucléaires existantes. L’initiative comble cette importante lacune  de la législation au niveau constitutionnel et veille à ce que les centrales nucléaires soient débranchées par étapes (2017, 2024 et 2029).

Le tournant énergétique garantit notre approvisionnement et des places de travail

En Suisse, nous disposons d’un grand potentiel en termes de ressources renouvelables: eau, soleil, vent, biomasse, bois. Le soleil et le vent constituent des ressources dans lesquelles l’on peut puiser pour ainsi dire à l’infini. Autre avantage: contrairement au pétrole, au gaz et à l’uranium, on n’a besoin ni de se les procurer ni de se les faire livrer. Ils nous affranchissent des importations coûteuses de matières premières. En Suisse, l’exploitation d’une centrale nucléaire ne crée que peu de places de travail. Il en va tout autrement des énergies renouvelables. Elles créent des places de travail durables et pleines de sens à l’intérieur du pays, même dans les régions structurellement défavorisées.

 

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L’initiative des Verts pour la sortie du nucléaire en votation le 27 novembre prochain

Source : http://www.verts-ge.ch/nos-idees/communiques-de-presse/item/3962-l-initiative-des-verts-pour-la-sortie-du-nucleaire-en-votation-le-27-novembre-prochain.html#.V_68YjYceu5

26 septembre 2016-10-13

Le 27 novembre prochain, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative des Verts pour la sortie programmée du nucléaire.

Voici en bref, ce que veut l’initiative:

L’initiative pour la sortie programmée du nucléaire revendique l’interdiction de construire et d’exploiter de nouvelles centrales nucléaires et une durée d’exploitation maximale de 45 ans pour les centrales existantes. Si la sécurité l’exige, elles doivent être arrêtées plus tôt. En plus, l’initiative exige une transition énergétique basée sur des économies en énergie, l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

 

L’initiative populaire fédérale « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire » (Initiative Sortie programmée du nucléaire) a été lancée par les Verts et d’autres organisations en 2011, après l’accident de Fukushima. Peu après le lancement de l’initiative, le Conseil fédéral et le Parlement ont traité ce sujet. Mais le Parlement veut seulement inscrire l’interdiction de nouvelles centrales dans la loi. Il ne prévoit pas l’arrêt des anciennes centrales nucléaires – alors que ce sont elles qui constituent le risque réel. C’est pour cela que l’Initiative pour la sortie programmée du nucléaire est nécessaire. Elle seule réduit le risque d’accident majeur comme celui de Fukushima.

 

L’Initiative pour la sortie programmée du nucléaire n’est donc pas un contre-projet à la Stratégie énergétique 2050, mais elle la complète en y ajoutant l’élément essentiel qu’est la durée maximale de fonctionnement des centrales nucléaires. L’arrêt progressif des centrales nucléaires d’ici 2029 crée une sécurité de la planification pour toute la politique électrique suisse et des investissements pour les nombreuses usines électriques cantonales et communales.

 

 

 

Texte de l’Initiativepopulaire fédérale

 

Initiative populaire fédérale ‘Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire

(Initiative «Sortir du nucléaire»)’

 

L’initiative populaire a la teneur suivante:

I

La Constitution1 est modifiée comme suit:

Art 90 Energie nucléaire

1 L’exploitation de centrales nucléaires destinées à produire de l’électricité ou de la chaleur est interdite.

2 La législation d’exécution se fonde sur l’art. 89, al. 2 et 3; elle met l’accent sur les mesures visant à économiser l’énergie, sur l’utilisation efficace de l’énergie et sur la production d’énergies renouvelables.

II

Les dispositions transitoires de la Constitution sont modifiées comme suit:

Art. 197, ch. 92 (nouveau)

  1. Disposition transitoire ad art. 90 (Energie nucléaire)

1 Les centrales nucléaires existantes doivent être mises hors service définitivement selon les modalités suivantes:

  1. la centrale de Beznau 1: un an après l’acceptation de l’art. 90 par le peuple et les cantons;
  2. les centrales de Mühleberg, de Beznau 2, de Gösgen et de Leibstadt: 45 ans après leur mise en service.

2 La mise hors service anticipée d’une centrale dans le but de préserver la sécurité nucléaire est réservée.

 

 

 

_______________________________

1 RS 101

2 Comme l’initiative populaire ne demande pas le remplacement d’une disposition transitoire de la Constitution, la présente disposition transitoire ne se verra attribuer un chiffre définitif qu’après la votation populaire, en fonction de la chronologie des modifications constitutionnelles acceptées en votation populaire. La Chancellerie fédérale procédera aux adaptations nécessaires avant la publication dans le Recueil officiel du droit fédéral (RO).

 

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Historique du nucléaire en Suisse

Source : http://www.sortirdunucleaire.ch/nucleaire/historique-suisse

 

 

1946

Le conseil fédéral décide de construire une bombe atomique

Archives fédérales, février 1946 :« La SKA est chargée de construire une bombe suisse ou d’autres moyens militaires basés sur le principe de l’arme atomique. Il faut essayer de les développer à l’aide de ressources et matières premières suisses. Il faut examiner l’utilisation de ces moyens militaires sous différentes formes, à savoir : a. des bombes d’uranium comme moyens de destruction comme des mines, à des fins défensives ou pour des sabotages actifs ; b. des bombes d’uranium comme obus d’artillerie ; c. des bombes d’uranium comme bombe d’avion»

1957

Le référendum Energie nucléaire et radioprotection est accepté

1960

Construction d’un réacteur Suisse à Lucens pour produire du plutonium pour la bombe nucléaire Suisse

1968

premières démarches pour une centrale nucléaire à Verbois

1969

Démarrage de la centrale nucléaire Beznau I

1969

Accident dans la centrale nucléaire de Lucens et arrêt définitif

La confédération délivre une autorisation de site pour une nouvelle centrale nucléaire à Kaiseraugst, ce qui déclenche une contestation sans précédent jusqu’à l’abandon de projet en 1988

1972

Démarrage de la centrale nucléaire de Beznau II

1972

Démarrage de la centrale nucléaire de Mühleberg

1972

Fondation de la Nagra (société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs)

1975

La construction de la centrale nucléaire de Kaiseraugst est interrompue par une opposition populaire massive.

1979

Démarrage de la centrale nucléaire de Gösgen

1982

La Suisse cesse enfin d’immerger ses déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord, suite à l’interdiction par la convention OSPAR

1984

Démarrage de la centrale nucléaire de Leibstadt

1985

«Projet garantie». Ce projet stipulait qu’«avant la fin de 1985 un projet doit être soumis, donnant une garantie pour le traitement et le stockage sûrs (…) des déchets radioactifs». Il indiquait que si «aucune garantie n’est donnée pour le traitement des déchets» dans les délais impartis, toutes les installations nucléaires devaient «éventuellement cesser leurs activités, voire même être fermées».

1988

Abandon des projets de centrale nucléaire à Kaiseraugst, Graben et Verbois

1988

«Projet garantie». Reconnaissance par le Conseil fédéral de la faisabilité et de la démonstration de la sûreté de l’évacuation finale des déchets de faible et moyenne activité, ouvrant ainsi la voie de la poursuite du nucléaire.

1989

Début des travaux d’investigation de la Nagra au Mont Terri

1990

Rejet de l’initiative pour Sortir du Nucléaire

Acceptation d’un moratoire de 10 ans sur l’autorisation de nouvelles centrales nucléaires

1995

Le canton de Nidwald refuse en votation populaire le stockage de déchets radioactifs au Wellenberg

2000

Trois initiatives sont rejetées en votation:

– Introduction d’un centime solaire

Redevance pour l’encouragement des énergies renouvelables (contre-projet)

Redevance sur l’énergie en faveur de l’environnement

2001

Rejet de l’initiative Taxer l’énergie et non le travail

Mise en exploitation du centre de stockage intermédiaire de Würenlingen

2002

Le canton de Nidwald refuse à nouveau le stockage de déchets au Wellenberg

2003

Rejets des initiatives Sortir du Nucléaire et Moratoire plus

2003

La nouvelle loi sur l’énergie nucléaire supprime le droit de véto cantonal aux projets d’entreposage de déchets radioactifs

2007

Le Conseil Fédéral décide le remplacement des actuelles centrales et le développement des centrales à gaz.

2008

Atel dépose une demande d’autorisation générale pour une nouvelle centrale nucléaire au Niederamt

2010

Des demandes d’autorisations générales sont déposées pour de nouvelles centrales nucléaires à Mühleberg, Beznau et Niederamt. Les promoteurs justifient des nouvelles centrales « pour éviter la pénurie d’électricité qui menace ».

2011

13 février: Le canton de Nidwald refuse une nouvelle fois le stockage de déchets au Wellenberg

En votation consultative, le canton de Berne accepte le principe d’une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg Un mois plus tard: La catastrophe de Fukushima déclenche en Suisse une évolution remarquable de l’attitude politique envers l’énergie nucléaire: Le Conseil Fédéral annonce sa décision de sortir du nucléaire. Le parlement confirme cette décision.

2012

Le Conseil Fédéral met en consultation sa « Stratégie énergétique 2050 ».

2013

Les organisations anti-nucléaires, dont Sortir du Nucléaire, déposent leur initiative « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire« .

FMB-BKW annoncent la fermeture de la centrale de Mühleberg pour 2019!

2014

L’initiative du canton Berne pour débrancher Mühleberg immédiatement est refusée

2014

Des comprimés d’iode sont distribués à la population vivant dans un rayon de 50 km autour des centrales nucléaires pour empêcher l’accumulation d’iode dans la glande thyroïde en cas d’accident grave dans une centrale nucléaire.

2014

Le Conseil National décide de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires de Beznau à 60 ans maximum, Gösgen et Leibstadt devront prouver leur bon état tous les 10 ans (sans limite)

2015

Les centrales hydrauliques devront être subventionnées, les prix de l’électricité s’étant effondré à cause de la surproduction en Europe. La pénurie d’électricité annoncée il n’y a que 5 ans n’a donc pas lieu!

2015

La Nagra propose un examen approfondi des régions de Jura-est et de Zurich nord-est en tant que domaines d’implantation pour dépôts en couches géologiques profondes

2016

Probable votation fédérale sur l’initiative Sortir du nucléaire limitant la durée d’exploitation de chaque réacteur nucléaire à 45 ans avec une cessation du dernier réacteur en 2029

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Pourquoi Fessenheim peut et doit être fermée maintenant

Source : http://www.sortirdunucleaire.org/Pourquoi-Fessenheim-peut-et-doit#top

Octobre 2016

 

  1. Une centrale à fermer d’urgence
  2. Pourquoi gaspiller des millions d’euros dans les travaux ?
  3. Sur le plan énergétique, la fermeture immédiate est possible
  4. Des alternatives existent pour la production d’énergie et la reconversion des travailleurs.
  5. Fermer maintenant Fessenheim pour ouvrir la voie à la sortie du nucléaire en France

 

Une centrale à fermer d’urgence

Située à 15 km de Mulhouse, 20 km de Freiburg im Breisgau (Allemagne) et 40 km de Bâle (Suisse), la centrale nucléaire de Fessenheim représente une menace pour toute une grande région européenne. En 2011, 167 communes alsaciennes, allemandes et suisses (dont 74 communes françaises, représentant un tiers de la population alsacienne) ont voté une motion pour son arrêt immédiat [1].

 

Les défauts de sûreté de Fessenheim, dénoncées depuis des années par les habitants de cette région transfrontalière, sont légion. Située en zone sismique, en contrebas du grand canal d’Alsace, la centrale est particulièrement vulnérable. Rien ne protège ses piscines de combustibles contre la chute d’un avion de ligne, alors même qu’un aéroport européen est situé à 30 km de là. Enfin, son radier – socle de béton sur lequel repose la centrale – est particulièrement mince : 1,5 m d’épaisseur, alors que celui des autres centrales françaises est deux fois plus épais. En cas d’accident, ce socle pourrait être percé par le cœur en fusion, qui contaminerait alors rapidement la nappe phréatique [2].

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À ces défauts s’ajoutent les risques liés au vieillissement de la doyenne des centrales françaises. De nombreux éléments (cuve, tuyauteries et câblages, mais aussi enceinte de béton…) deviennent plus fragiles, et une partie d’entre eux ne sont pas remplaçables. L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire lui-même met en garde contre des risques de rupture des cuves passé 35 ans de fonctionnement. Or en 2016 la centrale aura alors atteint… 39 ans !

Toutefois, le facteur humain et le mode de gestion de la centrale s’avèrent plus préoccupants encore que les problèmes techniques. Le 5 septembre 2012, un incident a blessé deux travailleurs. Il ne s’agit « que » du 23ème épisode d’une série d’incidents survenus depuis mars dernier, apportant la preuve d’une sûreté dégradée et de criants problèmes de maintenance. Conséquence d’un arbitrage en faveur de l’économie au détriment de la sûreté, ou effet de la dégradation des conditions de travail des travailleurs chargés de la maintenance ? Dans tous les cas, inutile d’attendre qu’un problème grave s’ajoute à la liste des incidents.

 

Pourquoi gaspiller des millions dans les travaux ?

L’Autorité de Sûreté Nucléaire a prescrit en juin dernier des travaux pour l’amélioration de la sûreté de Fessenheim, d’un montant dont les estimations vont de 20 millions… à 200 millions d’euros. Elle a notamment déclaré que si les travaux n’étaient pas réalisés d’ici un an, la centrale devrait être fermée. Toutefois, la faisabilité dans le temps imparti de certaines opérations – dont l’épaississement du fameux radier – est très discutée. Dans tous les cas, ces travaux ne pourront pallier qu’à la marge les nombreux défauts de sûreté de Fessenheim.

Au-delà de la question de la faisabilité, pourquoi entreprendre des travaux aussi coûteux – qui nécessiteront d’ailleurs la mise à l’arrêt de la centrale pendant de longs mois – alors que la fermeture est prévue quatre ans après ? Un tel gaspillage laisse perplexe, et pourrait servir de prétexte à EDF pour justifier la poursuite du fonctionnement de Fessenheim au-delà de 2016, en cas de revirement politique. En effet, un arrêt de quelques mois n’empêcherait pas un redémarrage à la mi-2017. Le choix de 2016 indique donc que la fermeture de la centrale ne peut nullement être tenue pour acquise.

Dans tous les cas, il serait clairement plus économique, plus cohérent et plus sûr d’opter pour une fermeture immédiate.

 

Sur le plan énergétique, la fermeture immédiate est possible

En effet, Fessenheim pourrait être fermée dès aujourd’hui sans générer aucune pénurie d’électricité. Reliée à l’ensemble du réseau électrique français, l’Alsace n’est pas une île et ne souffrirait pas de blackout. La contribution de Fessenheim à la production nationale d’électricité n’a atteint que 1,3 % en 2011. Ses réacteurs étant fréquemment à l’arrêt, une fermeture définitive ne ferait guère de différence avec la situation actuelle.

Par ailleurs, depuis la fermeture en juin dernier de l’usine d’enrichissement d’uranium Eurodif (Drôme), qui consommait l’équivalent de la production de trois réacteurs nucléaires, cette quantité d’électricité arrive en surplus sur le réseau électrique. Un arrêt immédiat de Fessenheim constituerait donc une opération blanche… qui n’interdirait pas un plus grand volontarisme !

Rappelons en effet qu’au printemps 2011, l’Allemagne a fermé définitivement huit réacteurs nucléaires, ce qui ne l’a pas empêché de traverser l’hiver 2012 sans blackout, sans impact sur ses émissions de gaz à effet de serre, et en continuant à exporter de l’électricité [3] ! La France ferait bien de s’en inspirer.

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Des alternatives existent, pour la production d’énergie et la reconversion des travailleurs !

Plusieurs syndicats ont récemment lancé une vaste opération de communication pour critiquer la fermeture de la centrale. Les directeurs de toutes les centrales nucléaires de France ont également écrit une lettre très médiatisée aux salariés de Fessenheim pour s’inquiéter de leur sort. Réelle préoccupation… ou alibi ? Pour le syndicat Sud Énergie, cette compassion soudaine « a de quoi agacer alors que ces mêmes directeurs ont pendant des années toléré, voire encouragé les mesures drastiques visant à ne pas embaucher et, à réduire les coûts de maintenance de façon irresponsable » [4].

Rappelons que les 770 salariés d’EDF présents sur le site bénéficient d’une garantie d’emploi, et n’ont en principe pas de souci à se faire – à la différence des 7000 employés du secteur photovoltaïque qui ont perdu leur emploi dans l’indifférence générale en 2011, du fait du manque de soutien gouvernemental aux énergies renouvelables [5].

Quant aux nombreux prestataires qui travaillent sur le site (dont 600 à 1500 « travailleurs nomades » qui ne viennent que pour les maintenances), dans des conditions difficiles et dégradées qu’ils dénoncent régulièrement [6], ils seraient sûrement satisfaits de pouvoir se reconvertir dans des activités moins pénibles et moins dangereuses si une telle occasion leur était offerte.

En effet, la fermeture de la centrale pourrait donner une impulsion pour un développement accéléré d’activités reposant sur les alternatives énergétiques, bien plus créatrices d’emplois. Isolation des bâtiments, éco-construction, développement des énergies renouvelables… les pistes sont multiples, d’autant plus que l’Alsace bénéficie d’importants atouts, notamment grâce à une ressource en bois importante.

L’Alsace peut s’inspirer de son voisin allemand, pionnier des alternatives énergétiques : les énergies renouvelables y représentent déjà 380 000 emplois, répartis sur tout le territoire. Elle dispose même d’un exemple motivant tout près de Fessenheim. Dans la région toute proche de la Forêt Noire, une poignée de citoyens déterminés ont ainsi mis sur pied la coopérative EWS Schönau, qui distribue maintenant dans toute l’Allemagne du courant exclusivement produit par les énergies renouvelables [7].

 

Fermer maintenant Fessenheim pour ouvrir la voie à la sortie du nucléaire en France

Fermer Fessenheim immédiatement, c’est donc à la fois possible et urgent… mais aussi nécessaire pour enclencher un indispensable changement de politique énergétique dont nous sommes malheureusement loin de prendre le chemin ! Le double discours n’est plus possible : la France ne peut pas prétendre soutenir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique tout en continuant à gaspiller des millions d’euros pour maintenir en fonctionnement un parc vieillissant et dangereux. Et comment François Hollande peut-il prétendre « réduire la part du nucléaire » en repoussant à la fin de son mandat la fermeture de la plus ancienne centrale – et en mettant en route le réacteur EPR de Flamanville ?

Par ailleurs, la médiatisation autour de Fessenheim ne doit pas faire oublier l’urgence de la fermeture des autres centrales, en commençant par les plus anciennes. Une vingtaine de réacteurs a déjà dépassé les trente ans, et pour ne citer qu’eux, Le Bugey et Tricastin sont à peine plus récents, et tout aussi dangereux. Mobilisons-nous donc de plus belle, pour obtenir une fermeture immédiate de Fessenheim qui ne reste pas un acte isolé, mais ouvre la voie à une sortie du nucléaire en France !

 

Notes :

  1. http://stopfessen.celeonet.fr/content/view/218/31/
2. Pour plus d’informations sur les risques liés à la centrale, lire ci-dessous le journal « Dernières Nouvelles de Fessenheim »
3. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120320trib000689374/l-allemagne-sort-du-nucleaire-sans-polluer-davantage.html
4. Fermeture annoncée de la centrale de Fessenheim : Communiqué SUD Energie du 24 septembre 2012
5. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120119trib000679149/la-filiere-photovoltaique-francaise-a-supprime-7.000-emplois-en-2011.html
6. Voir le site http://www.ma-zone-controlee.com/ , qui compile des témoignages de sous-traitants du nucléaire.
7. http://www.ews-schoenau.de/

 

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Nucléaire. Chronique d’un fiasco technologique

Campus, magazine scientifique de l’Université de Genève

 

Telle est la manchette qui orne la couverture du numéro 125 de Campus, le magazine scientifique de l’Université de Genève, publié en juin 2016.

Annonçant un dossier comportant une série d’articles consacrés à ce sujet, Campus annonce, toujours sur sa couverture que “l’abandon programmé de l’énergie nucléaire sanctionne ce qui apparaît avec le recul comme une erreur technologique”. (1)

 

 

“Le nucléaire est un choix technologique erroné qui a coûté (et qui coûtera encore) des sommes pharaoniques pour un résultat très médiocre.”

Cette déclaration du professeur Walter Wildi, professeur honoraire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève et ancien membre de la Commission fédérale pour la sécurité des installations nucléaires de 1997 à 2007, tient lieu de titre au premier de ces articles qui est constitué d’une interview de cette personnalité. Toutefois, l’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Le professeur Wildi y relate, à grands traits, l’histoire du nucléaire en Suisse. Celle-ci débute en 1946 avec la décision du Conseil fédéral de mettre sur pied une commission chargée d’étudier les possibilités d’équiper la Confédération de l’arme nucléaire, option qui ne sera abandonnée officiellement qu’en 1988 !

Entretemps, la priorité fut donnée de développer “l’atome pour la paix”, selon la formule lancée par le Président Eisenhower devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 décembre 1953. Et, dans les années 1960, la Suisse décida de construire un réacteur expérimental, non sans arrière-pensée militaire. Ce réacteur divergea à l’automne 1968 et connut un accident grave, à savoir la fusion partielle de son cœur, en janvier 1969. Heureusement qu’il s’agissait d’un tout petit réacteur et qu’il avait été installé dans une caverne sur la commune de Lucens, dans le canton de Vaud. La contamination radioactive qui en résulta fut pratiquement confinée à la caverne…

En 1969 également, fut inauguré le premier réacteur commercial suisse, sous licence Westinghouse, dit Beznau I, dans le canton d’Argovie, qui est actuellement le plus ancien réacteur nucléaire au monde encore en activité.

Le professeur Wildi explique que, dans leur grande majorité, les physiciens n’ont jamais considéré les réacteurs nucléaires comme étant un sujet d’intérêt scientifique particulier, ce qui explique que cette technologie datant des années 1950 n’ait pas connu de percée scientifique majeure. Le projet de réacteur européen EPR en est, d’après lui, l’illustration. Quant au projet international de fusion thermonucléaire contrôlée appelé ITER, “il se fait toujours attendre” dit le professeur Wildi, mais en aucun cas il ne produira de l’électricité.(2)

Pour lui, si le basculement de l’énergie nucléaire vers les énergies renouvelables se heurte à des retards, c’est parce que les géologues se sont “royalement trompés” dans leurs évaluations des réserves disponibles d’hydrocarbure, comme l’atteste le développement des forages à fracturation hydraulique.

L’interview du professeur Wildi se déplace ensuite sur les problèmes consécutifs à l’arrêt des réacteurs, à savoir leur démantèlement et surtout le stockage des déchets radioactifs. Le stockage à l’écart de la biosphère pour de nombreux millénaires se justifie surtout par le fait que ces déchets sont susceptibles d’être utilisés pour la fabrication de bombes dites sales. “C’est pourquoi la Confédération planche depuis des années sur un projet de stockage en site géologique profond qui devrait aboutir à l’ouverture d’un site pour les déchets faiblement radioactifs vers 2050 et à celle d’un autre pour les déchets hautement radioactifs vers 2060. C’est un programme qui remonte à 1978 mais, depuis, on va d’échec en échec faute de vision globale.” Le coût actuel de ces opérations n’a cessé d’exploser, il est actuellement estimé à 21 milliards de francs.

Malgré sa brièveté, cette interview d’un expert ayant fait montre d’intégrité scientifique et de responsabilité éthique en démissionnant en 2012 du Comité consultatif « Gestion des déchets », explicite à lui seul déjà, les annonces de la page de couverture du numéro de juin 2016 de Campus.

 

Désastres chroniques. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima. Tu me fonds le cœur !

Tel est le titre du deuxième article constitué par une interview du professeur Martin Pohl, du Département de physique nucléaire et corpusculaire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas donnée.

Chacune de ces catastrophes a eu, selon le professeur Pohl, des conséquences environnementales et sanitaires très diverses.

En 1978, la première, qui se trouve être la moins grave des trois, a tout de même causé l’évacuation de 140’000 personnes habitant à moins de vingt miles – soit quelque 32 kilomètres – de la centrale, en Pennsylvanie.

En 1986, la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine, a entraîné l’évacuation de la ville de Pripiat et la constitution d’une zone d’exclusion de 10 kilomètres autour de la centrale, zone ensuite portée à 30 kilomètres. Quant au nombre de victimes, le professeur Martin Pohl ne mentionne malheureusement pas les contestations tenaces qui opposent aujourd’hui encore les responsables de l’AIEA, l’agence internationale de promotion de l’industrie nucléaire, et les nombreuses instances critiques qui parlent de plusieurs dizaines de milliers de morts, voire davantage, parmi les innombrables “liquidateurs” de l’accident, sans compter les autres victimes.

En 2011, la catastrophe de Fukushima due à la conjonction de deux catastrophes naturelles – un tremblement de terre et un tsunami – provoque la fusion des cœurs de trois des six réacteurs de cette centrale. Les autorités parviennent à évacuer quelque 200’000 personnes. Et le professeur Pohl d’affirmer : “Aucune mort n’est imputable à une irradiation excessive.” C’est sans doute exact pour mars 2011. Mais en 2016, une source non partisane, Le Point, rapporte : “Les statistiques du ministère de la Santé japonais évoquent, pour l’heure, le chiffre de 1’700 cancers mortels directement liés à la catastrophe nucléaire. Un chiffre « sous-estimé », à en croire plusieurs ONG, car cette province est peuplée de 9 millions d’habitants.” (3)

Quant aux conséquences de la pollution radioactive de l’Océan Pacifique, toujours en cours, le professeur Pohl n’en parle pas, probablement parce qu’elles sont encore largement inconnues.

 

Lucens sonne le glas des ambitions nucléaires suisses

Tel est le titre du troisième article, titre que corrige aussitôt le sous-titre : cet accident mit fin à l’ambition de fabriquer une centrale nucléaire 100% helvétique.

La professeur Wildi en a déjà parlé dans le premier des articles du dossier dont nous rendons compte.

Mais ce troisième article, qui ne procède pas d’une interview et qui n’est d’ailleurs pas signé, révèle que l’origine du projet réside dans la proposition d’un professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), formulée en 1956, à l’effet de remplacer le système de chauffage obsolète de son institut par un réacteur nucléaire qui fournirait non seulement la chaleur, mais en outre l’électricité nécessaire à l’EPFZ. Ledit réacteur devait être installé dans une caverne à une profondeur de 42 mètres, directement sous l’EPFZ. Heureusement pour cette vénérable Ecole, les suites qui furent données dans les années 1960 à ce projet aboutirent à la caverne de Lucens et à l’accident nucléaire de janvier 1969.

Il fallut cinq ans pour décontaminer l’intérieur de la caverne et démanteler le réacteur.

Il n’en reste pas moins que l’accident de Lucens figure parmi les dix avaries nucléaires les plus graves enregistrées dans le monde.

 

La petite histoire du mini-réacteur genevois

Le quatrième article, également non signé, de ce dossier est consacré au petit réacteur de recherche acquis par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et mis à la disposition de l’Université de Genève qui fonctionna de 1958 à 1989.

Ce réacteur fonctionna pendant tout ce laps de temps sans problème, mais à l’insu des habitants du quartier de la Jonction, à Genève. L’article ne signale pas les problèmes de tous ordres que pose la présence de pareille installation dans une ville à l’insu de la population.

 

Le sol garde le souvenir de la folie atomique

Cet article est issu d’une interview de M. Jean-Luc Loizeau, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. L’identité de l’interviewer n’est pas révélée.

Le souvenir en question est celui des “isotopes exotiques” de plutonium, d’américium, de cobalt et de quantité de produits de fission issus des explosions d’armes atomiques, mais aussi du fonctionnement normal et surtout accidentel de l’industrie nucléaire. Certains d’entre eux ont une demi-vie de quelques jours ou de quelques mois après quoi ils disparaissent ; d’autres ont une demi-vie de plusieurs siècles, millénaires ou millions d’années et laissent des traces durables dans le sol. Elles intéressent les géologues.

“Une partie de notre travail consiste à analyser des carottes de sédiments afin de reconstituer les conditions environnementales du passé récent. Et, dans les lacs suisses par exemple, nous retrouvons toujours des dépôts laissés par les essais nucléaires atmosphériques des années 1960, l’accident de Tchernobyl de 1986 et, plus localement, des rejets effectués par les centrales situées sur des affluents. Ces signaux, qui ne présentent plus aucun danger, ont un côté pratique : ils nous aident à dater les couches que nous étudions.”

Le plus dangereux des isotopes issus des explosions voulues ou accidentelles est le plutonium 239 dont la demi-vie est de 24’000 ans. “Issu essentiellement des essais nucléaires atmosphériques, sa présence dans les sédiments un peu partout dans le monde, même à des concentrations très faibles, pourrait bien survivre à l’humanité.”

 

Les atouts du modèle énergétique genevois

Cet article s’articule sur des déclarations du professeur Bernard Lachal, physicien de formation, professeur à l’Institut Forel de la Faculté des sciences de Genève. Comme il ne porte qu’accessoirement sur le nucléaire, nous n’en retiendrons ici que la déclaration suivante du professeur Lachal.

“Il ne faut pas se précipiter. Les centrales sont là et elles vont continuer à fournir de l’énergie pendant dix ou vingt ans. Tout comme le fossile, nous en aurons besoin pour fournir l’électricité nécessaire à la transition. Il ne s’agit pas de basculer d’un système à l’autre du jour au lendemain, mais de monter progressivement en puissance en jouant sur différents tableaux et en progressant au cas par cas, jusqu’à parvenir à un approvisionnement énergétique 100% renouvelable.”

Selon ce professeur en tout cas, la Suisse ne doit pas se presser car les risques d’accident ou de sabotage ne la menaceraient pas !

 

Conclusion

Ce dossier est bienvenu. Il s’accompagne de photos, de notes marginales et d’une carte du nucléaire en Suisse pleins d’enseignements. Mais seul le premier article, dû au professeur Wildi, justifie pleinement le titre et le sous-titre accrocheurs de la version papier du numéro 125 de Campus.

 

Ivo Rens

Juillet 2016

 

 

(1) Le contenu de ces articles est accessible en ligne sur le site de Campus, sous un titre sobrement intitulé “Dossier” qui ne signale nullement ce qu’annonce la couverture de l’édition sur papier ! Trois autres titres d’articles tiennent la vedette dans la présentation numérique de ce numéro, à savoir “L’abolition vue de l’intérieur”, sur l’esclavage, “Le logiciel qui élague l’arbre de vie” et “En Suisse, on ne retient plus son dernier souffle”.

 

(2) On regrette que l’interviewer n’ait pas interrogé plus avant le professeur Wildi sur les aléas de la construction à Cadarache, dans le Midi de la France, du projet pharaonique ITER de fusion thermonucléaire contrôlée. Selon d’autres physiciens que nous connaissons, ce projet est en difficulté, ce tokamak géant risque de ne jamais pouvoir fonctionner et les chances qu’il débouche, comme prévu, sur la mise au point d’une nouvelle filière de production de courant électrique sont proches de zéro.

On regrette surtout que l’interviewer n’ait pas consulté le professeur Wildi sur la filière des surgénérateurs, qui date aussi des années 1950, et que la Suisse n’a pas adoptée mais que d’autres pays continuent à explorer, dont la France avec son projet Astrid en voie de réalisation à Marcoule.

 

(3) http://www.lepoint.fr/monde/fukushima-5-ans-apres-l-effarant-bilan-11-03-2016-2024557_24.php

 

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